Article N° 8361
IA
Intelligence artificielle : la pharmacie entre dans une nouvelle ère…
Abderrahim Derraji - 13 juillet 2026 09:06 Le Centre Innovation E-Santé a rendu public, le 8 juillet 2026, un livre blanc intitulé «Intelligence artificielle en santé au Maroc : Réalités, enjeux et recommandations». Ce document de 66 pages constitue une véritable feuille de route pour le déploiement de l’intelligence artificielle dans le secteur de la santé au Maroc.
Le rôle des pharmaciens y est notamment abordé à la page 37. Le document les présente comme de véritables capteurs territoriaux de santé publique, capables, grâce à l’IA, de détecter des signaux épidémiques précoces, d’orienter les patients et de contribuer au suivi de l’observance thérapeutique. Une vision ambitieuse qui témoigne de l’évolution du rôle du pharmacien au sein du système de santé.
L’intelligence artificielle n’est plus une promesse futuriste. Elle est déjà une réalité dans de nombreuses officines et s’impose progressivement comme un levier majeur de transformation de l’exercice officinal. Longtemps perçue comme un simple outil technologique, elle devient aujourd’hui un véritable assistant capable d’améliorer la qualité des soins, d’optimiser la gestion de l’officine et d’alléger les tâches chronophages, permettant ainsi au pharmacien de retrouver ce qui lui manque le plus : du temps à consacrer à ses patients.
Dans de nombreux pays, les logiciels de gestion d’officine intègrent déjà des fonctions d’analyse des ordonnances, de détection des interactions médicamenteuses, de repérage des contre-indications et de proposition d’alternatives génériques. En croisant les données de prescription avec l’historique thérapeutique du patient, l’IA renforce la sécurité de la délivrance tout en harmonisant les pratiques au sein de l’équipe officinale. Loin de remplacer le jugement du pharmacien, elle lui apporte un second regard, précieux dans un environnement où l’exigence de qualité ne cesse de croître.
Son potentiel dépasse toutefois largement le comptoir. Dans la gestion des stocks, l’analyse prédictive permet d’anticiper les besoins, d’optimiser les commandes, de limiter les ruptures comme les surstocks et, au final, d’améliorer la trésorerie de l’officine. Une pharmacie plus performante sur le plan économique est aussi une pharmacie plus résiliente, mieux préparée à répondre aux attentes de ses patients.
L’IA trouve également toute sa place dans les nouvelles missions confiées aux pharmaciens. Bilans partagés de médication, entretiens pharmaceutiques, accompagnement des patients atteints de maladies chroniques ou encore suivi thérapeutique : autant d’activités à forte valeur ajoutée, mais souvent chronophages. L’automatisation des tâches administratives et documentaires permet de recentrer le pharmacien sur son cœur de métier : l’écoute, le conseil, l’éducation thérapeutique et la décision clinique.
Au-delà de ces usages, de nouvelles perspectives émergent déjà. Les systèmes de vidéosurveillance intelligents contribuent à réduire la démarque inconnue, principalement liée au vol à l’étalage, ainsi que les autres formes de coulage. Parallèlement, l’analyse des données de santé ouvre la voie à une meilleure anticipation des risques sanitaires. Demain, l’intelligence artificielle participera davantage à la prévention, à l’accompagnement personnalisé des patients et à l’amélioration des parcours de soins.
Cette transformation ne pourra toutefois réussir que si les pharmaciens s’approprient pleinement ces nouveaux outils. La formation, la maîtrise des données de santé, la cybersécurité et le respect des principes éthiques devront accompagner cette évolution. L’intelligence artificielle ne remplacera jamais l’expertise, la responsabilité ni la relation de confiance unissant le pharmacien à son patient. En revanche, bien utilisée, elle peut considérablement renforcer ces atouts.
L’avenir de l’officine ne se jouera donc pas entre l’humain et la machine, mais dans leur complémentarité. L’intelligence artificielle ne doit pas faire le métier du pharmacien ; elle doit lui permettre de l’exercer avec davantage de sécurité, d’efficacité et de sérénité. C’est sans doute là que réside la véritable révolution numérique au service de la pharmacie.
Source : PharmaNEWS
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