À la une
PRIX DU MÉDICAMENT - PHARMACIE
Le Conseil de gouvernement vient d'approuver le projet de décret n°2.25.631 modifiant les modalités de fixation du prix public de vente des médicaments. Les objectifs affichés sont difficiles à contester : améliorer l'accès aux traitements, réduire le reste à charge des patients, préserver l'équilibre financier des organismes d'assurance maladie et renforcer la compétitivité de l'industrie pharmaceutique nationale. Sur le papier, la démarche est séduisante. Dans la réalité, son efficacité dépendra de nombreux facteurs qui dépassent largement la seule question du prix.
Le texte prévoit notamment de retenir le prix le plus bas observé dans les pays de référence pour fixer le prix des médicaments princeps, de réduire la majoration des médicaments importés, de revoir les modalités de fixation des prix des génériques et des biosimilaires, ainsi que d'accélérer la fréquence des révisions tarifaires. Ces mesures devraient, en théorie, alléger la facture des patients et des caisses d'assurance maladie.
Pourtant, l'expérience invite à la prudence. La réforme tarifaire de 2014 n'a pas entraîné l'augmentation de la consommation des médicaments qui était espérée. Pendant plusieurs années, celle-ci est restée quasiment stable. La hausse observée après 2020 s'explique davantage par la pandémie de Covid-19 puis par la généralisation progressive de l'Assurance maladie obligatoire que par la baisse des prix elle-même.
La véritable limite réside ailleurs. Au Maroc, le principal obstacle financier n'est pas uniquement le prix du médicament, mais l'importance du reste à charge sur l'ensemble du parcours de soins. À titre d’exemple : les Tarifs nationaux de référence, qui servent de base au remboursement des consultations, sont devenus totalement déconnectés des tarifs réellement pratiqués. Une consultation chez un médecin généraliste coûte aujourd'hui entre 150 et 250 dirhams, alors que les remboursements restent calculés sur une base de 80 dirhams. Les assurés récupèrent ainsi environ 56 dirhams auprès de la CNSS et 64 dirhams auprès de la CNOPS, soit bien moins de la moitié du coût réel d'une consultation. Dans ces conditions, de nombreux patients renoncent à consulter et choisissent d'acheter directement leurs médicaments, parfois au détriment d'un suivi médical approprié.
Cette réforme soulève également une autre question essentielle : celle de l'économie officinale. Depuis des décennies, les revenus des pharmacies reposent principalement sur une marge proportionnelle au prix des médicaments. Chaque baisse des prix des médicaments réduit donc mécaniquement leurs ressources, sans qu'aucune rémunération ne vienne reconnaître les missions de santé publique qu'elles assurent quotidiennement.
Or les attentes envers les pharmaciens ne cessent de croître. Accompagnement des patients chroniques, amélioration de l'observance, prévention des interactions médicamenteuses, participation aux actions de dépistage et de prévention : autant de missions qui contribuent directement à la maîtrise des dépenses de santé. Rappelons qu'au Maroc, les patients atteints d'au moins une affection de longue durée (ALD) représentaient déjà plus de la moitié des dépenses de l'Assurance maladie obligatoire.
Réduire le prix des médicaments est un objectif légitime. Mais une politique pharmaceutique ne peut réussir si elle fragilise simultanément le réseau officinal et compromet la disponibilité des traitements. Dans un contexte où les pénuries deviennent structurelles à l'échelle mondiale, la recherche du prix le plus bas ne doit jamais se faire au détriment de la sécurité d'approvisionnement. Le véritable défi consiste à construire un modèle où les patients, les organismes d'assurance maladie, l'industrie pharmaceutique et les pharmacies trouvent enfin un équilibre durable.
Analogue du GLP-1
Les agonistes des récepteurs du GLP-1, devenus incontournables dans le traitement du diabète de type 2 et de l'obésité, continuent de faire l'objet d'une surveillance étroite concernant leurs effets indésirables. Une nouvelle étude publiée dans «The BMJ» apporte un éclairage rassurant mais important: ces médicaments sont bien associés à un risque accru de chute de cheveux, mais cet effet reste rare et, dans la majorité des cas, réversible.
Le sémaglutide et le tirzépatide, largement utilisés pour favoriser la perte de poids et améliorer le contrôle glycémique, avaient déjà fait l'objet de nombreux témoignages de patients rapportant une perte de cheveux. Jusqu'à présent, les données scientifiques restaient limitées. Cette nouvelle étude confirme l'existence d'une association entre les traitements à base de GLP-1 et l'apparition d'une alopécie cliniquement diagnostiquée.
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux électroniques de patients atteints de diabète de type 2 traités soit par un agoniste des récepteurs du GLP-1, soit par un inhibiteur de SGLT-2, soit par un inhibiteur de DPP-4. Les résultats montrent que les patients sous GLP-1 présentaient un risque de chute de cheveux supérieur de 37 % par rapport à ceux traités par un inhibiteur de SGLT-2 et de 68 % par rapport à ceux recevant un inhibiteur de DPP-4.
Ces pourcentages peuvent paraître élevés, mais ils doivent être interprétés avec prudence. Les auteurs insistent sur le fait que le risque absolu demeure faible. Autrement dit, la grande majorité des patients traités par ces médicaments ne développeront pas d'alopécie. De plus, les cas observés étaient le plus souvent réversibles, les follicules pileux n'étant pas détruits. Une repousse des cheveux est donc généralement possible après l’arrêt du traitement.
Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer cette alopécie. Les spécialistes rappellent qu'une perte de poids rapide constitue, à elle seule, un facteur bien connu de chute de cheveux. La diminution importante des apports caloriques peut entraîner un stress physiologique ainsi que des carences en micronutriments essentiels, notamment en fer, en zinc ou en biotine, susceptibles de perturber le cycle normal de croissance des cheveux. Les modifications hormonales induites par les agonistes des récepteurs du GLP-1 pourraient également intervenir, même si leur rôle exact reste à démontrer.
Au-delà de son caractère bénin sur le plan médical, la chute de cheveux peut avoir un impact psychologique important. Elle est susceptible d'altérer l'image de soi, la qualité de vie et, surtout, l'adhésion au traitement. Pour cette raison, les auteurs estiment que les patients doivent être informés de ce risque potentiel avant le démarrage du traitement, sans pour autant remettre en cause les bénéfices majeurs des agonistes des récepteurs du GLP-1 dans la prise en charge du diabète, de l'obésité et de la prévention des complications cardiovasculaires.
Les chercheurs concluent que des études complémentaires seront nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes responsables de cette alopécie et identifier les patients les plus susceptibles de présenter cet effet indésirable.
PROTOXYDE D'AZOTE
Longtemps perçu comme un produit festif sans réelle dangerosité, le protoxyde d’azote est aujourd’hui considéré comme une véritable menace de santé publique. Face à l’augmentation constante de sa consommation à des fins récréatives et à la multiplication des complications graves, l’Académie nationale de médecine a appelé, le 7 juillet 2026, à renforcer les mesures de lutte contre ce phénomène. Quelques jours plus tard, le Parlement a adopté la loi Ripost, qui marque un tournant majeur dans la réglementation de ce gaz psychoactif.
À compter du 1er février 2027, la vente de protoxyde d’azote aux particuliers sera interdite en France, de même que son utilisation à des fins non médicales. Les contrevenants s’exposeront à une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende. Cette décision traduit la volonté des autorités de mettre fin à une consommation qui continue de progresser malgré les mesures déjà prises, notamment l’interdiction de vente aux mineurs en 2021 et la réglementation des formats commercialisés en 2023.
Le succès du protoxyde d’azote s’explique par plusieurs facteurs : son faible coût, sa grande facilité d’accès, une perception erronée de son innocuité et des effets brefs qui rendent sa consommation discrète. Initialement observé dans les milieux festifs alternatifs, son usage s’est progressivement diffusé dans les universités, notamment chez les étudiants en médecine, avant de toucher les adolescents et les jeunes adultes.
Les chiffres témoignent de cette progression. En 2021, 5,5 % des élèves de troisième déclaraient avoir déjà expérimenté le protoxyde d’azote. En 2024, cette proportion atteignait 5,8 % chez les lycéens. Chez les jeunes de 18 à 24 ans, 14 % avaient déjà essayé ce gaz et plus de 3 % en avaient consommé au cours de l’année. Les étudiants en médecine apparaissent particulièrement concernés : selon les enquêtes, entre 11 % et plus d’un tiers d’entre eux déclarent une consommation récréative, certains présentant même des troubles de l’usage.
Parallèlement à cette diffusion, les complications médicales ne cessent d’augmenter. Santé publique France rapporte que le nombre de cas graves signalés aux centres d’addictovigilance a été multiplié par près de quatre entre 2020 et 2023. Pour la première fois, deux nouveau-nés présentant des troubles neurologiques ont également été signalés après une exposition prénatale liée à une consommation répétée pendant la grossesse.
Les effets indésirables du protoxyde d’azote peuvent être immédiats ou apparaître après une consommation répétée. Les intoxications aiguës provoquent principalement des nausées, des céphalées, des troubles de l’équilibre, des pertes de connaissance, voire un arrêt respiratoire dans les situations les plus sévères. L’inhalation directe à partir des cartouches expose également à des brûlures par le froid.
Les conséquences à long terme sont encore plus préoccupantes. En inactivant la vitamine B12, le protoxyde d’azote entraîne une atteinte neurologique parfois irréversible. Les patients peuvent développer des paresthésies, des troubles de la mémoire, des difficultés à marcher, des troubles cognitifs, ainsi que des anomalies hématologiques, musculaires et sphinctériennes.
Pour l’Académie nationale de médecine, le renforcement de la législation constitue une étape indispensable, mais il devra s’accompagner d'une meilleure information du public, d'actions de prévention ciblées et d'une vigilance accrue des professionnels de santé afin d'enrayer durablement cette nouvelle forme d'addiction.
GÉNÉRIQUES - DROITS DE DOUANE - EUROPE - USA
INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE - CHINE
La Chine est en train de bouleverser l'équilibre mondial de l'industrie pharmaceutique. Longtemps considérée comme un simple site de production de médicaments ou de principes actifs, elle s'affirme désormais comme un acteur majeur de l'innovation thérapeutique. Ce changement de statut s'est accéléré après la présentation, en 2024, des résultats particulièrement prometteurs de l'ivonescimab, un anticancéreux développé en Chine, qui a attiré l'attention de l'ensemble de la communauté scientifique internationale.
Ce succès traduit la montée en puissance d'un écosystème de recherche qui ne cesse de gagner en maturité. Les biotechnologies chinoises multiplient désormais les découvertes et attirent les plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux. Les accords de licence, les partenariats stratégiques et les programmes de recherche communs se comptent aujourd'hui en milliards de dollars, témoignant d'un profond changement dans les rapports de force entre l'Occident et la Chine.
Cette réussite repose notamment sur une stratégie menée depuis plusieurs années pour faire revenir les scientifiques chinois formés à l'étranger. Beaucoup de chercheurs ayant effectué leur carrière aux États-Unis ou en Europe choisissent désormais de rentrer dans leur pays afin de participer à cette dynamique. À Suzhou, devenue l'un des principaux pôles biotechnologiques du pays, ces chercheurs sont surnommés les «tortues de mer», une référence à ces animaux qui reviennent pondre sur la plage où ils sont nés. La ville accueille aujourd'hui près de 650 entreprises de biotechnologie créées ces dernières années, illustrant l'extraordinaire dynamisme du secteur.
L'essor des biotechs chinoises ne séduit pas uniquement les industriels. Les investisseurs internationaux participent eux aussi à cette expansion. De nombreux laboratoires américains concluent désormais des partenariats de recherche avec leurs homologues chinois afin d'accéder à leurs plateformes technologiques et à leurs innovations. Certaines entreprises chinoises vont même jusqu'à entrer au capital de sociétés américaines. L'exemple de Jiangsu Hengrui, devenu actionnaire important de la biotech américaine Kaleira lors de son introduction au Nasdaq, illustre l'interdépendance croissante des deux écosystèmes.
Cette évolution suscite toutefois de vives inquiétudes aux États-Unis. Plusieurs responsables politiques estiment que ces collaborations pourraient renforcer la position stratégique de la Chine dans un secteur considéré comme essentiel à la souveraineté nationale. Un projet de loi, le Biotech Investment National Security Act, vise ainsi à soumettre les investissements et partenariats pharmaceutiques avec la Chine à un contrôle comparable à celui déjà appliqué aux technologies sensibles.
Au-delà des tensions géopolitiques, cette transformation traduit surtout une réalité nouvelle. La Chine n'est plus seulement l'usine du médicament mondial ; elle en devient progressivement l'un des principaux moteurs d'innovation. Cette évolution pourrait redessiner durablement la carte mondiale de la recherche pharmaceutique et accélérer la compétition internationale dans le développement des traitements de demain.
Autres articles
Le Syndicat des pharmaciens de la Wilaya du Grand Casablanca a renouvelé les membres de son bureau à l'issue de son Assemblée Générale, tenue le mardi 12 mai 2026 à la Maison du Pharmacien. Cette réunion a abouti à l'élection d'un nouveau bureau appelé à conduire les actions du syndicat et à défendre les intérêts de ses membres. Les membres élus ont procédé à la répartition des responsabilités. Oualid Amri Toudrhi a été élu président. Il sera épaulé par Omar Rais, premier vice-président, et Abdelali Bensalah, deuxième vice-président. Le poste de secrétaire général revient à Ahmed Hachad, assisté de Najia Rguibi en qualité de secrétaire générale adjointe. La gestion financière du syndicat sera assurée par Hassan Zarhloule, trésorier général, secondé par Zoubeir Ennaki, trésorier général adjoint. Le bureau est complété par deux assesseurs, Ilham Lahlou et Mohamed Amine Bennani. À l'occasion de son élection, le nouveau président a tenu à adresser un message aux pharmaciens de la Wilaya du Grand Casablanca. Il a réaffirmé la volonté de la nouvelle équipe de placer son mandat sous le signe de l'engagement, du dialogue et de la défense des intérêts de la profession. «Le nouveau bureau s'engage à représenter et à défendre les intérêts de la profession avec sérieux et engagement. Nous comptons sur la confiance de nos membres, leur soutien et leur participation afin de faire avancer ensemble la profession », a déclaré Oualid Amri Toudrhi, président du Syndicat des pharmaciens de la Wilaya du Grand Casablanca. Cette nouvelle gouvernance prend ses fonctions dans un contexte où la profession pharmaceutique est confrontée à de nombreux défis. Les questions liées à l'évolution du cadre réglementaire, aux conditions d'exercice de l'officine, à la rémunération des pharmaciens, à l'accès aux médicaments ainsi qu'à la transformation numérique du secteur figurent parmi les dossiers majeurs qui mobilisent la profession. Le nouveau bureau aura ainsi pour mission de renforcer le dialogue avec les autorités de tutelle et les différents partenaires du secteur, tout en accompagnant les pharmaciens face aux mutations que connaît l'exercice officinal. Il devra également favoriser la cohésion entre les professionnels et promouvoir des initiatives susceptibles d'améliorer les conditions d'exercice et la qualité des services rendus aux patients. Par cette élection, le Syndicat des pharmaciens de la Wilaya du Grand Casablanca ouvre une nouvelle étape de son histoire, avec l'ambition de fédérer les pharmaciens autour d'une vision commune et de contribuer activement au développement de la profession au service de la santé publique.
Abderrahim Derraji - 20 juillet 2026 17:43Pendant longtemps, les compléments alimentaires ont évolué dans une zone grise. Ni tout à fait aliments, ni véritablement médicaments, ils ont progressivement envahi les rayons des parapharmacies, des grandes surfaces, des salles de sport et, plus récemment, des plateformes de vente en ligne. Leur image de produits « naturels » leur a conféré à tort une réputation d'innocuité. L'adoption par le Conseil de gouvernement du projet de décret fixant la liste des compléments alimentaires relevant du monopole pharmaceutique constitue donc une étape importante. Elle traduit enfin une évidence que les pharmaciens défendent depuis des années : certains compléments alimentaires ne sont pas des produits anodins. Leur utilisation peut entraîner des effets indésirables, des interactions médicamenteuses parfois graves, voire compromettre l'efficacité de traitements essentiels. Ce décret mérite d'être salué. Il reconnaît officiellement que la sécurité du patient doit prévaloir sur les seuls intérêts commerciaux. Il rappelle aussi que le pharmacien n'est pas un simple vendeur de produits de santé, mais un professionnel formé pour évaluer les risques, détecter les interactions, prévenir les contre-indications et accompagner le bon usage de ces produits. Mais faut-il pour autant parler de révolution ? Certainement pas. Les informations disponibles laissent entendre que la liste des substances concernées serait limitée à quelques compléments seulement. Si cela se confirme lors de la publication officielle du texte, nous serons davantage en présence d'un signal politique que d'une véritable réforme structurelle. Car la réalité du marché est tout autre. Des milliers de compléments alimentaires sont aujourd'hui commercialisés au Maroc. Certains renferment des doses élevées de vitamines, de minéraux ou d'extraits végétaux dont les effets pharmacologiques sont bien documentés. D'autres revendiquent des bénéfices sur le sommeil, la perte de poids, la mémoire, la fertilité ou les performances sportives, sans que le consommateur mesure toujours les risques encourus. La question n'est donc pas de savoir si neuf substances doivent relever du monopole pharmaceutique. La véritable question est de déterminer selon quels critères scientifiques une substance mérite d'être délivrée sous le contrôle du pharmacien. C'est cette logique qu'il faudra désormais construire, en s'appuyant sur les données de pharmacovigilance, les recommandations des agences sanitaires et l'évolution des connaissances scientifiques. Cette réforme soulève également une autre interrogation. Qui protégera réellement le consommateur si les produits les plus sensibles restent accessibles en quelques clics sur Internet ou via des circuits échappant largement au contrôle des autorités ? Le meilleur décret perdra une grande partie de son efficacité s'il ne s'accompagne pas d'une surveillance renforcée des circuits de commercialisation et d'une lutte contre les allégations trompeuses. Au-delà de son impact réglementaire, ce texte remet surtout le pharmacien au cœur de sa véritable mission. Chaque jour, dans les officines, des patients demandent de la mélatonine, de la vitamine D, du fer, des produits minceur ou des compléments destinés à améliorer les performances physiques. Derrière une demande en apparence banale peuvent se cacher une grossesse, une insuffisance rénale, un traitement anticoagulant, une maladie thyroïdienne ou un risque d'interaction médicamenteuse. Seul un professionnel de santé est en mesure d'identifier ces situations et de délivrer un conseil personnalisé. Cette responsabilité constitue la véritable valeur ajoutée de l'officine. Elle mérite d'être reconnue, mais aussi pleinement assumée. Espérons maintenant que ce décret ne restera pas une initiative isolée. Il devra évoluer au rythme des connaissances scientifiques, intégrer progressivement les substances dont le profil de risque le justifie et s'inscrire dans une politique nationale cohérente de sécurisation des compléments alimentaires. Le texte adopté par le gouvernement ouvre une porte. Il appartient désormais aux autorités sanitaires d'avoir le courage de l'ouvrir davantage, afin que le développement de ce marché ne se fasse plus au détriment de la sécurité des patients. Car, au fond, le véritable enjeu n'est pas de savoir où l'on vend les compléments alimentaires. Il est de savoir qui est le mieux placé pour garantir leur bon usage.Et sur cette question, la réponse ne devrait souffrir d'aucune ambiguïté.
Abderrahim Derraji - 20 juillet 2026 15:58L’Hexagone franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de souveraineté sanitaire avec la relocalisation de la production de la colchicine, un médicament essentiel dans le traitement de la goutte. Le laboratoire français Mayoly a inauguré une nouvelle chaîne de fabrication à Auxerre, marquant le retour sur le territoire national de la production de cette spécialité jusqu’alors assurée en Europe de l’Est. Cette décision répond à la volonté de sécuriser l’approvisionnement d’un médicament considéré comme stratégique et de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des chaînes de production étrangères. La colchicine est aujourd’hui le traitement de référence des crises de goutte et bénéficie à près de 600 000 patients en France. Son importance thérapeutique lui a valu d’être inscrite sur la liste des médicaments essentiels établie par les autorités françaises en 2023. Cette classification vise à renforcer la résilience de la chaîne du médicament en limitant les risques de rupture de stock qui ont touché de nombreux produits ces dernières années. Jusqu’à récemment, la fabrication de la colchicine était confiée à un sous-traitant implanté en Europe de l’Est. Lorsque ce dernier a décidé de mettre fin à cette activité, Mayoly a dû repenser son organisation industrielle. Plutôt que de rechercher un nouveau partenaire à l’étranger, le laboratoire a choisi de rapatrier la production en France. Pour concrétiser ce projet, Mayoly s’est associé à Galie. Le laboratoire investit 2,5 millions d’euros tandis que Galien consacre 500 000 euros à cette nouvelle unité de production. À terme, le site devrait être capable de produire environ trois millions de boîtes par an, destinées aussi bien au marché français qu’à l’exportation. Les premières commercialisations sont toutefois attendues seulement à partir de la mi-2027, le temps d’achever les différentes étapes réglementaires et industrielles. Pour les pouvoirs publics, cette relocalisation constitue un exemple concret de la politique menée en faveur de l’indépendance sanitaire. Le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, a souligné que la souveraineté ne pouvait se construire qu’à travers des décisions industrielles fortes permettant de garantir un accès durable aux médicaments essentiels. Cette démarche vise également à limiter les conséquences des crises internationales sur l’approvisionnement en produits de santé. Cette ambition a néanmoins un coût. Selon Mayoly, produire la colchicine en France revient à environ deux fois plus cher que dans les anciens sites de fabrication. L’entreprise assume ce choix, estimant que le prix de la souveraineté se justifie par la sécurité d’approvisionnement qu’il procure ainsi que par son impact positif sur l’économie nationale et la balance commerciale. Cette hausse des coûts relance toutefois la question du financement de ces productions stratégiques. Le prix actuel de la colchicine remboursée ne permet pas de couvrir les coûts d’une fabrication française. Des discussions devraient donc être engagées avec les autorités chargées de fixer les tarifs des médicaments afin de trouver un équilibre entre maîtrise des dépenses de santé, pérennité industrielle et sécurisation de l’accès à un traitement indispensable pour des centaines de milliers de patients.
Abderrahim Derraji - 20 juillet 2026 15:51À l’occasion d’une séance consacrée aux céphalées, l’Académie nationale de médecine (France) a dressé un état des lieux des connaissances sur la migraine, une maladie neurologique qui touche des millions de personnes dans le monde. Les échanges ont mis en évidence les progrès réalisés dans la compréhension de ses mécanismes et l’émergence de traitements innovants, tout en rappelant que de nombreuses zones d’ombre persistent. Selon le Dr Cédric Gollion, neurologue au CHU de Toulouse, la migraine est une maladie complexe dont la composante génétique est désormais bien établie. Plus de 180 régions chromosomiques associées à une prédisposition ont été identifiées dans la migraine sans aura, alors que seulement trois sont impliquées dans la migraine avec aura. La forme hémiplégique familiale, beaucoup plus rare, est quant à elle liée à une transmission autosomique dominante. Les chercheurs ont également identifié une augmentation de l’activité de l’hypothalamus durant la phase prémonitoire de la crise. Chez les patients présentant une aura, celle-ci serait liée à une onde de dépression corticale qui se propage progressivement à travers le cerveau. La douleur migraineuse résulte principalement de l’activation du système trigémino-vasculaire et de la libération du peptide CGRP (Calcitonin Gene-Related Peptide), aujourd’hui considéré comme un acteur majeur de la maladie. Ce puissant vasodilatateur déclenche une crise chez près de sept migraineux sur dix lorsqu’il est administré expérimentalement. Toutefois, près d’un tiers des patients semblent développer leur migraine par des mécanismes indépendants du CGRP, ce qui explique pourquoi certains traitements ne sont pas universellement efficaces. La prise en charge thérapeutique a considérablement évolué grâce au développement de médicaments ciblant cette voie biologique. Les triptans demeurent le traitement de référence des crises sévères. Leur efficacité repose autant sur l’inhibition de la libération du CGRP que sur leur effet vasoconstricteur, lequel contre-indique leur utilisation chez les patients ayant certains antécédents cardiovasculaires. De nouvelles alternatives sont désormais disponibles. Les gépans, administrés par voie orale, bloquent les récepteurs du CGRP et empêchent la vasodilatation responsable de la douleur. Les ditans, qui n’exercent aucun effet vasoconstricteur, représentent une option intéressante chez les patients souffrant de maladies cardiovasculaires. Pour la prévention des crises, les anticorps monoclonaux dirigés contre le CGRP, comme l’eptinezumab, ainsi que la toxine botulinique de type A, offrent de nouvelles perspectives chez les patients atteints de migraine chronique réfractaire. Les spécialistes rappellent toutefois que le traitement ne repose pas uniquement sur les médicaments. L’adoption d’un mode de vie régulier, la lutte contre la sédentarité, le surpoids, le stress, l’anxiété ainsi que la limitation de la consommation de caféine constituent des mesures essentielles pour diminuer la fréquence des crises. L’alcool et les aliments ultra-transformés riches en nitrites sont également à éviter. Enfin, l’Académie insiste sur l’importance d’une prise précoce du traitement dès les premiers symptômes afin d’en optimiser l’efficacité. Les opioïdes, en revanche, n’ont aucune place dans la prise en charge de la migraine. Malgré les progrès thérapeutiques récents, les experts soulignent que de nombreuses questions demeurent sur les mécanismes intimes de cette maladie, ouvrant la voie au développement de nouvelles approches ciblées dans les années à venir.
Abderrahim Derraji - 20 juillet 2026 15:46Face à une multiplication de cas d’intoxication graves, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM-France) a décidé d’interdire la production, la commercialisation, la vente, la détention et la consommation de tout produit contenant du muscimole et de l’acide iboténique. Ces deux substances psychoactives, naturellement présentes dans certains champignons tels que l’amanite tue-mouches (Amanita muscaria), étaient également incorporées dans certains bonbons, chocolats, résines et autres produits destinés à provoquer des effets hallucinogènes. Cette décision intervient après plusieurs intoxications sévères rapportées chez des consommateurs ayant ingéré ces produits, parfois présentés comme des friandises ou des alternatives «naturelles» aux drogues. Plusieurs patients ont dû être hospitalisés en réanimation en raison de la gravité des symptômes observés. Le muscimole et l’acide iboténique agissent directement sur le système nerveux central et peuvent entraîner des troubles neuropsychiatriques majeurs. Les manifestations les plus fréquentes sont une somnolence profonde pouvant évoluer vers un coma, une confusion importante, une agitation, des hallucinations, un délire et des troubles du comportement. Des convulsions peuvent également survenir. À ces signes neurologiques s’ajoutent des vomissements parfois sévères, une accélération du rythme cardiaque, une élévation de la pression artérielle ainsi qu’une fièvre. Les symptômes apparaissent généralement rapidement, entre trente minutes et deux heures après l’ingestion, mais leur évolution peut se prolonger pendant plusieurs jours. À ce jour, aucun antidote spécifique n’est disponible. La prise en charge repose exclusivement sur des traitements symptomatiques et une surveillance médicale adaptée, ce qui renforce l’importance d’une intervention précoce. L’ANSM appelle les professionnels de santé à rester particulièrement vigilants devant tout patient présentant brutalement des troubles psychiatriques ou neurologiques inexpliqués. Une agitation inhabituelle, des hallucinations, un délire, une confusion, des convulsions, une mydriase, un ralentissement psychomoteur ou un coma doivent faire évoquer une intoxication au muscimole ou à l’acide iboténique, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes. En présence de signes de gravité ou d’une situation clinique préoccupante, même en l’absence de symptômes majeurs, une orientation immédiate vers un service d’urgence est recommandée. Cette nouvelle interdiction rappelle que les produits présentés comme «naturels» ne sont pas nécessairement sans danger et que certaines substances issues de champignons peuvent exposer à des intoxications potentiellement mortelles.
Abderrahim Derraji - 20 juillet 2026 15:43L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) vient de publier une nouvelle version de ses lignes directrices consacrées à la prévention du déclin cognitif et de la démence. Ce document actualisé marque une étape importante en mettant à la disposition des autorités sanitaires et des professionnels de santé des recommandations fondées sur les données scientifiques les plus récentes. L’objectif est clair, réduire le risque de développer une démence ou, à défaut, en retarder l’apparition grâce à des mesures de prévention applicables tout au long de la vie. La démence regroupe un ensemble de maladies cérébrales qui altèrent progressivement la mémoire, les capacités de réflexion, le langage et l’autonomie. Plus de 57 millions de personnes en sont actuellement atteintes dans le monde et près de 10 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. La maladie d’Alzheimer demeure la forme la plus fréquente, représentant entre 60 % et 70 % des cas. Si aucun traitement curatif n’existe aujourd’hui, les connaissances scientifiques progressent rapidement sur les facteurs favorisant cette maladie. Selon l’OMS, jusqu’à 45 % des cas pourraient être évités ou retardés grâce à une action sur des facteurs de risque modifiables. Le tabagisme, la consommation excessive d’alcool, la sédentarité, l’isolement social, la pollution atmosphérique ainsi que certaines maladies chroniques comme l’hypertension artérielle, le diabète ou l’hypercholestérolémie figurent parmi les principaux déterminants sur lesquels il est possible d’agir. Pour le Directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, les connaissances disponibles permettent désormais de transformer les avancées scientifiques en mesures concrètes de prévention. Les nouvelles recommandations offrent ainsi aux pays des outils immédiatement utilisable afin de préserver la santé cognitive de leurs populations. Parmi les interventions mises en avant figurent l’adoption d’une activité physique régulière, une alimentation équilibrée, l’arrêt du tabac, la réduction de la consommation d’alcool ainsi qu’une meilleure protection contre la pollution de l’air, qui fait son apparition parmi les recommandations prioritaires. L’OMS insiste également sur l’importance de maintenir une vie intellectuelle et sociale active. L’entraînement cognitif, la stimulation intellectuelle et la participation à des activités sociales sont encouragés aussi bien chez les personnes ne présentant aucun trouble que chez celles souffrant d’une légère déficience cognitive. Les recommandations rappellent également que le contrôle rigoureux des maladies cardiovasculaires et métaboliques constitue un levier essentiel pour préserver les fonctions cérébrales. Une prise en charge adaptée de l’hypertension, du diabète et des troubles du cholestérol contribue à diminuer le risque de démence. L’utilisation d’aides auditives chez les personnes souffrant d’une perte de l’audition est également intégrée aux stratégies de prévention. En revanche, l’OMS déconseille l’utilisation systématique de compléments alimentaires tels que les vitamines B ou E, les oméga-3, les acides gras polyinsaturés ou les multivitamines chez les personnes ne présentant aucune carence documentée. Les preuves scientifiques disponibles ne démontrent pas de bénéfice suffisant pour justifier leur utilisation dans la prévention de la démence. Au-delà de son impact sanitaire, la démence représente un défi social et économique majeur. La perte progressive d’autonomie bouleverse la vie des patients et de leurs proches, tandis que les coûts mondiaux liés à cette maladie atteignent environ 1 300 milliards de dollars par an. Près de la moitié de cette charge repose sur les soins non rémunérés assurés par les familles et les aidants. Pour l’OMS, investir dans la prévention constitue aujourd’hui l’un des moyens les plus efficaces de préserver la qualité de vie des personnes, de limiter le poids de cette maladie et de favoriser un vieillissement en meilleure santé.
Abderrahim Derraji - 16 juillet 2026 16:28L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a franchi une étape importante dans la lutte contre Ebola en annonçant le lancement du premier essai clinique destiné à évaluer un traitement préventif chez des personnes exposées au variant Bundibugyo du virus. Menée en République démocratique du Congo (RDC), cette étude pourrait ouvrir une nouvelle voie dans la prévention de cette maladie particulièrement meurtrière, pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement disponible contre cette souche. Baptisé EBO-PEP, cet essai évalue l’efficacité de l’antiviral expérimental obeldesivir, développé par le laboratoire américain Gilead Sciences. Administré par voie orale, ce médicament sera proposé à des personnes âgées de 12 ans et plus ayant été en contact direct avec un cas confirmé d’infection au cours des cinq jours précédents, mais ne présentant encore aucun symptôme. L’objectif est de déterminer si une prophylaxie post-exposition peut empêcher le développement de la maladie ou en réduire la gravité. Près de 1 000 volontaires devraient être recrutés dans le cadre de cette étude. Chaque participant fera l’objet d’un suivi quotidien pendant 21 jours, correspondant à la période maximale d’incubation du virus, avant une évaluation finale au 42e jour. Cette méthodologie permettra d’apprécier avec précision l’efficacité et la tolérance du traitement. L’obeldesivir a déjà montré des résultats encourageants lors d’études précliniques contre plusieurs filovirus, la famille de virus responsable des fièvres hémorragiques, dont Ebola. Toutefois, seule une évaluation chez l’être humain permettra de confirmer son intérêt clinique. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué le lancement de cet essai, estimant que « chaque découverte commence par l’espoir ». Selon lui, si ce traitement démontre son efficacité chez les personnes à haut risque après exposition, il pourrait constituer une avancée majeure pour protéger les cas contacts et limiter la propagation de l’épidémie. L’épidémie actuelle de Bundibugyo a été déclarée le 15 mai dans la province de l’Ituri, au nord-est de la RDC. Cette région, confrontée à une forte insécurité liée à la présence de groupes armés, complique considérablement les opérations de surveillance et de prise en charge. Les autorités sanitaires recensent déjà plus de 1 960 cas et plus de 700 décès, mais l’OMS estime que le nombre réel d’infections pourrait être deux à quatre fois supérieur aux chiffres officiels. En parallèle, un second essai clinique a débuté début juillet en Ituri afin d’évaluer deux traitements destinés aux patients déjà infectés : l’anticorps monoclonal MBP134 et l’antiviral remdesivir, administrés seuls ou en association. Ces recherches devraient se poursuivre pendant plusieurs mois, voire jusqu’en 2027, afin de réunir suffisamment de données pour déterminer leur efficacité. Ces différents essais illustrent l’intensification des efforts de la communauté scientifique face à une épidémie qui continue de dépasser les capacités de riposte. Si les résultats sont concluants, ils pourraient transformer durablement la prise en charge des flambées d’Ebola et offrir de nouveaux outils pour protéger les populations les plus exposées.
Abderrahim Derraji - 15 juillet 2026 10:35Le Haut Conseil de la santé publique a publié la nouvelle édition de ses recommandations sanitaires destinées aux voyageurs pour l'année 2026. Ce document de référence apporte plusieurs évolutions importantes afin de mieux prévenir les risques infectieux liés aux déplacements internationaux. Les principales nouveautés concernent les vaccinations, la prévention des maladies transmises par les moustiques, le paludisme, la maladie à virus Ebola ainsi que la mise à disposition de nouveaux outils d'aide à la pratique pour les professionnels de santé. Les recommandations vaccinales évoluent tout d'abord pour le chikungunya. La vaccination est désormais recommandée chez les personnes âgées de douze ans et plus, qu'elles présentent ou non des comorbidités, lorsqu'elles se rendent dans une zone où une épidémie est en cours, quelle que soit la durée du séjour, ou lorsqu'elles prévoient un séjour de plus d'un mois dans une zone où la maladie est endémique. Deux vaccins sont aujourd'hui disponibles. IXCHIQ ne doit pas être utilisé chez les personnes immunodéprimées, chez celles présentant une hypersensibilité à l'un de ses composants et chez les personnes de plus de soixante cinq ans. VIMKUNYA a un profil de tolérance jugé satisfaisant mais reste contre indiqué en cas d'hypersensibilité à ses constituants. Le HCSP recommande également de différer les déplacements en zone épidémique chez les femmes enceintes, chez les personnes âgées de douze à soixante cinq ans présentant une comorbidité ainsi que chez les voyageurs de plus de soixante cinq ans. La dengue fait également l'objet d'une actualisation. La vaccination est désormais recommandée dès l'âge de six ans pour les voyageurs se rendant en zone épidémique ou effectuant un séjour prolongé de plus d'un mois dans une région où la maladie circule de manière permanente. Le HCSP souligne que les données de pharmacovigilance confirment la bonne tolérance du vaccin QDENYA. Concernant la rougeole, les autorités sanitaires attirent l'attention sur la reprise importante de la circulation du virus aux États Unis depuis le début de l'année 2026. Elles insistent sur la nécessité de vérifier le statut vaccinal des voyageurs avant leur départ et de procéder, si nécessaire, à une mise à jour de la vaccination. Les mesures de protection contre les maladies transmises par les moustiques sont également révisées. Le HCSP privilégie avant tout les moyens de protection physique comme les moustiquaires, les vêtements couvrants et l'évitement des piqûres. Il recommande de n'utiliser que des répulsifs bénéficiant d'une autorisation de mise sur le marché. En revanche, les vêtements imprégnés de perméthrine ne sont plus conseillés. En cas de risque élevé, les sprays destinés aux vêtements contenant du DEET ou de l'IR3535 peuvent être utilisés. Les serpentins fumigènes ainsi que l'huile d'eucalyptus citronné ne sont plus recommandés. Le paludisme demeure une préoccupation majeure. Depuis 2015, le nombre de cas continue d'augmenter dans le monde, principalement en Afrique subsaharienne où le Plasmodium falciparum reste l'espèce la plus fréquemment responsable des formes graves. Le HCSP rappelle que les retards diagnostiques et une prise en charge inadaptée lors de la première consultation constituent encore une cause importante de décès. Il insiste sur l'importance de la prévention grâce à la protection contre les moustiques, à la chimioprophylaxie adaptée et à une vigilance particulière chez les voyageurs de retour de zones d'endémie. La maladie à virus Ebola bénéficie cette année d'un chapitre spécifique en raison de la poursuite de l'épidémie en République démocratique du Congo. Le HCSP rappelle que cette infection peut provoquer une fièvre hémorragique sévère avec une mortalité élevée. La transmission survient après un contact étroit avec des animaux infectés ou avec le sang et les liquides biologiques d'une personne malade. Les personnes infectées ne deviennent contagieuses qu'après l'apparition des premiers symptômes. Une surveillance attentive est recommandée pendant les vingt et un jours suivant le retour de République démocratique du Congo ou d'Ouganda. Enfin, le HCSP met à disposition pour la première fois des fiches pratiques synthétiques consacrées aux principales destinations situées hors d'Europe. Destinés aux professionnels de soins primaires, ces documents visent à faciliter le conseil aux voyageurs sans facteur de risque particulier et à harmoniser les pratiques avant le départ. Lien : https://sante.gouv.fr/prevention-en-sante/sante-des-populations/article/recommandations-sanitaires-pour-les-voyageurs
Abderrahim Derraji - 14 juillet 2026 17:31Le Centre Innovation E-Santé a rendu public, le 8 juillet 2026, un livre blanc intitulé «Intelligence artificielle en santé au Maroc : Réalités, enjeux et recommandations». Ce document de 66 pages constitue une véritable feuille de route pour le déploiement de l’intelligence artificielle dans le secteur de la santé au Maroc. Le rôle des pharmaciens y est notamment abordé à la page 37. Le document les présente comme de véritables capteurs territoriaux de santé publique, capables, grâce à l’IA, de détecter des signaux épidémiques précoces, d’orienter les patients et de contribuer au suivi de l’observance thérapeutique. Une vision ambitieuse qui témoigne de l’évolution du rôle du pharmacien au sein du système de santé. L’intelligence artificielle n’est plus une promesse futuriste. Elle est déjà une réalité dans de nombreuses officines et s’impose progressivement comme un levier majeur de transformation de l’exercice officinal. Longtemps perçue comme un simple outil technologique, elle devient aujourd’hui un véritable assistant capable d’améliorer la qualité des soins, d’optimiser la gestion de l’officine et d’alléger les tâches chronophages, permettant ainsi au pharmacien de retrouver ce qui lui manque le plus : du temps à consacrer à ses patients. Dans de nombreux pays, les logiciels de gestion d’officine intègrent déjà des fonctions d’analyse des ordonnances, de détection des interactions médicamenteuses, de repérage des contre-indications et de proposition d’alternatives génériques. En croisant les données de prescription avec l’historique thérapeutique du patient, l’IA renforce la sécurité de la délivrance tout en harmonisant les pratiques au sein de l’équipe officinale. Loin de remplacer le jugement du pharmacien, elle lui apporte un second regard, précieux dans un environnement où l’exigence de qualité ne cesse de croître. Son potentiel dépasse toutefois largement le comptoir. Dans la gestion des stocks, l’analyse prédictive permet d’anticiper les besoins, d’optimiser les commandes, de limiter les ruptures comme les surstocks et, au final, d’améliorer la trésorerie de l’officine. Une pharmacie plus performante sur le plan économique est aussi une pharmacie plus résiliente, mieux préparée à répondre aux attentes de ses patients. L’IA trouve également toute sa place dans les nouvelles missions confiées aux pharmaciens. Bilans partagés de médication, entretiens pharmaceutiques, accompagnement des patients atteints de maladies chroniques ou encore suivi thérapeutique : autant d’activités à forte valeur ajoutée, mais souvent chronophages. L’automatisation des tâches administratives et documentaires permet de recentrer le pharmacien sur son cœur de métier : l’écoute, le conseil, l’éducation thérapeutique et la décision clinique. Au-delà de ces usages, de nouvelles perspectives émergent déjà. Les systèmes de vidéosurveillance intelligents contribuent à réduire la démarque inconnue, principalement liée au vol à l’étalage, ainsi que les autres formes de coulage. Parallèlement, l’analyse des données de santé ouvre la voie à une meilleure anticipation des risques sanitaires. Demain, l’intelligence artificielle participera davantage à la prévention, à l’accompagnement personnalisé des patients et à l’amélioration des parcours de soins. Cette transformation ne pourra toutefois réussir que si les pharmaciens s’approprient pleinement ces nouveaux outils. La formation, la maîtrise des données de santé, la cybersécurité et le respect des principes éthiques devront accompagner cette évolution. L’intelligence artificielle ne remplacera jamais l’expertise, la responsabilité ni la relation de confiance unissant le pharmacien à son patient. En revanche, bien utilisée, elle peut considérablement renforcer ces atouts. L’avenir de l’officine ne se jouera donc pas entre l’humain et la machine, mais dans leur complémentarité. L’intelligence artificielle ne doit pas faire le métier du pharmacien ; elle doit lui permettre de l’exercer avec davantage de sécurité, d’efficacité et de sérénité. C’est sans doute là que réside la véritable révolution numérique au service de la pharmacie.
Abderrahim Derraji - 13 juillet 2026 09:06La déprescription franchit une nouvelle étape en France. Dans son rapport «Charges et produits pour 2027», la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) fait de cette démarche un axe majeur de sa stratégie pour améliorer la qualité des soins tout en maîtrisant les dépenses de santé. Pour mettre en place sa stratégie, la CNAM a identifié le pharmacien comme l’un des trois professionnels de santé appelés à piloter cette évolution, aux côtés du médecin et de l’infirmier. Cette reconnaissance traduit une évolution profonde de l’exercice officinal. Longtemps cantonné à la dispensation des médicaments, le pharmacien voit son rôle clinique se renforcer autour de l’analyse des traitements, de leur suivi et désormais de leur réévaluation lorsque leur rapport bénéfice-risque devient défavorable. Pour la Cnam, la déprescription ne consiste pas à réduire les dépenses à tout prix. Elle répond avant tout à un impératif de pertinence des soins. Avec le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et la multiplication des situations de polymédication, de nombreux patients poursuivent des traitements dont l’utilité est très discutable. Ces traitements peuvent, dans certains cas, devenir sources d'effets indésirables, d'interactions médicamenteuses ou de perte d'autonomie. Le rapport rappelle ainsi que la réévaluation régulière des prescriptions fait désormais partie intégrante du suivi du patient. Cette orientation s'inscrit dans une stratégie plus globale articulée autour de trois priorités : renforcer la prévention, fluidifier les parcours de soins et garantir «le juste soin au juste prix». Dans cette perspective, la Cnam propose de structurer la déprescription en ville autour d'un trio médecin-pharmacien-infirmier. Les patients seraient pleinement associés aux décisions thérapeutiques, tandis que des outils spécifiques devraient être développés pour accompagner les professionnels de santé dans cette démarche. En pratique, cette évolution vient reconnaître des missions déjà exercées par les pharmaciens, notamment à travers les bilans partagés de médication, les entretiens pharmaceutiques et les échanges avec les médecins prescripteurs. Demain, leur implication pourrait être davantage formalisée et intégrée dans l'organisation des soins de premier recours. Le rapport prévoit également, en partenariat avec l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), d'expérimenter un accompagnement spécifique du sevrage des benzodiazépines prescrites au long cours. Le choix de cette classe thérapeutique n'est pas anodin. Les risques de dépendance, les difficultés d'arrêt et la fréquence des prescriptions prolongées malgré les recommandations en font un enjeu majeur de santé publique. L'objectif est de mettre à disposition des professionnels des outils facilitant un arrêt progressif des traitements tout en sécurisant le parcours des patients. La déprescription ne constitue toutefois qu'un volet d'une stratégie plus large. La Cnam souhaite également promouvoir la désescalade thérapeutique en oncologie lorsque des traitements moins intensifs sont possibles, renforcer le recours aux médicaments génériques et biosimilaires, améliorer le suivi en vie réelle des médicaments innovants et réévaluer la prise en charge de certains traitements particulièrement coûteux, comme le tafamidis. Au-delà des annonces, plusieurs interrogations demeurent. Le rapport reste discret sur les modalités concrètes de cette coopération entre professionnels. Il ne précise ni les outils numériques qui seront développés, ni les conditions d'accès aux données cliniques indispensables à une réévaluation thérapeutique pertinente, ni les modalités de rémunération de cette nouvelle mission. Si ces propositions se traduisent dans les prochaines négociations conventionnelles, elles pourraient néanmoins consacrer une nouvelle étape dans l'évolution du métier de pharmacien. Après la vaccination, les tests rapides, les entretiens pharmaceutiques ou encore les bilans de médication, la déprescription pourrait devenir un nouveau pilier de l'exercice clinique en officine, renforçant encore davantage la place du pharmacien au cœur des soins primaires et de la sécurisation des traitements.
Abderrahim Derraji - 13 juillet 2026 09:01
Évenements