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INDUSTRIE PHARMA - SOUVERAINTÉ - MAROC
Le Maroc affiche depuis plusieurs années son ambition de renforcer sa souveraineté pharmaceutique. Les initiatives se multiplient, entre réforme réglementaire, développement de la production locale, encouragement des génériques, investissements industriels et renforcement de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS). Pourtant, les chiffres du commerce extérieur nous rappellent une réalité moins flatteuse. Notre dépendance vis-à-vis de l’étranger reste importante.
En 2025, les exportations pharmaceutiques marocaines ont plafonné à 1,6 milliard de dirhams, tandis que les importations ont bondi de 17,4 %, pour atteindre 11,9 milliards. Le déficit commercial s’est ainsi établi à 10,3 milliards de dirhams et pourrait atteindre 13,4 milliards en 2030, selon BMI, filiale de Fitch Solutions. Dans le même temps, le marché pharmaceutique national devrait poursuivre sa croissance pour atteindre 46,3 milliards de dirhams en 2030. Autrement dit, le Maroc consommera davantage de médicaments, mais risque d’en importer toujours plus. Voilà précisément le paradoxe auquel notre politique pharmaceutique doit s’atteler.
À quelques milliers de kilomètres, l’Égypte a choisi de mettre les bouchées doubles. Avec une industrie pharmaceutique beaucoup plus importante et un vaste marché intérieur, la comparaison doit certes être nuancée. Mais Le Caire affiche clairement son ambition de devenir un hub pharmaceutique pour l’Afrique et le Moyen-Orient. Surtout, l’Egyptian Drug Authority a atteint le niveau de maturité réglementaire 3 (ML3) de l’OMS pour les vaccins en 2022, puis pour les médicaments en 2024. Cette reconnaissance renforce la crédibilité internationale de son système réglementaire et constitue un atout pour attirer les investissements, développer la production et faciliter l’accès aux marchés régionaux.
Le Maroc dispose aujourd’hui d’une occasion de réduire cet écart. Le projet de loi n° 27.26 renforce les prérogatives de l’AMMPS en matière d’autorisation, d’inspection, de contrôle et de pharmacovigilance. L’objectif d’atteindre, à notre tour, le ML3 doit devenir une priorité nationale, avec des moyens humains, techniques et financiers à la hauteur de cette ambition.
Mais la souveraineté ne se résume pas à une reconnaissance réglementaire. Réduire les droits de douane sur les médicaments essentiels peut améliorer leur accessibilité à court terme, mais cela ne remplacera jamais une véritable stratégie industrielle. Il faut produire davantage localement, encourager les génériques et les biosimilaires, sécuriser l’approvisionnement en matières premières et en médicaments stratégiques, stimuler la recherche et faciliter l’exportation vers l’Afrique.
Le Maroc possède de nombreux atouts, notamment sa stabilité, ses infrastructures, une industrie pharmaceutique ancienne, sa proximité avec l’Europe et son ancrage africain. Il lui manque peut-être désormais une ambition à la mesure de ces avantages.
Le Maroc doit doubler d’efforts. Notre objectif ne doit plus seulement être de réduire notre dépendance, mais de faire du Royaume un véritable acteur pharmaceutique régional capable de produire, d’innover et d’exporter. La souveraineté pharmaceutique ne se proclame pas, elle se construit.
Désogestrel - Méningiome
L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM-France) va adresser un courrier personnalisé aux femmes utilisant une contraception à base de désogestrel afin de les informer d’un risque très faible de méningiome associé à une utilisation prolongée. Les professionnels de santé ayant prescrit ces contraceptifs ont également été informés de cette démarche.
Cette démarche fait suite aux résultats d’une étude menée par EPI-PHARE, qui a mis en évidence une légère augmentation du risque de méningiome chez les femmes utilisant du désogestrel seul à la dose de 75 µg pendant au moins un an. Après analyse de ces données au niveau européen, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé, en juillet 2026, de mentionner ce risque dans la notice et le résumé des caractéristiques du produit.
Le risque demeure toutefois très faible. Selon les estimations communiquées, un cas supplémentaire de méningiome pourrait survenir pour environ 67 000 femmes exposées. Le risque augmente avec l’âge, notamment après 45 ans, et avec une durée d’utilisation supérieure à cinq ans. Il peut également être plus important chez les femmes précédemment exposées à certains progestatifs déjà connus pour augmenter le risque de méningiome, notamment l’acétate de cyprotérone, le nomégestrol ou la chlormadinone.
Point rassurant, le surrisque associé au désogestrel n’est plus observé un an après l’arrêt du traitement et le méningiome est une tumeur qui est souvent bénigne.
L’ANSM insiste donc sur la nécessité de ne pas interrompre sa contraception de sa propre initiative. Pour la grande majorité des femmes, la réception du courrier ne nécessite ni arrêt immédiat du contraceptif ni consultation en urgence. La contraception devra en revanche être réévaluée lors de la prochaine consultation avec le médecin ou la sage-femme, en tenant compte notamment de l’âge, de la durée du traitement et des éventuelles expositions antérieures à d’autres progestatifs.
Une consultation médicale est recommandée en cas de symptômes inhabituels persistants, notamment maux de tête, troubles de la vision, du langage ou de l’équilibre, faiblesse musculaire, troubles de la mémoire ou apparition de crises d’épilepsie.
L’objectif de cette campagne est avant tout d’informer sans inquiéter, afin de permettre à chaque femme de bénéficier d’une contraception adaptée à son profil individuel.
Camizestrant
Le camizestrant, l’un des traitements sur lesquels AstraZeneca mise pour renforcer son portefeuille en oncologie, vient d’enregistrer un revers dans le cancer du sein avancé. Associé au palbociclib (Ibrance, Pfizer), le médicament n’a pas atteint le critère principal d’une étude de phase III menée chez des patientes atteintes d’un cancer du sein HR+/HER2− n’ayant pas encore reçu de traitement pour leur maladie avancée.
L’essai a inclus 1 371 patients présentant cette forme particulièrement fréquente de cancer du sein, caractérisée par des récepteurs hormonaux positifs (HR+) et l’absence de surexpression de HER2. Le camizestrant, commercialisé aux États-Unis sous le nom Etcamah, était administré en association avec Ibrance. Cette stratégie était comparée à Ibrance associé à une hormonothérapie standard.
Selon les résultats annoncés par AstraZeneca, l’association comprenant le camizestrant a permis d’obtenir une amélioration numérique de la survie sans progression. Toutefois, cette différence n’a pas atteint le seuil de significativité statistique fixé par l’étude. Le traitement échoue donc à démontrer sa supériorité dans cette large population de première ligne. Les résultats complets doivent être présentés lors d’un prochain congrès médical.
Cet échec intervient seulement quelques jours après une étape réglementaire importante pour le camizestrant. La Food and Drug Administration (FDA) américaine lui a en effet accordé une autorisation accélérée dans une population beaucoup plus ciblée : les patients dont la tumeur présente une mutation du gène ESR1. Ces mutations peuvent favoriser la résistance aux traitements endocriniens et constituent désormais une cible importante dans la personnalisation de la prise en charge du cancer du sein.
Les nouveaux résultats ne remettent donc pas directement en cause cette indication ciblée. Ils compliquent en revanche la stratégie visant à étendre rapidement l’utilisation du camizestrant à l’ensemble des patients HR+/HER2− dès la première ligne.
Le revers illustre également les difficultés rencontrées par cette nouvelle génération de traitements endocriniens. Quelques mois auparavant, une association reposant sur un médicament comparable développé par Roche avait elle aussi échoué à démontrer une réduction statistiquement significative du risque de progression chez des patients nouvellement diagnostiqués.
Le camizestrant conserve néanmoins un potentiel important, notamment dans les populations sélectionnées grâce aux biomarqueurs. L’enjeu sera désormais de déterminer quels patients tirent réellement le meilleur bénéfice de ce nouveau traitement.
AKDITAL
Le groupe marocain Akdital vient de franchir une étape majeure dans son développement international avec l’ouverture d’Akdital Hospitals Al Olaya, à Riyad. Autorisé par le ministère saoudien de la Santé, cet établissement constitue la première implantation du groupe hors du Maroc et marque son entrée sur l’un des marchés sanitaires les plus dynamiques du monde arabe.
Situé dans le quartier d’Al Olaya, l’hôpital s’étend sur plus de 17 600 m² et dispose de 140 lits. Son plateau technique comprend 11 blocs opératoires et salles de procédures, plus de 30 lits de soins critiques ainsi qu’un service d’urgences doté de 18 lits. Plus de 50 unités de soins spécialisées y sont regroupées afin d’assurer une prise en charge intégrée des patients, depuis le diagnostic jusqu’au traitement et au suivi.
L’établissement couvre notamment la cardiologie, l’oncologie, l’hématologie, la gastro-entérologie, l’ophtalmologie, la dialyse et la diabétologie. Il comprend également un pôle consacré à la santé de la femme, incluant la maternité, l’accouchement, la fertilité et la fécondation in vitro.
Cette ouverture ne représente qu’une première étape. Akdital prévoit d’investir 5,3 milliards de riyals saoudiens, soit environ 1,4 milliard de dollars, dans le Royaume à l’horizon 2030. Le groupe entend ainsi constituer progressivement un véritable réseau hospitalier en s’appuyant sur l’expérience acquise au Maroc, où il exploite déjà 45 établissements répartis dans 25 villes.
Au-delà de sa portée économique, cette implantation pourrait favoriser de nouvelles coopérations entre le Maroc et l’Arabie saoudite. Elle pourrait notamment stimuler la mobilité des professionnels de santé, la formation, les achats hospitaliers et les échanges d’expertise. Elle témoigne surtout de la capacité croissante des acteurs marocains de la santé à exporter leur savoir-faire vers les marchés du Golfe.
PUBLICITÉ
L’Autorité égyptienne du médicament (Egyptian Drug Authority – EDA) renforce sa surveillance de la promotion des produits de santé. Elle vient de mettre en ligne, sur son site officiel, une nouvelle liste consacrée aux «publicités non conformes», permettant au public de consulter les infractions publicitaires et promotionnelles identifiées par ses services.
Cette initiative vise à mieux protéger les patients face à la multiplication de contenus promotionnels susceptibles d’être trompeurs ou diffusés sans autorisation. L’EDA entend ainsi sensibiliser la population aux risques liés à certaines publicités concernant les médicaments et autres produits de santé, notamment lorsque les allégations avancées n’ont pas été évaluées par l’autorité réglementaire.
La liste recense plusieurs types d’infractions. Elle comprend notamment des publicités concernant des produits pourtant enregistrés auprès de l’EDA, mais dont les supports ou messages promotionnels n’ont pas reçu l’autorisation requise. Un produit peut donc être légalement enregistré tout en faisant l’objet d’une communication publicitaire non conforme. Selon l’autorité, de telles pratiques peuvent favoriser un usage inapproprié et exposer les patients à des risques évitables.
Plus préoccupante encore, la promotion de produits qui ne sont pas enregistrés auprès de l’EDA figure également parmi les infractions surveillées. Ces produits peuvent être présentés au public à travers des allégations médicales ou commerciales trompeuses, alors même qu’ils n’ont pas été soumis au contrôle réglementaire nécessaire ou qu’ils ne répondent pas aux exigences applicables.
Face à ces pratiques, l’Agence égyptienne incite les citoyens à ne pas se fier aux messages publicitaires dont l’origine ou l’autorisation ne peuvent être vérifiées. Elle recommande de consulter les sources officielles afin de contrôler à la fois le statut d’enregistrement d’un produit et la conformité de sa publicité.
L’autorité mise également sur la participation du public pour renforcer cette surveillance. Les citoyens peuvent signaler toute publicité suspecte via le service « Inappropriate Advertisement » disponible sur son site officiel, mais également par courrier électronique à l’adresse pm.complaint@edaegypt.gov.eg ou par téléphone au 15301.
À travers ce dispositif, l’Égypte cherche ainsi à associer davantage les citoyens à la pharmacovigilance au sens large et à mieux encadrer un environnement publicitaire devenu particulièrement difficile à contrôler avec le développement des réseaux sociaux et du marketing numérique.
Autres articles
L’Hajja, l’une de mes patientes, vient de nous quitter après un long et douloureux combat contre la maladie de Charcot, également appelée sclérose latérale amyotrophique (SLA). Son histoire m’a profondément marqué, non seulement par les souffrances qu’elle a endurées, mais aussi parce qu’elle illustre une réalité à laquelle sont confrontés de nombreux patients : l’errance qui précède parfois le diagnostic d’une maladie rare ou complexe. Chez L’Hajja, tout avait commencé presque insidieusement, par une fatigue persistante, puis par des troubles de la déglutition de plus en plus invalidants. Elle avait consulté plusieurs médecins dans le secteur privé, fréquenté des cliniques et s’était également tournée vers une structure hospitalière dans laquelle elle avait placé beaucoup d’espoir. Pourtant, le diagnostic tardait à venir. Pendant ce temps, son état se dégradait. Elle ne pouvait pratiquement plus s’alimenter correctement ni dormir. Lorsque le diagnostic de sclérose latérale amyotrophique a finalement été posé, plus d’une année s’était écoulée depuis l’apparition de la fatigue et des troubles de la déglutition. La maladie avait progressé et la faiblesse musculaire avait fini par atteindre les muscles respiratoires. Certes, la maladie de Charcot demeure aujourd’hui incurable et un diagnostic précoce n’aurait malheureusement pas permis de la guérir. Mais diagnostiquer plus tôt, c’est permettre au patient et à sa famille de comprendre ce qui arrive, d’anticiper les complications, d’organiser l’alimentation et l’assistance respiratoire, de soulager certains symptômes et surtout d’être accompagnés. L’Hajja n’est certainement pas un cas isolé. Derrière certaines maladies graves se cachent des mois de consultations, d’examens, d’espoirs et de déceptions avant qu’un nom soit enfin posé sur la souffrance. Et lorsque la médecine atteint ses limites, une autre réalité apparaît : celle de la famille. Au Maroc, c’est encore très souvent elle qui porte l’essentiel de l’accompagnement de la fin de vie. Les proches deviennent tour à tour aidants, infirmiers improvisés, gardes de nuit et soutiens psychologiques. Ils donnent énormément, parfois jusqu’à l’épuisement. Face à la douleur, à l’angoisse ou aux difficultés respiratoires, le « système D » vient trop souvent combler les insuffisances d’une prise en charge structurée. Or accompagner dignement une personne gravement malade ne devrait pas reposer presque exclusivement sur ses proches. Les aidants eux-mêmes ont besoin de répit, d’écoute et de soutien psychologique. En pensant aujourd’hui à L’Hajja et à sa famille, je forme le vœu que les réformes en cours ne se limitent pas aux structures et aux textes. Qu’elles permettent aussi de raccourcir l’errance diagnostique, de développer les soins palliatifs et de mieux accompagner les familles. Car lorsqu’on ne peut plus guérir, il reste encore énormément à faire : soulager, accompagner et préserver, jusqu’au bout, la dignité.
Abderrahim Derraji - 05 septembre 2026 17:21Et si la vaccination contre le zona avait des bénéfices dépassant largement la prévention de cette infection douloureuse ? Une étude publiée fin août 2026 dans Nature Medicine suggère que le vaccin recombinant Shingrix pourrait également réduire le risque de certaines maladies cardiovasculaires. Deux technologies vaccinales ont été utilisées contre le zona : le vaccin vivant atténué Zostavax et le vaccin recombinant Shingrix. Ce dernier s’est progressivement imposé dans de nombreux pays en raison de sa meilleure efficacité contre le zona, notamment chez les personnes âgées et immunodéprimées. Depuis quelques années, plusieurs travaux suggèrent cependant que les bénéfices de cette vaccination pourraient aller au-delà de la prévention du zona. Des études observationnelles ont notamment évoqué une diminution du risque de démence chez les personnes vaccinées, particulièrement avec Shingrix. La composante vasculaire de nombreuses démences a conduit des chercheurs de l’Université d’Oxford à explorer un éventuel effet cardiovasculaire. Pour limiter le biais classique du « healthy vaccinee » — les personnes vaccinées étant souvent en meilleure santé ou davantage engagées dans leur prévention que les non-vaccinées —, les chercheurs ont adopté une approche originale. Ils ont profité du remplacement rapide de Zostavax par Shingrix aux États-Unis, intervenu en octobre 2017. L'étude a ainsi porté sur 72 920 adultes de plus de 60 ans, tous vaccinés contre le zona. La moitié avait reçu Zostavax dans les mois précédant la transition, l’autre Shingrix dans les mois suivants. Les chercheurs ont ensuite comparé la survenue d’événements cardiovasculaires : AVC ischémique, cardiopathie ischémique et insuffisance cardiaque. Après trois ans et demi de suivi, Shingrix était associé à une réduction de 12 % du risque global de maladie cardiovasculaire par rapport à Zostavax. L’association était particulièrement marquée pour l’insuffisance cardiaque, avec une diminution de 16 %, et pour les cardiopathies ischémiques, avec une baisse de 13 %. Chez les hommes, une réduction de 5 % du risque d’AVC était également observée. Une association favorable concernait aussi la fibrillation atriale. L'effet protecteur diminuait progressivement avec le temps mais demeurait significatif après sept années de suivi. Comment l’expliquer ? Deux hypothèses sont avancées. La meilleure prévention du zona par Shingrix pourrait éviter certains phénomènes inflammatoires susceptibles de favoriser les événements cardiovasculaires. Son adjuvant AS01 pourrait également intervenir en modulant durablement certaines réponses immunitaires, notamment la production d’IL-6, cytokine impliquée dans plusieurs pathologies cardiovasculaires. Ces résultats sont prometteurs, mais ne démontrent pas encore un lien de causalité. Des essais prospectifs sont nécessaires avant de pouvoir considérer la protection cardiovasculaire comme un bénéfice établi de Shingrix. Des études sont déjà en cours, notamment au Danemark, avec des résultats attendus en 2027. Si ces données se confirmaient, la vaccination contre le zona pourrait bien révéler une nouvelle dimension : protéger contre le zona, certes, mais peut-être aussi contribuer à protéger le cœur.
Abderrahim Derraji - 05 septembre 2026 17:14En France, le rôle du pharmacien dans la prévention cardiovasculaire franchit une nouvelle étape. La loi n° 2026-668 du 27 juillet 2026, publiée au Journal officiel le lendemain, autorise désormais explicitement le pharmacien d’officine à mesurer la pression artérielle de ses patients dans le cadre de la prévention des risques cardio-neuro-vasculaires. Cette mission est désormais inscrite dans le Code de la santé publique. La législation précise également que la mesure tensionnelle réalisée par un pharmacien est exclue du monopole médical et ne peut donc être assimilée à un exercice illégal de la médecine. En revanche, cette possibilité est réservée aux pharmaciens diplômés et ne s’étend pas aux étudiants en pharmacie. Cette évolution prend tout son sens au regard du poids de l’hypertension artérielle. En France, environ 17 millions de personnes seraient hypertendues et près d’une personne hypertendue sur deux ignorerait sa maladie. Parmi les patients traités, une proportion importante n’atteindrait pas les objectifs tensionnels. Or l’HTA, longtemps silencieuse, constitue l’un des principaux facteurs de risque d’accident vasculaire cérébral et de maladie cardiovasculaire. Grâce à sa proximité et à son accessibilité sans rendez-vous, l’officine constitue ainsi un lieu privilégié de dépistage. Le pharmacien pourra proposer une mesure tensionnelle, notamment aux personnes présentant des facteurs de risque, suivre les patients recevant un traitement antihypertenseur et, lorsque les valeurs mesurées sont anormales, les orienter vers leur médecin. La loi va d’ailleurs au-delà de cette nouvelle mission. Elle prévoit une stratégie nationale pluriannuelle de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires, reposant notamment sur la prévention, le dépistage précoce, l’amélioration des parcours de soins et la réduction des inégalités territoriales et sociales. Une limite demeure cependant : si la mesure de la pression artérielle est d’ores et déjà autorisée, ses modalités de rémunération et de facturation doivent encore être précisées par les textes d’application. Cette évolution confirme néanmoins une tendance désormais bien installée : le pharmacien d’officine n’est plus seulement un dispensateur de médicaments. Il devient progressivement un acteur de première ligne du dépistage et de la prévention.
Abderrahim Derraji - 05 septembre 2026 17:10Réduire l’impact environnemental des médicaments sans compromettre leur efficacité constitue désormais un enjeu important pour l’industrie pharmaceutique. GSK vient de franchir une nouvelle étape dans cette direction en annonçant des résultats positifs de phase III pour une nouvelle version à faible empreinte carbone de son inhalateur-doseur Ventoline (salbutamol). Utilisé depuis plusieurs décennies dans le traitement symptomatique du bronchospasme, notamment chez les patients asthmatiques ou atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), le salbutamol administré par inhalation constitue l’un des médicaments respiratoires les plus largement utilisés dans le monde. La particularité du nouveau Ventoline ne réside pas dans son principe actif, mais dans le gaz propulseur permettant de délivrer le médicament. Les inhalateurs-doseurs pressurisés utilisent en effet des hydrofluorocarbures (HFC), gaz dont le potentiel de réchauffement climatique peut être important. GSK a donc développé une nouvelle formulation utilisant le HFA-152a, un propulseur présentant une empreinte climatique nettement inférieure à celle des gaz actuellement utilisés. Selon le laboratoire, son adoption permettrait de réduire d’environ 92 % les émissions de gaz à effet de serre associées à chaque inhalateur, sans modifier le bénéfice thérapeutique attendu. Les résultats de l’étude de phase III constituent à cet égard une étape essentielle. Ils montrent que la nouvelle formulation présente une équivalence thérapeutique avec le Ventoline actuel, avec un profil de sécurité comparable. Autrement dit, la réduction de l’impact environnemental ne se ferait pas au détriment de l’efficacité ou de la tolérance du traitement. L’enjeu est considérable pour GSK. Ventoline représenterait à lui seul environ 45 % de l’empreinte carbone mondiale du groupe pharmaceutique. Une diminution massive des émissions associées à cet inhalateur pourrait donc avoir un effet significatif sur le bilan environnemental global de l’entreprise. Le laboratoire prévoit des dépôts auprès des différentes autorités réglementaires afin de permettre la commercialisation de cette nouvelle génération d’inhalateurs. GSK ambitionne d’en faire progressivement une alternative durable pour les décennies à venir. Au-delà de Ventoline, cette innovation illustre une transformation plus large de l’industrie pharmaceutique. L’empreinte environnementale d’un médicament ne dépend pas uniquement de sa fabrication ou de son transport : sa formulation, son dispositif d’administration et sa fin de vie doivent également être pris en considération. Pour les traitements des pathologies respiratoires, utilisés quotidiennement par des millions de patients, le choix du dispositif peut donc devenir un véritable levier de décarbonation. À condition toutefois de respecter une priorité fondamentale : la transition écologique du médicament ne peut se faire au dépend de son efficacité, sa sécurité et son accessibilité.
Abderrahim Derraji - 05 septembre 2026 17:06Il suffit parfois d’un inventaire pour que les certitudes s’effondrent. Younes est pharmacien. Pendant des années, il a géré son officine avec sérieux. Puis la maladie l’a contraint à s’en éloigner progressivement. Moins présent, il a naturellement délégué davantage et fait confiance à son équipe. Jusqu’au jour où un inventaire inopiné a révélé un écart important entre le stock physique et celui affiché par son logiciel de gestion officinale. Pour une pharmacie dont l’activité stagnait depuis plusieurs années, la découverte a été particulièrement douloureuse. Younes a dû, bon gré mal gré, prendre les décisions qui s’imposaient : appliquer la réglementation en vigueur, se séparer d’un collaborateur et engager les démarches nécessaires pour tenter de récupérer les sommes correspondant aux écarts constatés. L’histoire de Younes n’est malheureusement pas exceptionnelle. Elle pourrait arriver à beaucoup d’entre nous. Car nous sommes pharmaciens avant d’être gestionnaires et notre attention est légitimement tournée vers le patient, le médicament et la qualité de la dispensation. Mais l’officine est aussi une entreprise et, lorsque sa gestion nous échappe, les conséquences peuvent être redoutables. Un stock qui disparaît, c’est de la trésorerie qui disparaît. Quelques boîtes délivrées sans être enregistrées, une différence de caisse, un crédit client oublié, une remise injustifiée, des retours mal comptabilisés, des périmés qui s’accumulent… Pris isolément, ces écarts peuvent paraître insignifiants. Additionnés pendant des mois ou des années, ils peuvent atteindre des montants considérables. Et dans le contexte économique actuel, nous n’avons plus droit à l’approximation. Nous disposons pourtant d’un allié formidable : le logiciel de gestion officinale. Encore faut-il ne pas le réduire à une simple caisse enregistreuse sophistiquée. Le LGO doit devenir le véritable tableau de bord de l’officine. Le titulaire doit en maîtriser les fonctionnalités, paramétrer rigoureusement les droits d’accès et se réserver certaines opérations sensibles. Modifier un stock, supprimer une vente, changer un prix, accorder une remise importante ou intervenir sur la caisse devrait être parfaitement tracé. Ce n’est pas de la méfiance. C’est simplement de la bonne gestion. Il faut également remettre l’inventaire au cœur de nos pratiques. L’inventaire annuel est indispensable, mais insuffisant. Les inventaires tournants permettent de contrôler régulièrement certaines familles de produits, particulièrement les médicaments coûteux, ceux à forte rotation, les psychotropes et les produits nécessitant une surveillance particulière. Quelques dizaines de références vérifiées régulièrement peuvent parfois révéler une anomalie avant qu’elle ne devienne un problème majeur. Les prochaines générations de LGO devraient nous permettre d’aller beaucoup plus loin. Optimisation des commandes, détermination automatique des stocks minimum et maximum, détection des surstocks, anticipation des ruptures, analyse des écarts, suivi des patients : l’intelligence artificielle ouvre des perspectives considérables. Mais ces outils ne doivent pas être conçus uniquement par des informaticiens. Pharmaciens et éditeurs doivent travailler main dans la main. Nous connaissons les réalités du comptoir ; ils maîtrisent la technologie. C’est de cette collaboration que pourront naître des outils réellement adaptés aux besoins de l’officine. Ne nous faisons cependant aucune illusion : le meilleur logiciel du monde ne remplacera jamais la présence, la vigilance et la rigueur du titulaire. Il faut se former, former son équipe, surveiller ses indicateurs et garder la maîtrise de sa caisse, de ses achats et de son stock. Faire confiance à ses collaborateurs est indispensable. Une équipe ne peut fonctionner dans la suspicion permanente. Mais contrôler ne signifie pas soupçonner. Le contrôle protège le pharmacien, l’entreprise, mais aussi les collaborateurs honnêtes. À une époque où nos marges se contractent, où les charges augmentent et où l’équilibre de certaines officines devient fragile, perdre de l’argent faute de contrôle est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre. Alors faisons confiance. Déléguons. Modernisons nos officines. Utilisons pleinement nos LGO et demain l’intelligence artificielle. Mais ne déléguons jamais notre responsabilité de chef d’entreprise. Car derrière chaque boîte qui entre et qui sort de l’officine, il y a certes un médicament, mais il y a aussi quelques dirhams qui, additionnés les uns aux autres, peuvent faire la différence entre une officine qui résiste et une officine qui vacille.
Abderrahim Derraji - 29 août 2026 18:17Le Koweït vient de durcir considérablement les conditions d’implantation des pharmacies privées. Le 12 août 2026, le ministre de la Santé, Ahmed Al-Awadhi, a adopté la décision ministérielle n° 235/2026, qui porte à 1 000 mètres la distance minimale devant séparer une nouvelle pharmacie des officines existantes les plus proches. Jusqu’alors, cette distance était fixée à 400 mètres. La nouvelle réglementation précise également la méthode de calcul : la distance est déterminée entre le point central de la pharmacie projetée et celui de la pharmacie existante la plus proche. Une attestation officielle, certifiée par la municipalité du Koweït, doit permettre de vérifier le respect de cette condition avant la délivrance de l’autorisation. La règle n’est toutefois pas absolue. Des exceptions sont prévues, notamment pour certaines pharmacies implantées dans les coopératives, marchés centraux, centres commerciaux, aéroports, universités et hôpitaux privés. Certaines structures médicales peuvent également bénéficier de dispositions particulières. Avec ce seuil d’un kilomètre, le Koweït fait le choix d’une régulation territoriale particulièrement restrictive. Mais comparer les politiques d’implantation uniquement à travers la distance serait réducteur. Plusieurs pays combinent en effet l’espacement géographique avec des critères démographiques. L’ouverture d’une officine peut ainsi dépendre simultanément de la distance avec les pharmacies existantes et du nombre d’habitants desservis. Cette évolution koweïtienne ne manque pas d’intérêt au regard de la situation marocaine. Au Maroc, l’article 57 de la loi 17-04 impose une distance minimale de 300 mètres en ligne droite entre deux officines. Cette distance doit être certifiée par un ingénieur géomètre-topographe assermenté. En revanche, le dispositif marocain ne prévoit pas de véritable quota démographique national conditionnant l’ouverture d'une pharmacie au nombre d’habitants. Dans un pays où le maillage officinal s’est considérablement densifié, cette particularité alimente régulièrement le débat sur la viabilité économique des officines et l’équilibre de leur répartition territoriale. L’expérience koweïtienne pose ainsi une question qui dépasse largement la simple distance entre deux pharmacies : comment concilier liberté d’installation, accessibilité du médicament et viabilité économique du réseau officinal ?
Abderrahim Derraji - 29 août 2026 18:13Garantir qu’un médicament, un vaccin ou un dispositif médical est efficace, sûr et de qualité suppose l’existence d’une autorité réglementaire suffisamment solide pour l’évaluer et le surveiller. Or, en Afrique, les capacités réglementaires restent très hétérogènes. Les ministres de la Santé de la Région africaine de l’OMS viennent d’adopter une nouvelle stratégie destinée à rattraper ce retard. La Stratégie régionale relative à la réglementation des produits médicaux 2026-2035 intervient alors que le continent cherche simultanément à améliorer l’accès aux traitements, développer la production pharmaceutique locale et renforcer sa capacité à répondre aux futures urgences sanitaires. Son champ est large puisqu’il couvre les médicaments, vaccins, produits sanguins, diagnostics et dispositifs médicaux. L’objectif est de disposer de systèmes capables de garantir de manière constante leur qualité, leur innocuité et leur efficacité selon des standards internationalement reconnus. Des progrès importants ont déjà été réalisés. L’harmonisation de la réglementation pharmaceutique africaine a renforcé la coopération entre États, tandis que la mise en place de l’Agence africaine des médicaments ouvre la voie à une intégration réglementaire plus poussée. Selon l’OMS, le nombre d’autorités réglementaires africaines ayant atteint le niveau de maturité 3, qui correspond à un système stable et pleinement opérationnel, est passé d’une seule en 2018 à huit en 2025. La stratégie 2026-2035 veut accélérer cette dynamique. Elle prévoit notamment d’augmenter le nombre d’autorités atteignant le niveau 3, de renforcer l’Agence africaine des médicaments, de développer les outils numériques et d’améliorer la préparation réglementaire aux crises sanitaires. Elle mise également sur une coopération accrue entre pays : évaluations communes des dossiers, inspections conjointes et reconnaissance plus importante des décisions prises par des autorités réglementaires de référence. Une telle mutualisation pourrait éviter la répétition des mêmes procédures dans chaque pays et accélérer l’arrivée de médicaments de qualité sur les marchés africains. Au-delà de la réglementation, l’enjeu est aussi industriel. Une production pharmaceutique africaine compétitive ne peut durablement se développer sans autorités réglementaires crédibles et performantes. La souveraineté pharmaceutique du continent passera donc autant par les sites de production des produits de santé que par la qualité des institutions chargées de contrôler leurs produits.
Abderrahim Derraji - 29 août 2026 18:11Face aux pénuries récurrentes de médicaments, l’Arabie saoudite ne se contente pas de recommandations. La Saudi Food and Drug Authority (SFDA) a annoncé avoir relevé des infractions auprès de 17 établissements pharmaceutiques, auxquels ont été infligées des amendes représentant au total 1.575 million de riyals saoudiens. Les manquements constatés concernent directement la capacité des autorités à anticiper et prévenir les ruptures. Certains établissements n’auraient pas correctement déclaré les mouvements de médicaments dans le système électronique national de traçabilité. D’autres n’auraient pas assuré la disponibilité de certains médicaments enregistrés ou respecté leurs obligations relatives aux stocks. La SFDA reproche également à certains opérateurs de ne pas avoir signalé suffisamment tôt les risques d’interruption d’approvisionnement. Le dispositif saoudien impose en effet, dans certaines situations, une notification jusqu’à six mois avant une rupture prévisible, afin de laisser aux autorités le temps d’anticiper ses conséquences et de rechercher des solutions alternatives. Cette démarche illustre une approche particulièrement intéressante de la lutte contre les pénuries. Dans de nombreux pays, les ruptures sont encore découvertes lorsque les pharmaciens et les établissements de santé ne parviennent plus à commander le produit. L’Arabie saoudite cherche au contraire à déplacer la gestion du problème vers l’amont de la chaîne pharmaceutique. La traçabilité joue dans ce dispositif un rôle essentiel. En disposant de données fiables sur les mouvements et les stocks de médicaments, les autorités peuvent théoriquement identifier plus rapidement une tension et déterminer si elle résulte d’un problème industriel, logistique ou commercial. Pour les pharmaciens comme pour les médecins, les pénuries ne constituent pas une simple difficulté d’approvisionnement. Elles peuvent conduire à modifier un traitement, utiliser une alternative moins familière, retarder une prise en charge ou augmenter le risque d’erreur médicamenteuse. L’expérience saoudienne pose dès lors une question essentielle : une politique efficace contre les pénuries peut-elle fonctionner sans obligations contraignantes imposées à l’ensemble des acteurs de la chaîne ? En sanctionnant financièrement les manquements à la déclaration, au stockage et à la disponibilité, Riyad semble avoir clairement choisi sa réponse.
Abderrahim Derraji - 29 août 2026 18:04Le Mozambique vient de franchir une étape importante dans le renforcement de son système pharmaceutique. Le 24 août 2026, l’Organisation mondiale de la Santé a annoncé que l’Autorité nationale de réglementation des médicaments du Mozambique (ANARME) avait atteint le niveau de maturité 3 (ML3) pour la réglementation des médicaments et des vaccins importés. Cette reconnaissance est loin d’être purement symbolique. L’OMS évalue les autorités nationales à l’aide de son Global Benchmarking Tool, un dispositif qui analyse différentes fonctions réglementaires indispensables : autorisation de mise sur le marché, surveillance, inspection, pharmacovigilance ou encore contrôle de la qualité. Le niveau 3 signifie qu’un pays dispose d’un système réglementaire stable, intégré et fonctionnant de manière systématique. Le Mozambique rejoint ainsi le groupe encore restreint des pays africains ayant atteint ce niveau. Selon l’OMS, il devient le dixième pays du continent à y parvenir, aux côtés notamment de l’Égypte, l’Éthiopie, le Ghana, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, l’Afrique du Sud, la Tanzanie et le Zimbabwe. L’enjeu est considérable pour un continent confronté à la circulation de médicaments de qualité inférieure ou falsifiés et fortement dépendant des importations. Une autorité réglementaire performante constitue l’un des principaux remparts permettant de s’assurer que les médicaments qui parviennent jusqu’aux professionnels de santé et aux patients répondent aux standards requis. Cette reconnaissance peut également avoir des conséquences économiques. Le développement d’une industrie pharmaceutique locale ou régionale nécessite des autorités capables d’évaluer les dossiers, d’inspecter les sites de production et d’assurer une surveillance post-commercialisation crédible. La montée en puissance des régulateurs africains devient ainsi l’un des piliers de la stratégie visant à développer la production locale de médicaments et de vaccins. L’annonce intervient par ailleurs au moment où les ministres africains de la Santé viennent d’adopter la stratégie réglementaire continentale pour la période 2026-2035. Le cas mozambicain montre que l’objectif d’amélioration des capacités réglementaires n’est plus seulement théorique. Pour l’Afrique, la souveraineté pharmaceutique commence aussi par la souveraineté réglementaire : produire davantage est indispensable, mais encore faut-il disposer d’institutions suffisamment robustes pour garantir la qualité de ce qui est produit, importé et dispensé.
Abderrahim Derraji - 29 août 2026 18:01Développer un médicament n’a jamais été à la portée du premier laboratoire venu. Mais les chiffres atteignent désormais des sommets. Le coût moyen de développement d’un nouveau médicament a atteint 2,2 milliards de dollars en 2024, soit 65 % de plus qu’en 2014. Même en tenant compte de l’inflation, la hausse reste d’environ 25 %. De quoi alimenter un débat aussi ancien que sensible. Le prix élevé des médicaments innovants est-il réellement le prix à payer pour financer l’innovation ? Il faut d’abord reconnaître une réalité. La recherche pharmaceutique est devenue considérablement plus complexe. Nous sommes loin de l’époque où l’innovation reposait essentiellement sur de petites molécules chimiques. Anticorps monoclonaux, thérapies géniques et cellulaires, ARN messager… la médecine s’attaque aujourd’hui à des mécanismes biologiques extrêmement sophistiqués, parfois encore mal compris. Les essais cliniques ont suivi la même tendance. Un protocole de phase 3 comportait en moyenne 19 critères d’évaluation en 2025, soit 30 % de plus qu’en 2012. Plus spectaculaire encore, le volume moyen de données recueillies est passé de 930 000 points en 2012 à près de 6 millions en 2025. À cela s’ajoute une difficulté croissante à recruter les patients. La médecine de précision réduit les populations éligibles. Il ne suffit plus d’avoir un cancer du poumon, par exemple. Il faut parfois présenter une mutation déterminée, un biomarqueur particulier et répondre à de multiples autres critères. Et puis il y a tous les médicaments qui ne verront jamais les rayons d’une officine ou d’une pharmacie hospitalière. Moins de 7 % des molécules entrant en phase 1 obtiennent finalement une autorisation de mise sur le marché. En 2024, les vingt plus grandes entreprises biopharmaceutiques auraient dépensé 7,7 milliards de dollars dans des essais portant sur des médicaments qui n’ont finalement jamais été commercialisés. L’innovation coûte donc incontestablement cher. Mais reconnaître cette réalité ne signifie pas pour autant signer un chèque en blanc à l’industrie pharmaceutique. Car une question essentielle demeure. Combien coûte réellement le développement de chaque médicament ? Sur ce point, l’opacité reste considérable. Les laboratoires publient rarement les dépenses attribuables à un produit précis et les estimations disponibles reposent sur des méthodologies différentes. C’est pourtant là que se joue une partie du débat sur l’accès aux traitements. Comment déterminer si un prix de plusieurs dizaines, voire de plusieurs centaines de milliers de dollars, est justifié lorsque celui qui le fixe est pratiquement le seul à connaître la véritable structure de ses coûts ? Il ne s’agit pas d’opposer les patients à l’industrie pharmaceutique. Sans rentabilité, pas d’investissement. Sans recherche, pas d’innovation. Mais sans transparence, pas de confiance. Et lorsqu’il s’agit de médicaments capables de sauver ou de prolonger des vies, la confiance est primordiale. SOURCE : swissinfo.ch
Abderrahim Derraji - 23 août 2026 21:12
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