COUVERTURE
COUVERTURE

L’Afrique entre initiatives prometteuses et immenses défis sanitaires

PUBLICATION : DROIT DE SUBSTITUTION
PUBLICATION : DROIT DE SUBSTITUTION

Un outil d’efficience, de justice et de souveraineté…

Circulaire 105
Circulaire 105

Relative au respect du circuit légal des médicaments et des produits de santé

Note d'application de la Circulaire 105 du 3 octobre 2025
Note d'application de la Circulaire 105 du 3 octobre 2025

Circulaire relative au respect du circuit légal des médicaments et des produits de santé.

BPO
BPO

PROJET (Arrêté du ministre de la Santé et de la protection sociale)

Libération de lots de vaccins
Libération de lots de vaccins

Liste des autorités nationales de régulations pharmaceutiques reconnues par la DMP

Remunération
Remunération

Qu'en est-il au juste?

Diplômes universitaires
Diplômes universitaires

préinscriptions ouvertes

À la une

IA

Diagnostic médical peut-on faire confiance à l’IA ? Abderrahim Derraji - 31 mai 2026 08:01
Diagnostic médical peut-on faire confiance à l’IA ?

Aujourd’hui, au moindre symptôme, une grande partie des patients se tourne spontanément vers son smartphone avant même de solliciter un professionnel de santé. Douleurs abdominales, fatigue inhabituelle, céphalées ou simple toux deviennent ainsi des requêtes adressées à des outils d’intelligence artificielle (IA) générative comme ChatGPT ou d’autres plateformes conversationnelles. Pour beaucoup, les réponses fournies sont perçues comme fiables, objectives et parfois même suffisantes pour orienter une décision médicale. Cette évolution rapide des comportements devrait interpeller les professionnels de santé sur la place réelle que pourrait occuper l’IA dans le parcours de soins.

C’est dans ce contexte qu’une équipe de chercheurs britanniques [1] a conduit une étude randomisée et contrôlée destinée à évaluer la capacité de l’intelligence artificielle à aider les patients à adopter la conduite la plus adaptée face à une situation clinique donnée. L’étude a porté sur 1 298 participants âgés de 18 ans et plus, représentatifs de la population britannique. Les chercheurs leur ont soumis plusieurs scénarios cliniques inspirés de motifs de consultation fréquents en médecine générale et en urgence. Pour chaque situation, les participants devaient identifier la pathologie la plus probable puis choisir le niveau de recours aux soins le plus approprié, allant de l’automédication à l’appel d’une ambulance.

Les participants ont été répartis en quatre groupes. Trois groupes avaient accès à des systèmes d’intelligence artificielle différents, notamment GPT 4o, Llama 3 et Command R+, qu’ils pouvaient consulter librement autant de fois qu’ils le souhaitaient. Le quatrième groupe constituait le groupe contrôle et répondait comment il le fait d’habitudes, y compris en s’aidant d’internet.

Les résultats obtenus sont particulièrement instructifs. Les systèmes d’intelligence artificielle se sont révélés très performants lorsque les scénarios médicaux complets leur étaient présentés par les chercheurs. En théorie, les réponses diagnostiques et les orientations proposées étaient souvent pertinentes. En pratique toutefois, les participants ont rencontré des difficultés importantes dans leur interaction avec ces outils. Les informations transmises à l’IA étaient fréquemment incomplètes ou imprécises, ce qui altérait considérablement la qualité des réponses obtenues. Plus préoccupant encore, de légères variations dans la formulation des symptômes pouvaient conduire l’algorithme vers des conclusions erronées.

L’étude montre également que les participants utilisant l’intelligence artificielle étaient moins performants pour apprécier le degré d’urgence d’une situation clinique que ceux du groupe contrôle. Au final, les réponses fournies avec l’aide de l’IA ne se sont pas révélées globalement plus pertinentes que celles obtenues sans assistance technologique. Ces résultats rappellent une réalité fondamentale de la médecine. Une consultation ne se résume pas à une succession de symptômes ou à une analyse théorique de données. Elle repose avant tout sur l’écoute, l’observation, l’expérience clinique et la capacité du praticien à interpréter ce que le patient exprime parfois difficilement. L’intelligence artificielle excelle dans le traitement algorithmique de l’information, mais elle demeure encore limitée face à la complexité de la relation humaine et du raisonnement clinique contextualisé.

L’avenir de l’intelligence artificielle en santé semble donc moins dépendre de ses performances techniques que de sa capacité à s’intégrer de manière pertinente dans la pratique médicale réelle. L’IA ne doit pas remplacer les professionnels de santé, mais les assister afin d’optimiser leurs pratiques.

[1] Univadis

Lire la suite

Montélukast - Cancer

Le montélukast à la rescousse de l’immunothérapie Abderrahim Derraji - 31 mai 2026 07:54
Le montélukast à la rescousse de l’immunothérapie

Des chercheurs de la Northwestern Medicine à Chicago ont mis en évidence une piste thérapeutique prometteuse pour le traitement de plusieurs cancers agressifs en s’appuyant sur un médicament déjà largement utilisé contre l’asthme et les allergies. Il s’agit du montélukast, un antiasthmatique appartenant à la famille des antileucotriènes, qui agit en bloquant le récepteur CysLTR1, une molécule impliquée dans les phénomènes inflammatoires.

Les travaux menés par ces chercheurs ont révélé que de nombreuses tumeurs exploitent ce récepteur afin d’échapper aux défenses immunitaires de l’organisme. En activant CysLTR1, les cellules cancéreuses favorisent la production de neutrophiles particuliers capables de freiner l’action du système immunitaire. Ce mécanisme crée un environnement favorable au développement tumoral et réduit l’efficacité des traitements anticancéreux, notamment de l’immunothérapie.

Les chercheurs ont étudié plusieurs modèles expérimentaux de cancers particulièrement agressifs, notamment le cancer du sein triple négatif, le mélanome, les cancers de l’ovaire, du côlon et de la prostate. Dans ces modèles, ils ont soit supprimé génétiquement le gène responsable de l’expression de CysLTR1, soit utilisé des médicaments capables de bloquer ce récepteur, dont le montélukast. Les résultats ont montré un ralentissement significatif de la croissance des tumeurs, une amélioration de la survie des animaux et une meilleure réponse aux traitements d’immunothérapie.

L’équipe a également analysé des cellules immunitaires humaines. Là encore, le blocage de CysLTR1 a empêché la formation de neutrophiles immunosuppresseurs, confirmant le rôle central de cette voie dans la capacité des cancers à neutraliser les défenses naturelles de l’organisme.

Afin de valider leurs observations, les chercheurs ont examiné des échantillons de tumeurs humaines ainsi que plusieurs bases de données publiques consacrées au cancer. Ils ont constaté que les patients présentant une forte activité du récepteur CysLTR1 avaient généralement un pronostic moins favorable, une survie plus courte et une réponse plus limitée aux immunothérapies, quel que soit le type de cancer étudié.

Cette découverte présente un intérêt particulier car le montélukast est déjà autorisé et largement utilisé depuis de nombreuses années. Son profil de sécurité est bien connu, ce qui pourrait accélérer son évaluation dans le cadre d’essais cliniques en oncologie. Les chercheurs estiment ainsi qu’il pourrait rapidement être testé chez des patients atteints de cancers agressifs afin d’améliorer l’efficacité de l’immunothérapie. Cette approche pourrait être particulièrement intéressante pour des cancers difficiles à traiter, comme le cancer du sein triple négatif, où les besoins thérapeutiques demeurent importants.

Lire la suite

Digitaliques

Insuffisance cardiaque : les digitaliques pourraient être réhabilités Abderrahim Derraji - 31 mai 2026 07:50
Insuffisance cardiaque : les digitaliques pourraient être réhabilités

Présentée lors du congrès 2026 de la Heart Failure Association (HFA) et publiée simultanément dans le JAMA, une méta-analyse regroupant les trois principaux essais cliniques consacrés aux digitaliques dans l’insuffisance cardiaque ravive l’intérêt pour cette classe thérapeutique longtemps considérée comme marginale.

L’analyse a inclus les études DIG (1997), DIGIT-HF (2025) et DECISION (2026), soit un total de 9 013 patients présentant une fraction d’éjection ventriculaire gauche inférieure ou égale à 50 %. Son objectif était de déterminer si les digitaliques conservent un intérêt clinique.

Les résultats montrent une réduction significative de 15 % du risque combiné de décès cardiovasculaire ou de première aggravation de l’insuffisance cardiaque. Ce bénéfice est principalement attribuable à une diminution de 25 % des épisodes d’aggravation nécessitant une prise en charge médicale ou une hospitalisation. En revanche, aucun effet significatif n’a été observé sur la mortalité cardiovasculaire ou sur la mortalité globale.

L’étude DECISION occupe une place particulière dans cette analyse. Elle est la première à avoir évalué la digoxine à faible dose, avec un contrôle rigoureux des concentrations sanguines, dans une population âgée et largement traitée selon les standards thérapeutiques actuels. Bien que les résultats de cette étude n’aient pas atteint à eux seuls le seuil de significativité statistique, ils se sont révélés cohérents avec ceux des essais précédents.

L’un des enseignements majeurs de cette méta-analyse réside dans l’absence d’hétérogénéité entre les études. Les effets observés sont similaires qu’il s’agisse de digoxine ou de digitoxine et demeurent présents chez les patients bénéficiant déjà d’une prise en charge optimale incluant bêtabloquants, inhibiteurs du système rénine-angiotensine, antagonistes des récepteurs des minéralocorticoïdes et inhibiteurs du SGLT2.

Ces données renforcent l’hypothèse d’un effet de classe des digitaliques sur la réduction des décompensations d’insuffisance cardiaque. Elles pourraient conduire à une réévaluation de leur place dans les prochaines recommandations de la Société Européenne de Cardiologie. Si leur impact sur la survie reste absent, leur capacité à réduire les aggravations de la maladie apparaît désormais solidement établie, y compris dans le contexte thérapeutique contemporain.

Lire la suite

APNÉE DU SOMMEIL

Apnée du sommeil : vers une alternative médicamenteuse au masque respiratoire Abderrahim Derraji - 31 mai 2026 07:43
Apnée du sommeil : vers une alternative médicamenteuse au masque respiratoire

L’apnée obstructive du sommeil toucherait près d’un milliard de personnes à travers le monde, dont une grande partie n’est pas diagnostiquée. Cette maladie se caractérise par des interruptions répétées de la respiration pendant le sommeil, entraînant fatigue, somnolence diurne et augmentation du risque cardiovasculaire. Jusqu’à présent, le traitement de référence repose sur la pression positive continue (PPC), un dispositif qui maintient les voies respiratoires ouvertes grâce à un masque. Toutefois, de nombreux patients supportent difficilement cet équipement ou refusent de l’utiliser.


Une étude de phase 3 publiée en mai 2026 dans l’American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine a évalué un traitement oral expérimental baptisé AD109. L’essai baptisé SynAIRgy mené dans 69 centres aux États-Unis et au Canada, a inclus 646 adultes souffrant d’apnée obstructive du sommeil légère à sévère et ayant échoué au traitement par PPC ou refusé son utilisation.

AD109 associe deux molécules, l’aroxybutynine et l’atomoxétine. Contrairement au masque respiratoire qui agit mécaniquement, ce traitement cible directement le mécanisme neuromusculaire responsable de l’obstruction des voies aériennes supérieures. Il stimule les muscles de la gorge afin de maintenir les voies respiratoires ouvertes pendant le sommeil et de prévenir leur affaissement, sans perturber l’architecture normale du sommeil.

Après 26 semaines de traitement, les résultats montrent une diminution de 44,1 % des événements d’apnée chez les patients traités, contre 17,6 % dans le groupe placebo. Plus remarquable encore, près de 18 % des participants ont atteint une rémission complète, avec un indice d’apnée-hypopnée inférieur à cinq événements par heure. Les chercheurs ont également observé une amélioration de l’oxygénation nocturne et une réduction significative de la fatigue diurne, contribuant ainsi à une meilleure qualité de vie.

Comme tout traitement, AD109 n’est pas dénué d’effets indésirables. Les plus fréquents sont la sécheresse buccale, l’insomnie et les nausées. Environ 21 % des patients ont interrompu le traitement pour cette raison. Malgré cela, les spécialistes considèrent ces résultats encourageants compte tenu des difficultés d’observance associées au traitement par PPC. Grâce à ces données prometteuses, AD109 bénéficie désormais d’une procédure d’évaluation accélérée. Une autorisation de mise sur le marché est attendue au premier trimestre 2027, ouvrant la voie à une alternative thérapeutique simple et prometteuse pour les patients souffrant d’apnée du sommeil.

Lire la suite

RÉGIME TAYIBAT

Tayibat ou les dangers d’un régime «totalitaire» ! Abderrahim Derraji - 24 mai 2026 22:03
Tayibat ou les dangers d’un régime «totalitaire» !

Sur TikTok, les tendances alimentaires se succèdent à une vitesse vertigineuse. Chaque semaine semble apporter son nouveau miracle nutritionnel, sa méthode révolutionnaire ou son gourou autoproclamé de la santé parfaite.

Depuis plusieurs mois, un nom revient avec insistance dans les vidéos relayées massivement au Maroc et dans le monde arabe : celui du « régime Tayibat », attribué au médecin égyptien Diaa Al Awadi, décédé en avril 2026 à Dubaï.

Le succès fulgurant de ce régime n’a rien d’étonnant. Il promet ce que beaucoup recherchent aujourd’hui : une solution simple à des problèmes complexes. Fatigue chronique, troubles digestifs, surpoids, inflammation, diabète ou encore dépendance médicamenteuse, tout semble pouvoir être amélioré grâce à une alimentation dite « pure ». Dans un monde saturé d’informations contradictoires, ce discours rassure parce qu’il divise le monde en deux catégories faciles à cerner : les bons aliments et les mauvais, les aliments « purs » et les aliments « toxiques ».


Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache une vision profondément réductrice de la nutrition. Certes, certaines recommandations du régime Tayibat peuvent sembler raisonnables. Réduire les produits ultra-transformés, limiter les excès de sucre industriel, éviter le grignotage compulsif ou privilégier des aliments simples et rassasiants sont des conseils que de nombreux professionnels de santé peuvent partager. Beaucoup de personnes se sentent d’ailleurs mieux lorsqu’elles abandonnent une alimentation industrielle excessive. Cela ne relève pas du miracle, mais simplement d’un retour à une alimentation plus sobre.


Le problème commence lorsque ce régime bascule dans l’idéologie alimentaire. Bannir totalement des catégories entières d’aliments, notamment les légumes verts et les légumineuses, va à l’encontre d’un immense corpus scientifique accumulé depuis des décennies. Ces aliments jouent un rôle essentiel dans l’équilibre du microbiote intestinal, la prévention cardiovasculaire et la réduction du risque de diabète ou de certains cancers. Les supprimer durablement expose à des carences nutritionnelles et à un appauvrissement de la diversité alimentaire.

Autre sujet d’inquiétude : la place excessive accordée à la viande rouge et aux graisses animales. Une consommation modérée peut parfaitement s’intégrer dans une alimentation équilibrée, mais transformer ces produits en piliers centraux du régime alimentaire augmente les risques cardiovasculaires et inflammatoires à long terme.

Cependant, ce qui alarme le plus les professionnels de santé reste le discours anti-médicaments qui accompagne souvent ce type de mouvance. Présenter tous les médicaments comme des poisons est non seulement faux, mais potentiellement dramatique pour des millions de patients chroniques. Bien sûr, aucun traitement n’est totalement dénué d’effets secondaires et certaines prescriptions méritent parfois d’être réévaluées. Mais faut-il pour autant oublier que l’insuline sauve quotidiennement des millions de diabétiques, que les antibiotiques ont révolutionné la médecine moderne ou que les antihypertenseurs préviennent des accidents vasculaires potentiellement mortels ?

Le danger des régimes totalitaires réside précisément dans cette logique du tout ou rien. Ils séduisent parce qu’ils offrent des réponses radicales à des réalités complexes. Or, la nutrition humaine n’est ni une religion ni un tribunal moral. Aucun aliment n’est universellement toxique et aucun modèle alimentaire ne convient à tous de manière identique. Les besoins diffèrent selon l’âge, l’état de santé, la génétique, l’activité physique ou encore la tolérance digestive.

La véritable sagesse alimentaire est souvent beaucoup moins spectaculaire que les vidéos virales des réseaux sociaux. Elle repose sur la diversité, la modération, une cuisine simple, une activité physique régulière et surtout une alimentation adaptée à chaque individu. En matière de santé, les solutions miracles finissent rarement par tenir leurs promesses.

Lire la suite

Autres articles

Une simple lumière LED ouvre la voie à des médicaments plus écologiques

Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont découvert par hasard une nouvelle méthode chimique susceptible de rendre le développement des médicaments plus écologiques, plus rapide et moins coûteux. Alors qu’ils travaillaient sur un système photocatalytique classique, les scientifiques ont observé qu’une réaction chimique continuait à fonctionner même après le retrait d’un catalyseur pourtant considéré comme indispensable. Intrigués par ce résultat inattendu, ils ont approfondi leurs recherches et mis au point un nouveau mécanisme de transformation chimique utilisant simplement la lumière. Publiée dans la revue « Nature », cette découverte repose sur une réaction appelée alkylation anti-Friedel-Crafts. Contrairement aux méthodes traditionnelles qui nécessitent souvent des métaux lourds, des catalyseurs toxiques ou des milieux très acides, cette nouvelle approche fonctionne dans des conditions beaucoup plus douces. Une simple lumière LED bleue suffit à déclencher la réaction chimique à température ambiante. Le procédé utilise un complexe donneur-accepteur d’électrons qui, sous l’effet de la lumière, génère des radicaux capables de former de nouvelles liaisons carbone sans avoir recours à des  métaux de transition. Les chercheurs ont obtenu des rendements très élevés, atteignant jusqu’à 88 %, avec des réactifs facilement disponibles dans le commerce. La réaction s’interrompt immédiatement en l’absence de lumière, ce qui démontre le rôle central de l’activation lumineuse. Cette méthode présente plusieurs avantages majeurs pour l’industrie pharmaceutique. Habituellement, modifier légèrement une molécule nécessite de reconstruire une grande partie de sa structure, ce qui demande du temps, de l’énergie et génère des déchets chimiques importants. Grâce à cette technique, les scientifiques peuvent désormais ajouter directement certains groupements chimiques à des molécules déjà élaborées, simplifiant considérablement le processus de développement. Les chercheurs ont testé cette approche sur plusieurs composés pharmaceutiques connus, comme la névirapine, le boscalid ou la métyrapone, avec des rendements compris entre 77 et 88 %. La réaction a également été reproduite à plus grande échelle avec un rendement supérieur à 80 %, confirmant son potentiel industriel. Autre point remarquable : cette méthode réduit fortement l’impact environnemental de la chimie pharmaceutique. L’absence de métaux toxiques, la diminution des étapes de synthèse et la réduction des déchets chimiques permettent d’envisager une production de médicaments plus durable. Une collaboration avec AstraZeneca a d’ailleurs permis d’évaluer la compatibilité de cette technologie avec les exigences industrielles modernes.

Abderrahim Derraji - 24 mai 2026 21:54
Les analogues du GLP-1 pourraient réduire la consommation d’alcool ?

Les analogues du GLP-1, déjà utilisés contre le diabète et l’obésité, pourraient aussi représenter une nouvelle piste thérapeutique dans la prise en charge du trouble de l’usage de l’alcool (TUA). Un essai contrôlé randomisé en double aveugle, publié dans le journal médical « The Lancet », montre que le sémaglutide réduit significativement la consommation excessive d’alcool chez des patients obèses souffrant d’une dépendance à l’alcool. L’étude, menée au Danemark, a inclus 108 adultes obèses atteints de TUA, dont la majorité présentait une forme sévère. Les participants consommaient en moyenne plus de sept verres standards par jour. Pendant 26 semaines, ils ont reçu soit du sémaglutide par injection hebdomadaire, soit un placebo, en parallèle d’une thérapie cognitivo-comportementale. Les résultats sont encourageants. Les patients traités par sémaglutide ont réduit de 41 % leurs jours de consommation excessive d’alcool, contre 26 % dans le groupe placebo. Concrètement, ils ont connu environ 12 jours de consommation excessive en moins par mois, contre 8 jours dans le groupe placebo. Après six mois, ils ne présentaient plus que cinq jours de consommation excessive sur trente, contre neuf dans le groupe placebo. Le traitement a également diminué la quantité totale d’alcool consommée, augmenté le nombre de jours sans alcool et réduit le « craving », c’est-à-dire l’envie irrépressible de boire. Parallèlement, les patients sous sémaglutide ont perdu en moyenne 11 kilos, contre seulement 2 kilos dans le groupe placebo. Les chercheurs ont observé un lien entre la perte de poids et la diminution de la consommation d’alcool. Les mécanismes expliquant cet effet restent encore mal élucidés. Les scientifiques pensent toutefois que les analogues du GLP-1 pourraient agir sur les circuits cérébraux de la récompense impliqués dans l’addiction, réduisant ainsi l’attrait de l’alcool. Les effets secondaires rapportés étaient principalement digestifs — nausées, diarrhées, constipation ou douleurs abdominales — généralement modérés et transitoires. Malgré ces résultats prometteurs, les experts restent prudents. L’étude porte sur un nombre limité de patients et ne permet pas de savoir si les bénéfices persistent après l’arrêt du traitement. Pour le Pr Benjamin Rolland, psychiatre et addictologue (Service universitaire d’addictologie de Lyon, CH Le Vinatier, Bron), les médicaments ne doivent pas remplacer l’accompagnement psychologique et les changements de mode de vie. Selon lui, ces traitements pourraient surtout aider les patients à amorcer une dynamique de changement, en complément d’une prise en charge psychosociale adaptée. Les auteurs et éditorialistes évoquent ainsi un « optimisme prudent » : si de futures études confirment ces résultats à grande échelle, les implications pour la santé publique pourraient être majeures.

Abderrahim Derraji - 24 mai 2026 21:49
Officine Plus 2026 : une édition qui a tenu ses promesses

La ville de Casablanca a abrité samedi dernier la 16e édition d’Officine Plus, un rendez-vous qui a réuni un grand nombre de pharmaciens d’officine, d’experts et d’exposants. Cette édition a été organisée autour de deux ateliers parallèles et d’un plateau TV animé par Pharmacien Manager. Cet événement a offert une journée intensive de formation, d’échanges et de réflexion sur les défis actuels et futurs de la pharmacie d’officine. La matinée de samedi a débuté par des workshops très attendus par les pharmaciens. Le premier atelier a mis l’accent sur les principales pathologies psychiatriques rencontrées à l’officine, avec l’intervention remarquée du Pr Mohamed Hachem Tyal. Cet atelier s’inscrit dans une dynamique visant à rapprocher les pharmaciens des psychiatres et à renforcer leurs collaborations, afin d’asseoir les bases de l’interprofessionnalité, qui constitue la clé de voûte de l’amélioration de la prise en charge des patients vivant avec une pathologie psychiatrique. La présentation du Pr Tyal s’inscrit pleinement dans l’évolution de la profession pharmaceutique. Plus que jamais, le pharmacien doit passer d’un modèle historique centré sur le produit à un modèle où il devient un acteur de l’efficience du système de santé, avec un renforcement de son rôle dans l’observance et la prévention. L’officinal joue un rôle important dans la prise en charge de malades souvent vulnérables et stigmatisés. Et comme le dit souvent le Pr Tyal : « Deux minutes d’humanité et d’empathie peuvent modifier profondément la trajectoire d’une vie. » La prestation de cet expert changera sans nul doute le regard des pharmaciens ayant assisté à cette conférence, leur regard devant désormais se poser d’abord sur le patient avant l’ordonnance. En parallèle, l’atelier 2 a abordé le merchandising, la gestion des catégories et les leviers d’une pharmacie plus attractive et plus rentable, animé par Mariame Zahir. Les sessions suivantes ont porté sur la stratégie commerciale et le pilotage performant de l’officine. Cette thématique, animée par Omar et Taoufiq Sefiani, est venue rappeler l’importance d’une gestion rigoureuse de la pharmacie et l’apport d’indicateurs de performance pouvant être intégrés dans les logiciels de gestion d’officine (LGO), les rendant ainsi facilement accessibles sans recourir à d’autres logiciels supplémentaires que les pharmaciens ne maîtrisent pas forcément. D’autres ateliers ont été suivis avec beaucoup d’intérêt par les pharmaciens, comme le dépistage précoce du cancer du sein, la nutrition et les nouveaux enjeux de santé, ainsi que les bienfaits des actifs naturels. L’après-midi s’est poursuivie autour de thématiques telles que le stress et la fatigue, l’hypomagnésémie, la maladie rénale chronique et la transformation de l’officine. Le plateau TV a offert des débats très intéressants sur « Le pharmacien à l’ère du digital », « La pharmacie en transformation » et « La pharmacie d’officine : rôle dans la prévention et la détection des maladies à forte prévalence au Maroc ». De nombreux experts de renom ont partagé leur expertise tout au long de la journée. Ce programme dense a parfaitement reflété la volonté d’accompagner les pharmaciens dans leur rôle en pleine évolution : non seulement dispensateurs de médicaments, mais aussi acteurs de santé publique, éducateurs et entrepreneurs. Entre actualisation des connaissances scientifiques, optimisation de la performance économique et adaptation au numérique, Officine Plus 2026 constituera sans nul doute une véritable source d’inspiration et de solutions concrètes pour faire évoluer l’officine marocaine et la rendre plus performante.  

Abderrahim Derraji - 24 mai 2026 21:45
Virus Bundibugyo : Une menace sanitaire sérieuse nécessitant une réponse internationale coordonnée

Le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré, conformément au Règlement sanitaire international (2005), que l’épidémie de maladie à virus Bundibugyo constitue une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) en Ouganda et en République démocratique du Congo, tout en précisant qu’elle ne répond pas aux critères d’une urgence pandémique. Cette décision repose sur une évaluation scientifique approfondie des risques sanitaires, du potentiel de propagation internationale et des impacts sur les échanges et les déplacements. L’OMS salue la transparence et l’engagement des autorités des deux pays concernés dans la gestion de la crise. Leur collaboration a permis une évaluation rapide des risques et une meilleure préparation de la communauté internationale. La décision s’appuie sur des données épidémiologiques fournies par les deux États, ainsi que sur les preuves scientifiques disponibles concernant la dynamique de l’épidémie. L’événement est jugé «extraordinaire» en raison de plusieurs éléments. Au 16 mai 2026, huit cas confirmés en laboratoire, 246 cas suspects et environ 80 décès suspects ont été signalés dans la province de l’Ituri, en RDC, répartis dans plusieurs zones sanitaires dont Bunia, Rwampara et Mongbwalu. Par ailleurs, deux cas confirmés, dont un décès, ont été détectés à Kampala en Ouganda chez des personnes en provenance de la RDC, suggérant une transmission transfrontalière. Un autre cas suspect initialement signalé à Kinshasa a été testé négatif et exclu. Des groupes inhabituels de décès communautaires, associés à des symptômes compatibles avec la Maladie à virus Bundibugyo, ont été observés dans plusieurs zones, ainsi que plusieurs décès de professionnels de santé, ce qui soulève des inquiétudes importantes sur la transmission nosocomiale et les failles dans les mesures de prévention des infections. Le taux élevé de positivité des tests initiaux et la multiplication des cas suspects suggèrent que l’épidémie est probablement sous-estimée et plus étendue que ce qui est actuellement rapporté. Le contexte sécuritaire et humanitaire en Ituri et dans l’est de la RDC aggrave la situation : mobilité élevée des populations, insécurité persistante, densité de structures de soins informelles et similitudes avec des flambées précédentes d’Ebola dans la région. L’absence de traitement ou de vaccin homologué spécifique contre la souche Bundibugyo renforce également la gravité de l’événement. L’OMS estime également qu’il existe un risque élevé de propagation internationale. Les cas détectés à Kampala constituent une preuve directe de diffusion transfrontalière. Les échanges fréquents entre la RDC et les pays voisins, notamment pour des raisons commerciales et familiales, augmentent fortement ce risque. L’incertitude sur l’ampleur réelle de la transmission renforce encore cette inquiétude. Face à cette situation, l’OMS souligne la nécessité d’une coordination internationale renforcée. Un Comité d’urgence doit être convoqué afin de formuler des recommandations temporaires aux États membres. L’objectif est de mieux comprendre l’ampleur de la flambée, de renforcer la surveillance, d’améliorer la prévention et d’assurer une réponse coordonnée. Les recommandations pour les pays touchés comportent la mise en place de centres d’opérations d’urgence nationaux, le renforcement de la surveillance épidémiologique, la recherche des cas contacts, les capacités de diagnostic et la lutte contre les infections dans les établissements de santé. Une attention particulière est accordée à la protection du personnel soignant, à la formation, ainsi qu’à la disponibilité des équipements de protection. La communication avec les communautés est jugée essentielle : les autorités doivent mobiliser les leaders locaux, religieux et traditionnels pour améliorer la détection des cas et lutter contre les rumeurs et pratiques à risque. La participation communautaire est présentée comme un élément central de la riposte. L’OMS recommande également le renforcement des capacités de laboratoire, la création de centres de traitement spécialisés et la mise en place de systèmes de surveillance communautaire. Des essais cliniques pour des traitements et vaccins expérimentaux sont encouragés afin d’accélérer la recherche de solutions médicales. Concernant les voyages et les frontières, des mesures de contrôle sont préconisées, notamment le suivi des cas et contacts, la restriction des déplacements des personnes infectées ou exposées, ainsi que le dépistage aux points d’entrée dans les zones à risque. Les rassemblements de masse doivent être reportés si nécessaire. L’OMS insiste sur la nécessité d’inhumations sécurisées et dignes, afin de limiter la transmission lors des funérailles. Elle recommande aussi d’assurer des chaînes d’approvisionnement en matériel médical et en équipements de protection. Pour les pays voisins, une préparation renforcée est exigée, incluant surveillance active, formation des équipes d’intervention rapide et accès à des laboratoires spécialisés. Tout nouveau cas doit être considéré comme une urgence sanitaire nécessitant une réponse immédiate. Enfin, pour les autres États membres, l’OMS déconseille la fermeture des frontières et les restrictions générales de voyage, jugées inefficaces et contre-productives. Elle recommande plutôt une information claire des voyageurs et du public, ainsi qu’une coopération avec les secteurs du transport. En conclusion, l’OMS considère que cette flambée de maladie à virus Bundibugyo constitue une menace sanitaire sérieuse nécessitant une réponse internationale coordonnée, rapide et proportionnée, tout en évitant les mesures de restriction non fondées scientifiquement.  

Abderrahim Derraji - 20 mai 2026 17:25
Le Maroc face au défi de la recherche clinique

Pendant longtemps, la recherche clinique a été perçue comme un domaine réservé aux grandes puissances scientifiques. Les essais thérapeutiques, les innovations médicales et les nouveaux médicaments continuent d’être mis au point loin du continent africain, comme si l’Afrique devait se contenter d’être un simple marché de consommation plutôt qu’un espace de production du savoir médical. Pourtant, de nombreux pays pourraient inverser cette tendance. Car l’Afrique dispose aujourd’hui de tous les ingrédients pour devenir un acteur majeur de la recherche clinique mondiale : une population jeune, une diversité génétique exceptionnelle, des besoins sanitaires immenses et des professionnels de santé de plus en plus qualifiés. Ces atouts constituent les éléments nécessaires pour stimuler la recherche clinique dans de nombreux pays du continent. La pandémie de Covid-19 a constitué un bon exemple de ce potentiel. En effet, plusieurs pays africains ont démontré leur capacité à conduire des essais cliniques selon les standards internationaux les plus exigeants. Le Maroc, l’Afrique du Sud, le Rwanda, le Kenya, l’Égypte ou encore le Sénégal ont montré qu’il existait sur le continent des investigateurs compétents, des centres hospitaliers performants et des équipes capables de collaborer avec les plus grands acteurs mondiaux de la santé. Mais malgré cette montée en puissance, les freins restent nombreux. Le déficit d’infrastructures demeure une réalité dans plusieurs pays où les laboratoires certifiés, les plateformes numériques et les équipements spécialisés restent insuffisants. À cela s’ajoute le manque de financements durables dans des systèmes de santé déjà confrontés à d’importantes tensions budgétaires. La recherche clinique coûte cher et ses retombées ne sont pas toujours immédiates, ce qui pousse certains décideurs à ne pas la considérer comme une priorité. Les lourdeurs réglementaires constituent également un obstacle majeur. Des procédures longues, parfois fragmentées, ralentissent l’arrivée des projets internationaux et réduisent l’attractivité du continent. Le manque de ressources humaines spécialisées complique aussi la situation. Former des biostatisticiens, des data scientists, des experts en pharmacovigilance ou des attachés de recherche clinique nécessite des investissements académiques importants et une véritable vision à long terme. À ces défis techniques s’ajoute un enjeu plus sensible : celui de la confiance. Dans certaines populations, la méfiance envers les essais cliniques persiste encore, nourrie par des blessures historiques et par une information souvent insuffisante. Pourtant, l’enjeu dépasse largement le simple cadre scientifique. Développer la recherche clinique en Afrique signifie permettre aux patients d’accéder plus rapidement aux traitements innovants, réduire les dépenses de santé, renforcer la souveraineté sanitaire des États et créer des emplois hautement qualifiés. Il s’agit aussi de produire des données locales adaptées aux réalités de chaque pays, au lieu de dépendre exclusivement d’études réalisées ailleurs sur des populations différentes. C’est dans cette dynamique que la FMIIP, en partenariat avec Eshmoun Clinical Research, a organisé, le 15 mai 2026 à Casablanca, un symposium ayant pour thème : « La recherche clinique au service d’un accès rapide aux médicaments innovants, génériques et biosimilaires ». À cette occasion, Yasmine Lahlou Filali a rappelé que la recherche clinique constitue désormais un levier incontournable dans la transformation du système de santé marocain et dans l’ambition du Royaume de devenir une plateforme régionale d’innovation. Les interventions de Omar Seghrouchni et d’Abdelkrim Meziane Belfkih ont également mis en avant l’importance d’un cadre réglementaire solide, de la protection des données personnelles et de la confiance des patients. Les échanges qui ont eu lieu pendant et après les deux panels programmés ont permis d’identifier aussi bien les dysfonctionnements que les mécanismes à mettre en place pour développer la recherche clinique au Royaume. Certes, le Maroc affiche aujourd’hui de grandes ambitions. Encore faut-il que les discours se traduisent par des mesures concrètes, des investissements durables et une stratégie cohérente capable de transformer le Royaume en véritable hub africain de la recherche clinique. Car, dans le domaine de l’innovation médicale, les nations qui hésitent finissent toujours par dépendre de celles qui osent. (1) Présidente de la FMIIP (2) Président de la CNDP (3) Secrétaire général du ministère de la Santé et de la Protection sociale  

Abderrahim Derraji - 18 mai 2026 18:28
La France interdit le CBD alimentaire

Depuis le 15 mai, la France interdit la vente libre des produits alimentaires contenant du CBD. Cette décision de la Direction générale de l’alimentation marque un tournant important pour une filière en plein essor. Sont désormais concernés les bonbons, huiles, biscuits, tisanes et autres produits destinés à la consommation alimentaire. En revanche, le CBD à fumer ainsi que les liquides pour cigarettes électroniques restent autorisés. Cette mesure découle de l’application du règlement européen « Novel Food », en vigueur depuis 1997. Ce texte impose qu’un aliment non traditionnellement consommé dans l’Union européenne obtienne une autorisation spécifique avant sa commercialisation. Or, les produits alimentaires au CBD n’ont toujours pas reçu cette validation officielle au niveau européen. Jusqu’ici, les autorités françaises faisaient preuve d’une certaine tolérance, mais celle-ci a pris fin. La décision provoque une vive inquiétude chez les professionnels du secteur. L’Union des professionnels du CBD estime qu’elle menace directement plus de 2 000 boutiques spécialisées en France. Selon ses représentants, le CBD alimentaire représente près de 40 % du chiffre d’affaires de nombreux commerces. Ils dénoncent une mesure incohérente puisque le CBD reste autorisé sous d’autres formes. La Confédération paysanne partage cette inquiétude et parle d’un danger pour toute la filière du chanvre. Le syndicat redoute des conséquences économiques importantes pour les petits producteurs, les exploitations agricoles diversifiées et les circuits courts récemment développés autour du CBD. Selon cette organisation, les procédures européennes sont longues et coûteuses, ce qui favorise surtout les grands groupes capables de financer les demandes d’autorisation. Les acteurs du secteur dénoncent également une interprétation trop stricte de la réglementation européenne par la France. Certains envisagent déjà des recours pour contester cette décision, qui pourrait fragiliser durablement une activité en pleine croissance.

Abderrahim Derraji - 18 mai 2026 18:21
Tavneos® sous surveillance après plusieurs décès au Japon

Le médicament Tavneos, utilisé dans le traitement de certaines maladies auto-immunes rares, fait aujourd’hui l’objet d’une alerte sanitaire majeure après le signalement de plusieurs décès au Japon. Le laboratoire japonais Kissei Pharmaceutical, détenteur de la licence de commercialisation du produit dans le pays, a demandé aux médecins de ne plus prescrire ce traitement à de nouveaux patients et de réévaluer les traitements déjà en cours. Selon l’entreprise, vingt décès ont été rapportés depuis l’introduction du médicament au Japon en juin 2022. Les autorités sanitaires et le laboratoire mettent particulièrement en cause un risque de dysfonctionnement hépatique sévère, susceptible d’entraîner de graves complications. Tavneos a été administré à environ 8 500 patients japonais depuis son lancement. Ce médicament est destiné à traiter des maladies auto-immunes rares provoquant une inflammation des vaisseaux sanguins. Développé par la biotech américaine Amgen, il avait suscité beaucoup d’espoir en raison de son mécanisme innovant et de son efficacité dans des pathologies difficiles à prendre en charge. La situation prend une dimension internationale, car des inquiétudes similaires émergent également aux États-Unis. Le mois dernier, le Centre d’évaluation et de recherche sur les médicaments de la Food and Drug Administration (FDA) a proposé le retrait de l’autorisation de mise sur le marché américain du Tavneos. Cette recommandation ne repose pas uniquement sur les effets secondaires signalés, mais aussi sur des soupçons de falsification de données et d’autres problèmes liés à l’intégrité des études cliniques. De son côté, Kissei Pharmaceutical affirme qu’aucun décès lié à une atteinte hépatique grave n’a été recensé parmi les plus de 8 000 patients traités aux États-Unis. Néanmoins, la multiplication des alertes alimente les inquiétudes autour de la sécurité du médicament et de la fiabilité des données ayant conduit à son autorisation. L’Agence européenne des médicaments a également ouvert un réexamen du dossier en janvier dernier après l’apparition de doutes concernant l’intégrité des données cliniques. Cette procédure pourrait conduire à de nouvelles restrictions, voire à une remise en question de l’autorisation du traitement en Europe. Cette affaire illustre une nouvelle fois les défis auxquels sont confrontées les autorités sanitaires dans l’évaluation des médicaments innovants destinés aux maladies rares. Si ces traitements représentent souvent un espoir important pour les patients, leur surveillance après commercialisation demeure essentielle afin d’identifier rapidement d’éventuels effets indésirables graves ou des irrégularités dans les essais cliniques.

Abderrahim Derraji - 18 mai 2026 18:18
France : un nouveau arrêté pour faire face aux pénuries en professionnels de santé

Le gouvernement français a engagé un changement important dans la régulation des études de santé avec l’arrêté du 7 mai 2026, publié au Journal officiel le 14 mai. Ce texte remet en question la manière dont sont définis les objectifs nationaux de formation en médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique. Désormais, ces objectifs ne sont plus considérés comme des limites implicites, mais comme des « seuils minimaux ». Les universités pourront donc augmenter plus facilement leurs capacités d’accueil si elles disposent des moyens nécessaires. Cette évolution marque une rupture avec des décennies de politique restrictive héritée du numerus clausus. Même après sa suppression officielle en 2020, les capacités de formation restaient fortement encadrées. Avec cette réforme, la logique change progressivement, ce qui permettra d’augmenter les effectifs lorsque les besoins des territoires l’exigent. Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions démographiques dans les officines françaises. De nombreuses pharmacies rencontrent des difficultés de recrutement, notamment dans les zones rurales et périurbaines. Certains titulaires peinent à trouver des pharmaciens adjoints et réduisent parfois leurs horaires d’ouverture faute de personnel. Parallèlement, les missions des pharmaciens se multiplient avec la vaccination, la prévention, le suivi des maladies chroniques, les renouvellements d’ordonnances ou encore la téléconsultation assistée. L’officine joue ainsi un rôle de plus en plus central dans les soins de proximité. Le gouvernement souhaite donc éviter qu’un cadre réglementaire trop rigide empêche l’augmentation future du nombre de pharmaciens formés. Toutefois, cette réforme ne garantit pas automatiquement une hausse rapide des effectifs étudiants. Les universités restent limitées par leurs ressources pédagogiques, le nombre d’enseignants disponibles, les possibilités de stage et les capacités hospitalières. Plusieurs facultés alertent déjà sur leurs difficultés d’encadrement et craignent une augmentation des effectifs sans financements supplémentaires. Le dossier révèle également un paradoxe. Malgré les tensions sur le marché du travail, certaines facultés de pharmacie peinent encore à pourvoir toutes leurs places. Des centaines de postes sont restés vacants ces dernières années, même si leur nombre diminue progressivement. Cette situation montre que le problème ne concerne pas uniquement les quotas, mais aussi l’attractivité de la filière pharmaceutique. À travers cette réforme, le gouvernement affiche une stratégie plus large visant à renforcer les professions de santé de proximité afin de répondre aux difficultés d’accès aux soins. Pour les facultés de pharmacie comme pour les officines, les conséquences de cette nouvelle politique pourraient se faire sentir pendant de nombreuses années.

Abderrahim Derraji - 18 mai 2026 18:14
Publicité : Novo Nordisk et Lilly sanctionnés par l’ANSM

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM-France), vient de lancer un signal particulièrement fort à l’industrie pharmaceutique. L’autorité française a décidé de sanctionner les laboratoires Novo Nordisk et Lilly pour des campagnes de communication autour du surpoids et de l’obésité, jugées assimilables à de la publicité illégale pour des médicaments soumis à prescription médicale obligatoire. Trois sanctions financières ont ainsi été prononcées le 29 avril 2026 puis rendues publiques quelques jours plus tard. Deux concernent Novo Nordisk, fabricant du Wegovy et du Saxenda, tandis que la troisième vise Lilly France, qui commercialise la gamme Mounjaro. Au total, plusieurs millions d’euros d’amendes ont été infligés pour ce que l’autorité française considère comme des pratiques trompeuses susceptibles d’encourager un mésusage de ces traitements très médiatisés. Dans le viseur de l’autorité sanitaire figure notamment le site internet «Au-delà du poids» ainsi que plusieurs campagnes d’affichage et de communication diffusées entre juillet et octobre 2025 dans le métro parisien et sur les réseaux sociaux. Selon l’ANSM, ces messages ont été diffusés dans un contexte particulièrement sensible marqué par un engouement massif pour les analogues du GLP-1 et par des usages détournés de ces médicaments à des fins purement esthétiques. Le laboratoire Novo Nordisk est accusé d’avoir laissé entendre que toute personne souhaitant perdre quelques kilos pouvait potentiellement bénéficier d’un traitement médicamenteux contre l’obésité. Or, rappelle l’ANSM, le Wegovy est indiqué uniquement en seconde intention chez des patients présentant une obésité caractérisée ou un surpoids associé à des comorbidités. Sa prescription ne peut en aucun cas être banalisée. L’agence souligne également qu’en France, la publicité destinée au grand public est strictement interdite pour les médicaments soumis à prescription obligatoire. Considérant que les campagnes concernées contrevenaient à cette réglementation, l’ANSM a infligé une amende de 783 838 euros pour le Wegovy et une seconde sanction d’un million d’euros concernant le Saxenda. Le laboratoire Lilly n’a pas échappé aux sanctions. Sa campagne intitulée «L’obésité, c’est un truc de malade», diffusée en 2025 dans plusieurs grandes villes françaises, dans la presse et sur les réseaux sociaux, a également été jugée problématique. L’ANSM estime qu’elle présentait Mounjaro comme une réponse incontournable à la prise de poids, alors que ces traitements ne doivent être prescrits qu’en seconde intention et sous contrôle médical. Une sanction de plus de 108 000 euros a donc été prononcée contre Lilly France. Face à ces décisions, les deux laboratoires contestent les critiques de l’autorité sanitaire. Novo Nordisk affirme que ses campagnes relevaient de la sensibilisation et de la prévention, tandis que Lilly estime avoir respecté le cadre applicable aux communications en santé humaine. Cette affaire illustre toutefois la vigilance croissante des autorités face à la promotion indirecte des nouveaux traitements anti-obésité, devenus en quelques années un enjeu majeur de santé publique et de régulation.

Abderrahim Derraji - 13 mai 2026 18:25
Foyer d’hantavirus à bord du MV Hondius, faut-il craindre une nouvelle pandémie ?

Le «MV Hondius», navire appartenant à Oceanwide Expeditions, a accosté le dimanche 10 mai au large de Tenerife après la détection d’un foyer d’hantavirus à bord. Parti le 1er avril d’Ushuaïa, le navire comptabilise, selon les dernières données communiquées par l’Organisation mondiale de la santé, trois décès, cinq cas confirmés et trois cas suspects. Si le risque global pour la santé publique est actuellement jugé faible, cet épisode illustre parfaitement la nécessité d’une vigilance renforcée face aux zoonoses émergentes dans un contexte de mobilité internationale importante. L’agent suspecté est le virus Andes, une souche d’hantavirus endémique dans certaines régions d’Argentine et du Chili. Sa particularité réside dans sa capacité, rare parmi les hantavirus, à permettre une transmission interhumaine limitée, principalement durant la phase prodromique, avant l’hospitalisation, lorsque les mesures barrières ne sont pas encore mises en place. Cette transmission survient surtout lors de contacts étroits et prolongés, notamment dans des espaces confinés ou dans le cadre de contacts intrafamiliaux. Sur le plan clinique, les hantavirus restent des agents pathogènes à fort potentiel de gravité. Deux grands syndromes peuvent survenir. La fièvre hémorragique avec syndrome rénal, prédominante en Europe et en Asie, et le syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus, observé principalement dans les Amériques, dont la létalité peut atteindre 30 à 60 %. Le tableau clinique débute souvent par une phase non spécifique associant fièvre, myalgies et asthénie, avant une dégradation rapide pouvant conduire à une défaillance respiratoire ou hémodynamique. Le diagnostic repose essentiellement sur la biologie spécialisée, notamment la sérologie par détection des IgM et IgG via ELISA ou immunofluorescence, ainsi que la détection de l’ARN viral par PCR sur des prélèvements précoces. L’absence de traitement antiviral spécifique et de vaccin impose une prise en charge symptomatique centrée sur le support hémodynamique et respiratoire, parfois en soins intensifs. Selon les données du Centre national de référence des Hantavirus, plusieurs souches zoonotiques circulent en Europe, notamment Puumala, Seoul, Dobrava ou Saaremaa. Certaines, comme Dobrava, présentent des taux de létalité pouvant atteindre 10 %. Si la France rapporte en moyenne une centaine de cas hospitalisés par an, des pays comme l’Allemagne, la Suède ou la Finlande enregistrent des incidences nettement plus élevées. Pour les professionnels de santé, plusieurs messages clés se dégagent. Il convient d’évoquer ce diagnostic devant un syndrome fébrile inexpliqué chez un patient revenant d’une zone endémique, d’intégrer rapidement la notion d’exposition environnementale ou de contact rapproché, de déclencher précocement les mesures d’isolement lorsqu’une souche transmissible est suspectée et d’assurer une surveillance rigoureuse des cas contacts pendant toute la période d’incubation, qui peut aller jusqu’à six semaines. Cette croisière et le périple de ses passagers rappellent que les zoonoses émergentes demeurent un enjeu majeur de santé publique mondiale. Dans un contexte de changements climatiques, de perturbation des écosystèmes et d’intensification des déplacements internationaux, leur détection précoce, leur signalement rapide et la coordination internationale restent les piliers d’une réponse efficace.

Abderrahim Derraji - 11 mai 2026 07:09