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HAT - ECONOMIE DE LA SANTÉ
Le déploiement d’un système d’évaluation des technologies de santé (HTA) au Maroc ne saurait se résumer à une réforme technique supplémentaire. Il constitue un véritable changement de paradigme dans la manière de décider, de financer et d’organiser les soins. Encore faut-il que cette ambition se traduise par la mise en place de mécanismes opérationnels, transparents et adaptés aux réalités du Royaume.
La rencontre organisée du 22 au 24 octobre à Rabat par la Société marocaine de l’économie des produits de santé (SMEPS), en partenariat avec les acteurs de l’évaluation médico-économique, a eu le mérite de réunir de nombreux experts autour d’une question essentielle : comment faire de l’HTA un véritable instrument d’aide à la décision publique ?
L’enjeu dépasse largement la seule évaluation des médicaments. Il s’agit de déterminer la valeur réelle des innovations, d’apprécier leur bénéfice clinique et médico-économique et de garantir une utilisation plus rationnelle des ressources disponibles.
Mais une évidence s’impose : le Maroc ne peut se contenter de reproduire des modèles étrangers. Notre système de santé possède ses spécificités, ses contraintes budgétaires, ses disparités territoriales et ses propres priorités sanitaires. L’HTA devra donc être pensée en fonction de ces réalités, tout en s’inspirant des expériences internationales les plus pertinentes.
Sa réussite suppose également une bonne gouvernance, une expertise nationale renforcée et, surtout, une coordination effective entre les institutions chargées de l’évaluation, de la fixation des prix, du remboursement et du financement des soins. L’un des principaux défis sera de disposer de données noationaux fiables et exploitables. Sans systèmes d’information performants, sans données en vie réelle et sans indicateurs pertinents, l’évaluation risque de demeurer un exercice théorique, éloigné des besoins des patients. Il faudra également veiller à ce que l’HTA ne devienne pas un obstacle supplémentaire à l’accès aux innovations. Sa vocation n’est pas de freiner le progrès thérapeutique, mais de permettre des choix éclairés, conciliant efficacité clinique, équité et soutenabilité financière. Dans cette dynamique, les professionnels de santé, notamment les pharmaciens, doivent être pleinement associés à la réflexion. Leur connaissance du terrain, des parcours de soins et des difficultés d’accès aux traitements constitue une contribution précieuse.
Enfin, l’évaluation ne doit pas être une fin en soi. Elle doit déboucher sur des décisions compréhensibles, applicables et régulièrement réévaluées en fonction des résultats obtenus.
Le véritable défi n’est donc plus de convaincre de l’utilité du HTA, mais de lui donner les moyens de fonctionner. Car un système d’évaluation n’a de sens que s’il améliore concrètement la pertinence des décisions, la qualité des soins et l’accès équitable des citoyens aux innovations thérapeutiques.
HTA in Morocco: From Ambition to Action
Implementing Health Technology Assessment (HTA) in Morocco represents a major step toward a more efficient, equitable, and sustainable healthcare system.
Its success requires a governance framework, strong national expertise, and effective coordination between healthcare institutions.
HTA must reflect Morocco’s specific healthcare needs, budgetary constraints, and regional disparities while drawing on international best practices.
Reliable real-world data and the active involvement of healthcare professionals, particularly pharmacists, are essential.
Rather than limiting access to innovation, HTA should support evidence-based decisions that balance clinical value, affordability, and equity.
The ultimate challenge is to turn HTA ambitions into concrete actions that improve healthcare quality and ensure equitable access to therapeutic innovations.
BPO - AMMPS - PHARMACIE
L’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) a annoncé, le 21 octobre 2026, la publication de la ligne directrice relative aux Bonnes Pratiques Officinales (BPO). Cette initiative constitue une étape importante dans l’encadrement de l’exercice pharmaceutique au Maroc. Elle traduit la volonté de renforcer la qualité des prestations officinales, la sécurité des patients et le bon usage des médicaments.
Élaboré conformément aux dispositions de la loi 17-04 portant Code du médicament et de la pharmacie, ce document de référence, daté du 18 septembre 2026, couvre l’ensemble des activités de l’officine. Il concerne aussi bien son organisation que les actes pharmaceutiques qui y sont accomplis.
Pour les pharmaciens titulaires, cette publication annonce une évolution importante des méthodes de travail. La qualité ne devra plus seulement reposer sur les compétences individuelles et les habitudes professionnelles, mais également sur des procédures écrites, une organisation rigoureuse et une traçabilité des opérations.
Le premier changement concerne la gestion du personnel. Le pharmacien titulaire demeure personnellement responsable de l’application des bonnes pratiques. Il doit veiller à la qualification de ses collaborateurs, définir précisément leurs responsabilités, assurer leur formation continue et exercer une surveillance effective sur les activités de l’équipe officinale.
Les locaux et les équipements devront répondre à des exigences précises d’hygiène, d’entretien et de conservation. La température, l’humidité et les autres paramètres susceptibles d’affecter la qualité des médicaments devront être régulièrement vérifiés. Les équipements feront également l’objet de contrôles périodiques documentés.
L’approvisionnement et la gestion des stocks occupent une place importante dans cette démarche. Le pharmacien devra sélectionner des fournisseurs fiables, contrôler les produits réceptionnés, respecter leurs conditions de conservation et organiser une surveillance rigoureuse des dates de péremption.
La dispensation constitue naturellement un volet central du texte. L’analyse pharmaceutique des ordonnances, la vérification des posologies, des interactions et des contre-indications, ainsi que la qualité des conseils délivrés aux patients sont clairement réaffirmées. Le pharmacien devra également contribuer à la pharmacovigilance et traiter sans délai les alertes sanitaires.
Les préparations magistrales et officinales devront, quant à elles, respecter des procédures garantissant leur qualité, depuis la réception des matières premières jusqu’au contrôle et à l’étiquetage du produit fini.
Autre exigence majeure, la formalisation d’un véritable système documentaire. Chaque pharmacie devra disposer d’un manuel de qualité regroupant notamment les procédures de réception, de stockage, de dispensation, d’entretien, de traitement des plaintes et de gestion des retraits de lots.
Le texte prévoit également des autoévaluations régulières destinées à identifier les insuffisances et à mettre en œuvre les mesures correctives nécessaires.
Ces nouvelles orientations représentent indéniablement un progrès pour la profession. Leur application nécessitera cependant du temps, des moyens matériels, des formations et un accompagnement adapté, particulièrement pour les officines disposant de ressources limitées.
La publication des BPO soulève ainsi une question essentielle, celle des conditions concrètes de leur mise en œuvre. La ligne directrice ne précise pas, à elle seule, de calendrier général de mise en conformité.
Au-delà des contraintes organisationnelles, cette démarche offre surtout l’occasion de valoriser la dimension sanitaire de l’officine et de consolider la place du pharmacien dans le parcours de soins.
Encore faudra-t-il que cette ambition qualitative s’accompagne d’une reconnaissance effective des missions et des responsabilités du pharmacien d’officine.
CVS - NOUVELLES MISSIONS - USA
Aux États-Unis, le rôle du pharmacien d’officine continue d’évoluer vers une participation plus active à la prévention et au suivi des maladies chroniques. Le groupe CVS Health vient de lancer une expérimentation dans cinq pharmacies du Michigan, où les pharmaciens proposent des prestations de surveillance de plusieurs paramètres biologiques et cardiovasculaires.
Selon une information rapportée par Reuters le 23 octobre 2026, ce programme prévoit notamment la mesure de la pression artérielle, de la glycémie et du cholestérol. L’objectif est de renforcer le suivi des patients souffrant de pathologies chroniques, tout en facilitant leur accès à des services de proximité.
Cette initiative répond à une problématique majeure du système de santé américain. L’hypertension artérielle, le diabète et les dyslipidémies nécessitent un accompagnement régulier qui ne peut être fait dans le cadre de consultations médicales classiques.
Grâce à leur accessibilité et au nombre élevé de patients qui visitent quotidiennement les pharmacies, les officinaux disposent d’atouts pour contribuer à cette prise en charge. Leur intervention pourrait notamment favoriser le dépistage des anomalies, améliorer l’observance thérapeutique et faciliter l’orientation vers le médecin lorsque les résultats le justifient.
Mais l’enjeu dépasse la seule dimension clinique. CVS étudie également les possibilités de remboursement de ces prestations par Medicare, le programme fédéral américain d’assurance maladie. Cette réflexion est essentielle, car la pérennité des nouveaux services pharmaceutiques dépend largement de l’existence d’un modèle économique adapté. Pour autant, cette expérimentation devra démontrer son efficacité. L’amélioration des indicateurs cliniques, la satisfaction des patients, la coordination avec les médecins et le rapport coûtefficacité constitueront des critères déterminants avant tout déploiement à grande échelle.
Cette expérience mérite également l’attention des pharmaciens marocains. Dans un contexte marqué par la progression des maladies chroniques et les difficultés d’accès aux soins dans certaines régions, l’officine pourrait jouer un rôle plus structuré dans la prévention et l’accompagnement thérapeutique.
Une telle évolution supposerait cependant un cadre réglementaire clair, des protocoles validés, une formation adaptée et une rémunération spécifique.
L’expérience américaine rappelle finalement qu’élargir les missions du pharmacien ne consiste pas simplement à multiplier les actes. Il s’agit de reconnaître sa contribution à la santé publique et de l’intégrer dans un parcours de soins coordonné.
Cancer du poumon - Tarlatamab - Imdelltra,
Une nouvelle stratégie thérapeutique pourrait modifier la prise en charge du cancer bronchique à petites cellules au stade étendu, une forme particulièrement agressive de cancer pulmonaire. Les résultats d’un essai clinique de phase III montrent qu’une association impliquant le tarlatamab, commercialisé sous le nom d’Imdelltra, et le durvalumab, connu sous le nom d’Imfinzi, permet d’améliorer significativement la survie globale des patients.
L’étude, qui a inclus 563 patients, rapporte une survie globale médiane de 21,1 mois avec cette association, contre 12,7 mois chez les patients recevant le durvalumab seul, dans le cadre du protocole étudié. Cette différence de 8,4 mois constitue un résultat notable dans une pathologie dont le pronostic demeure défavorable malgré les progrès récents de l’immunothérapie.
Selon les résultats communiqués, le risque relatif de décès a diminué de 58 %. Cette réduction doit être interprétée comme une mesure statistique du bénéfice observé au cours du suivi et non comme une diminution absolue de la mortalité de 58 %.
Le tarlatamab appartient à une nouvelle génération d'immunothérapies reposant sur les anticorps bispécifiques. Il cible simultanément la protéine DLL3, fréquemment exprimée à la surface des cellules du cancer bronchique à petites cellules, et le récepteur CD3 présent sur les lymphocytes T. Ce mécanisme permet de rapprocher les cellules immunitaires des cellules tumorales afin de favoriser leur destruction.
Le durvalumab agit différemment. En bloquant la voie PD-L1, il contribue à lever certains mécanismes d'inhibition de la réponse immunitaire antitumorale. L'association des deux médicaments vise ainsi à renforcer l'activité du système immunitaire par des mécanismes complémentaires.
Toutefois, cette efficacité s'accompagne de risques qui nécessitent une surveillance spécialisée. Dans l'essai, 20,9 % des patients ont présenté un événement indésirable grave, tandis que près de la moitié ont développé un syndrome de relargage des cytokines, généralement de faible gravité.
Ce syndrome, lié à une activation importante du système immunitaire, peut provoquer de la fièvre, une hypotension et, dans les formes sévères, des complications potentiellement graves. Sa prévention, son identification précoce et sa prise en charge nécessitent des équipes formées et des protocoles adaptés.
Ces résultats pourraient élargir les perspectives d'utilisation du tarlatamab à des étapes plus précoces du parcours thérapeutique. Ils devront néanmoins être examinés par les autorités réglementaires avant toute extension d'indication.
Pour les oncologues et les pharmaciens hospitaliers, cette avancée souligne l'importance croissante des traitements immunologiques combinés, mais également les nouvelles exigences de surveillance et de sécurisation du circuit du médicament.
L'enjeu sera désormais de confirmer la place de cette association dans les stratégies thérapeutiques et de déterminer les conditions permettant d'en faire bénéficier les patients en toute sécurité.
SÉMAGLITUDE - DR REDDYS
Le développement des versions génériques du sémaglutide représente un enjeu industriel et commercial majeur pour les laboratoires pharmaceutiques. Mais les difficultés rencontrées par le groupe indien Dr Reddy’s rappellent que la fabrication de ces médicaments injectables exige une parfaite maîtrise de la qualité.
Selon Reuters, le laboratoire a récemment lancé sur le marché indien deux nouvelles marques, Obeda Pro et Obeda Plus, après avoir interrompu la production de son injection Obeda. Cette décision intervient à la suite de la détection d’une impureté dans le principe actif, qui avait entraîné des rappels de produits en Inde et au Canada.
L’entreprise prévoit de reprendre la production d’Obeda en novembre 2026 et envisage également une expansion commerciale vers l’Afrique et l’Amérique latine.
Cet incident illustre les défis associés à la fabrication des médicaments peptidiques. Le sémaglutide, analogue du GLP-1, possède une structure moléculaire dont la production et la purification nécessitent des procédés industriels parfaitement maîtrisés. La présence d’impuretés peut résulter de différentes étapes de fabrication, notamment de la synthèse, de la purification ou de la conservation du principe actif.
L’identification d’une impureté ne signifie pas automatiquement qu’un médicament présente un danger clinique avéré. Son évaluation doit prendre en considération sa nature, sa concentration, son éventuelle toxicité et les limites réglementaires applicables.
Pour les autorités sanitaires, ces situations soulignent l’importance des contrôles analytiques, de la qualification des fournisseurs et du suivi des lots commercialisés. Elles rappellent également que la multiplication des marques ne constitue pas, à elle seule, une garantie de diversification des sources de fabrication.
La traçabilité doit permettre de retrouver rapidement l’origine des matières premières, les sites de production et les lots concernés lorsqu’une anomalie est détectée.
Pour les professionnels de la distribution pharmaceutique, l’enjeu est particulièrement important. Un rappel efficace suppose une circulation rapide de l’information entre fabricants, autorités sanitaires, grossistes et pharmacies.
Dans les pays africains, où les chaînes d’approvisionnement peuvent faire intervenir plusieurs intermédiaires, cette exigence mérite une attention renforcée.
Au Maroc, toute éventuelle commercialisation de nouvelles spécialités à base de sémaglutide devra respecter les procédures nationales d’autorisation, de contrôle et de pharmacovigilance.
L’épisode Dr Reddy’s rappelle finalement une règle fondamentale de la politique pharmaceutique. L’amélioration de l’accès aux traitements ne peut être dissociée de la qualité, de la sécurité et de la traçabilité des médicaments.
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L’essor des médicaments de la famille des GLP-1, comme Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, transforme la prise en charge du diabète et de l’obésité. Mais il favorise également un marché parallèle : celui des compléments alimentaires censés atténuer les effets indésirables du traitement ou accompagner la perte de poids. Nausées, constipation, fatigue, faiblesse musculaire ou fragilité des cheveux et des ongles conduisent certains patients à acheter protéines, fibres, probiotiques, électrolytes, vitamines ou collagène. Selon une enquête du Nutrition Business Journal citée par Reuters, près de la moitié des utilisateurs de GLP-1 ont commencé à prendre des vitamines ou compléments alimentaires après l’instauration de leur traitement. Les probiotiques, les protéines et les fibres figurent parmi les produits les plus recherchés. Cette tendance est largement alimentée par les réseaux sociaux, où des influenceurs proposent des «protocoles» standardisés et parfois coûteux. Pourtant, tous les patients traités par un GLP-1 n’ont pas les mêmes besoins. Une chute de cheveux, par exemple, peut être liée à une perte de poids rapide, à une réduction excessive des apports alimentaires ou à une carence réelle, qui doit être identifiée avant toute supplémentation. Les compléments ne sont pas non plus dépourvus de risques. Un apport excessif en vitamines ou en minéraux peut provoquer des effets indésirables. Les fibres, lorsqu’elles sont introduites trop rapidement ou sans hydratation suffisante, peuvent majorer les troubles digestifs. Les produits riches en potassium ou en magnésium exigent une prudence particulière chez les patients souffrant d’insuffisance rénale ou prenant certains traitements cardiovasculaires. Quant aux électrolytes, ils ne sont pas toujours indiqués et peuvent contenir du sucre ou du sodium en quantité importante. Le pharmacien d’officine occupe donc une place essentielle. Il doit interroger le patient sur son alimentation, sa perte de poids, son hydratation, ses symptômes et l’ensemble des médicaments ou compléments utilisés. Il peut repérer une dénutrition, une déshydratation, un surdosage ou une interaction potentielle, puis orienter vers le médecin lorsque les vomissements persistent, que la fatigue devient importante ou que l’alimentation n’est plus correctement tolérée. Le message à transmettre est simple : un complément alimentaire ne doit pas devenir un réflexe automatique. L’accompagnement d’un traitement par GLP-1 doit rester personnalisé, fondé sur un besoin réel et intégré à un suivi médical, nutritionnel et pharmaceutique.
Abderrahim Derraji - 21 octobre 2026 21:35Au Maroc, chaque nouvelle baisse des prix des médicaments est présentée comme une victoire pour le pouvoir d’achat. Pourtant, derrière ces annonces triomphales se cache une réalité autrement préoccupante : des médicaments essentiels deviennent introuvables et les pharmaciens d’officine continuent de subir les conséquences d’une politique qui semble ignorer leur existence. Corticoïdes injectables, pommades dermiques ou ophtalmiques, barbituriques… La liste des spécialités difficiles à trouver ne cesse de préoccuper les patients, contraints parfois de parcourir plusieurs pharmacies pour obtenir leur traitement. À quoi sert un médicament bon marché lorsqu’il est indisponible ? Pendant ce temps, plusieurs pays ont compris qu'une politique pharmaceutique ne pouvait se résumer à une succession de baisses de prix. L'Égypte vient d'introduire un mécanisme de révision tenant compte de l'inflation et des fluctuations monétaires, tandis que l'Afrique du Sud a autorisé une augmentation exceptionnelle de 2,88 % pour préserver l'approvisionnement. Le Japon prévoit également la revalorisation de certains médicaments devenus économiquement non rentables. En Allemagne, des mécanismes permettent de tenir compte de l'inflation. Ces exemples rappellent une évidence : un médicament dont le prix ne permet plus d'assurer durablement la production et la distribution risque tout simplement de disparaître du marché. Au Maroc, la réforme issue du décret n° 2-25-631 devrait entraîner les premières baisses de prix. Une évolution favorable aux patients et aux caisses d’assurance maladie, mais dont les conséquences sur les acteurs du secteur, particulièrement les pharmaciens d’officine, méritent d’être prises en considération. En effet, depuis la réforme de 2013, les pharmaciens attendent toujours les mesures d’accompagnement promises par le ministre de la Santé de l’époque. Leur rémunération demeure tributaire du prix des médicaments, qui ne cesse de baisser, contrairement à leurs charges, qui continuent à augmenter. Quant aux instances professionnelles, leur fonctionnement reste fragilisé par les retards pris dans la régionalisation ordinale. Pourtant, le pharmacien constitue souvent le premier recours de patients qui, faute de moyens, renoncent aux consultations médicales ou aux examens complémentaires. Grâce au maillage officinal, il demeure accessible jusque dans les régions les plus éloignées. Plutôt que de fragiliser davantage ce réseau, pourquoi ne pas lui confier de nouvelles missions, renforcer la formation continue, généraliser les bonnes pratiques officinales et instaurer une rémunération valorisant les services rendus aux patients, comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays ? Dans son ouvrage The Psychology of Science (1966), Abraham Maslow écrivait : « Si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou. » Aussi, la baisse des prix ne saurait être l’unique instrument d’ajustement de notre politique pharmaceutique. Car une politique du médicament ne se juge pas uniquement aux économies réalisées, mais aussi à sa capacité à garantir durablement la disponibilité des traitements et la pérennité de ceux qui les dispensent. À vouloir les médicaments les moins chers, prenons garde de ne plus avoir ni médicaments… ni pharmacies pour les délivrer ! Affaire à suivre…
Abderrahim Derraji - 18 octobre 2026 12:44Le professeur Youns Bjijou a été nommé ministre de la Santé et de la Protection sociale par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le 16 octobre 2026, lors d’une cérémonie organisée au Palais Royal de Rabat. Il succède à Amine Tahraoui à la tête d’un département engagé dans une profonde transformation de son organisation et de ses missions. Né le 22 juin 1971 à Taza, le nouveau ministre est médecin spécialiste en gynécologie-obstétrique et professeur de l’enseignement supérieur à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat. Il y a notamment dirigé le département d’anatomie ainsi que le Laboratoire de chirurgie expérimentale et de microchirurgie. Son parcours associe enseignement universitaire, recherche médicale et gestion d’établissements de santé. Avant sa nomination, il occupait les fonctions de directeur délégué de la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé, depuis juillet 2023, et de la Fondation Cheikh Khalifa Ibn Zayed, depuis septembre 2022. Il avait également été vice-président chargé des affaires académiques de l’Université internationale Abulcasis des sciences de la santé. À cette expérience s’ajoute une formation en gouvernance sanitaire, notamment un Executive Master en gestion et politiques de santé obtenu à Sciences Po Paris. Le Pr Bjijou est également membre fondateur et secrétaire perpétuel de l’Académie africaine des sciences de la santé. Le nouveau ministre hérite d’un secteur en pleine réorganisation, marqué par la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire et la mise en place de nouvelles institutions, notamment l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé, la Haute Autorité de santé et les groupements sanitaires territoriaux. Au-delà de la coordination de ces structures, plusieurs chantiers l’attendent : améliorer l’accès aux soins, réduire les disparités territoriales, renforcer les ressources humaines et poursuivre la modernisation des établissements hospitaliers. Pour le secteur pharmaceutique, les attentes sont tout aussi importantes. La disponibilité des médicaments, la prévention des pénuries, la régulation des prix et la sécurisation des circuits de distribution figurent parmi les dossiers prioritaires. La valorisation du rôle du pharmacien d’officine et l’évolution de son modèle de rémunération constituent également des questions auxquelles les professionnels attendent des réponses. La principale difficulté sera désormais de traduire les réformes institutionnelles en améliorations concrètes, perceptibles aussi bien par les patients que par les professionnels de santé.
Abderrahim Derraji - 18 octobre 2026 12:39Au Maroc, la recherche d’un médicament introuvable est devenue, pour de nombreux patients, un véritable parcours du combattant. Les pharmaciens d’officine connaissent bien ces situations : appels répétés aux grossistes, recherches auprès des confrères et tentatives pour trouver une alternative thérapeutique. Autant de démarches qui ne permettent pas toujours d'apporter une solution au malade. Ces difficultés rappellent une évidence : la disponibilité du médicament constitue un enjeu de santé publique aussi important que son prix. C’est dans ce contexte que les annonces faites par le professeur Samir Ahid, directeur général de l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS), lors d’une conférence organisée le 14 octobre à Marrakech par le Conseil de la concurrence, méritent une attention particulière. L’Agence ambitionne de changer de méthode. Plutôt que d’intervenir lorsqu’un médicament a déjà disparu des circuits de distribution, elle souhaite détecter les premiers signes de tension afin de prévenir les ruptures. Cette ambition repose notamment sur le renforcement de l’Observatoire des ruptures et sur la transmission hebdomadaire, par les industriels pharmaceutiques, des données relatives à leurs stocks. Une telle démarche pourrait constituer une avancée importante, à condition que les informations recueillies soient fiables, rapidement exploitées et suivies de mesures concrètes. Car connaître les stocks ne suffit pas. Encore faut-il identifier les médicaments dont l’indisponibilité risque d’entraîner les conséquences les plus graves pour les patients. L’actualisation annoncée de la liste nationale des médicaments essentiels, dont les travaux seraient bien avancés, prend ici toute son importance. Sur le plan réglementaire, l’AMMPS envisage également de nouvelles procédures d’autorisation de mise sur le marché, notamment des AMM conditionnelles et accélérées. Ces dispositifs pourraient faciliter l’accès à certains traitements présentant un intérêt thérapeutique majeur. La place des génériques et le droit de substitution ont également été évoqués. Pour les pharmaciens d’officine, cette dernière question demeure particulièrement importante, notamment lorsque le médicament prescrit est indisponible. Cependant, aucune stratégie de prévention des pénuries ne pourra produire pleinement ses effets sans une collaboration étroite entre les industriels, les grossistes-répartiteurs, les pharmaciens et les autorités sanitaires. Le pharmacien d’officine, témoin quotidien des difficultés d’approvisionnement, devrait d’ailleurs occuper une place centrale dans tout dispositif national d’alerte précoce. L’initiative de l’AMMPS va donc dans le bon sens. Reste à transformer ces intentions en mécanismes opérationnels et efficaces. Car, pour le patient, une pénurie évitée vaut infiniment mieux qu’une rupture constatée, expliquée et finalement subie.
Abderrahim Derraji - 18 octobre 2026 12:35À Marrakech, le Dr Hamza Guedira, président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, a plaidé pour une réforme profonde du modèle économique et professionnel des pharmacies marocaines. Au cœur de ses propositions : une nouvelle rémunération, le droit de substitution, des missions élargies et la préservation de l’indépendance des officines. À l’occasion de la conférence internationale organisée les 13 et 14 octobre 2026 à Marrakech par le Conseil de la concurrence, le Dr Hamza Guedira a défendu une vision renouvelée du rôle du pharmacien dans le système national de santé. Pour le président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) représente une opportunité historique de moderniser le réseau officinal, à condition de lui donner les moyens économiques et réglementaires nécessaires. L’une des principales revendications concerne la réforme du mode de rémunération. Aujourd’hui, les revenus des officines restent largement liés aux prix des médicaments. Chaque révision tarifaire à la baisse fragilise donc davantage leur équilibre financier, alors que leurs charges continuent d’augmenter. Le Dr Guedira propose de décorréler la rémunération du pharmacien du prix du médicament en instaurant une marge fixe en dirhams, complétée par des honoraires rémunérant les actes pharmaceutiques. Cette évolution permettrait notamment aux pharmaciens de promouvoir les médicaments génériques sans subir de perte de rémunération. Le président de l’Ordre a également réaffirmé la nécessité d’instaurer le droit de substitution, considéré comme un levier important de maîtrise des dépenses de l’assurance maladie. Il préconise parallèlement le développement de nouvelles prestations rémunérées : vaccination, dépistage, accompagnement des malades chroniques et bilans de médication. Ces missions contribueraient à améliorer la prévention et à désengorger les structures de soins, tout en diversifiant les ressources des pharmacies. Leur mise en œuvre devrait toutefois s’accompagner d’une formation continue obligatoire, certifiée par l’Ordre. Sur la question sensible de l’ouverture du capital des officines, le Dr Guedira a défendu une position ferme : l’indépendance professionnelle du pharmacien doit être préservée. Plutôt que de permettre l’entrée d’investisseurs extérieurs, il privilégie le développement de groupements d’intérêt économique (GIE), capables de mutualiser les achats, les investissements numériques et certaines charges, sans remettre en cause l’indépendance des titulaires. L’intervention a également souligné l’importance de l’ordonnance électronique, de la traçabilité des médicaments et de la connexion des officines aux systèmes nationaux de santé. Ces outils pourraient améliorer la surveillance des pénuries, sécuriser la dispensation et contribuer à lutter contre les circuits parallèles. Avec plus de 14 000 officines réparties sur le territoire, le réseau pharmaceutique constitue, selon le président de l’Ordre, une infrastructure sanitaire de proximité qu’il convient de consolider plutôt que de fragiliser. Son message est clair : la réussite de la couverture sanitaire universelle passe aussi par une officine économiquement viable, professionnellement valorisée et pleinement intégrée au parcours de soins.
Intervention du Dr Hamza Guedira, président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens — Conférence internationale du Conseil de la concurrence, Marrakech, 14 octobre 2026. - 18 octobre 2026 12:32La lutte contre les médicaments falsifiés franchit une nouvelle étape. Le 16 octobre 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et INTERPOL ont signé un accord visant à renforcer leur coopération dans la lutte contre la criminalité liée aux produits de santé. Cette initiative traduit une volonté commune de mieux coordonner les interventions des autorités sanitaires et des services chargés de l’application de la loi face à des réseaux criminels dont les activités dépassent largement les frontières nationales. L’accord concerne notamment la fabrication et le commerce illicites de médicaments, de vaccins, de dispositifs médicaux et d’équipements de protection falsifiés. Ces pratiques représentent une menace pour la santé publique, car elles exposent les patients à des produits dont la qualité, la sécurité et l’efficacité ne sont pas garanties. Pour les pays africains, cette coopération revêt une importance particulière. La circulation transfrontalière des produits pharmaceutiques, la multiplication des circuits informels et les difficultés de contrôle de certaines chaînes d’approvisionnement rendent la lutte contre les médicaments falsifiés particulièrement complexe. Si la coopération entre autorités sanitaires et services de police est indispensable pour identifier et démanteler les réseaux criminels, elle ne saurait constituer, à elle seule, une réponse suffisante. La sécurisation du circuit pharmaceutique passe également par une traçabilité complète du médicament, depuis son fabricant jusqu’au patient. Elle suppose des mécanismes efficaces d’identification des produits, de contrôle des circuits de distribution et de transmission rapide des alertes. Les agences de régulation, les douanes, les industriels, les grossistes-répartiteurs et les pharmaciens doivent ainsi pouvoir partager les informations nécessaires pour détecter rapidement les produits suspects et empêcher leur dispensation. Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse la seule répression des trafics. Il s’agit également de consolider des chaînes d’approvisionnement fiables et de renforcer la confiance des populations dans les systèmes de santé. Car la lutte contre les médicaments falsifiés ne peut être pleinement efficace sans une distribution sécurisée, une traçabilité continue et une mobilisation de tous les acteurs du circuit pharmaceutique.
Abderrahim Derraji - 18 octobre 2026 12:28BioNTech a annoncé un résultat décevant pour le BNT113, son immunothérapie expérimentale à ARN messager destinée à traiter certains cancers avancés de la tête et du cou. Associé au pembrolizumab, commercialisé sous le nom de Keytruda, le candidat n’a pas atteint le premier objectif principal de l’essai clinique : améliorer significativement la survie sans progression par rapport au pembrolizumab administré seul. L’étude concerne des patients atteints d’un carcinome épidermoïde avancé de la tête et du cou associé au papillomavirus humain de type 16, ou HPV16. Le BNT113 utilise l’ARN messager afin d’apprendre au système immunitaire à reconnaître des protéines spécifiques produites par les cellules tumorales infectées par ce virus. Le pembrolizumab agit, quant à lui, en levant certains mécanismes utilisés par la tumeur pour neutraliser la réponse immunitaire. L’hypothèse était donc que l’association des deux approches permettrait de stimuler une réaction plus forte contre les cellules cancéreuses. Les premières données ne montrent toutefois pas de prolongation statistiquement significative de la période pendant laquelle la maladie reste stable. Ce résultat ne signifie pas nécessairement l’arrêt du développement du BNT113. Un comité indépendant de surveillance a recommandé la poursuite de l’essai afin d’évaluer le second objectif principal : la survie globale. Cet indicateur mesure la durée de vie des patients, indépendamment de l’évolution radiologique de leur cancer. Dans certaines études en oncologie, un traitement peut manquer l’objectif de survie sans progression tout en démontrant ultérieurement un bénéfice sur la survie globale. La prudence reste donc indispensable avant de conclure à un échec définitif. Les cancers de la tête et du cou constituent un groupe hétérogène de maladies, souvent caractérisées par un environnement tumoral capable de freiner fortement l’activité du système immunitaire. La présence d’une cible virale identifiable, comme le HPV16, ne garantit pas à elle seule l’efficacité d’un vaccin thérapeutique. Pour BioNTech, ce résultat rappelle les difficultés rencontrées dans l’application de la technologie à ARN messager au traitement du cancer. Celle-ci reste prometteuse, mais son succès dépendra du type de tumeur, des antigènes ciblés, du profil des patients et des associations thérapeutiques utilisées. Les prochaines données sur la survie globale seront donc déterminantes pour décider de l’avenir du programme.
Abderrahim Derraji - 14 octobre 2026 21:30La lutte contre les médicaments falsifiés constitue l’un des défis majeurs auxquels sont confrontés les systèmes de santé africains. Malgré les efforts déployés par les autorités sanitaires des différents pays, des produits de qualité douteuse continuent de circuler dans certaines régions, mettant en danger la vie des patients et fragilisant la confiance dans les circuits pharmaceutiques. C’est dans ce contexte que s’est tenue, du 6 au 8 octobre 2026 à Lagos, la 4e Assemblée générale thématique de l’Association de distribution pharmaceutique africaine (ADPA), organisée en partenariat avec l’Association des grossistes et distributeurs pharmaceutiques du Nigeria (PWDAN). Cette rencontre, qui a réuni des délégations de plusieurs pays africains, a permis de rappeler une évidence trop souvent occultée : la qualité d’un médicament ne dépend pas uniquement de sa fabrication, mais également de l’intégrité de toute la chaîne, jusqu’à sa dispensation au patient. Les différentes interventions ont mis en avant les conséquences sanitaires, économiques et sociales des médicaments falsifiés. Mme Mojisola Christianah Adeyeye, directrice générale de la National Agency for Food and Drug Administration and Control (NAFDAC), a particulièrement insisté sur la nécessité de renforcer la traçabilité des médicaments. Une préoccupation également partagée par les autres intervenants, qui ont soulignétechnologies numériques. La véritable sécurisation du circuit pharmaceutique passe désormais par une traçabilité totale, de la fabrication du médicament jusqu’à sa délivrance au patient. Chaque boîte de médicament devrait pouvoir être identifiée, authentifiée et suivie à chaque étape de son parcours. Grâce à des systèmes numériques interopérables et à l’enregistrement des mouvements, il devient possible de détecter les anomalies, d’identifier les détournements et de procéder rapidement au retrait des lots présentant un risque sanitaire. Mais la technologie, à elle seule, ne suffira pas. Encore faut-il que les industriels, les importateurs, les grossistes-répartiteurs, les pharmaciens et les autorités de régulation partagent des données fiables et adoptent des procédures harmonisées. Une traçabilité interrompue à un seul maillon perd une grande partie de son efficacité. Pour les pays africains, l’enjeu est considérable. La coexistence de circuits réglementés et de marchés informels rend cette transformation particulièrement urgente. Elle exige des investissements, une volonté politique et une coopération dépassant les frontières nationales. Le Maroc, qui dispose d’un circuit fait preuve d’une grande vigilance face aux médicaments falsifiés, doit poursuivre ses efforts et inscrire la traçabilité intégrale parmi ses priorités stratégiques. La sécurisation des circuits existants constitue un acquis précieux, mais elle ne dispense pas d’anticiper les risques et de renforcer continuellement les dispositifs de contrôle. La rencontre de Lagos nous rappelle finalement une vérité fondamentale : produire des médicaments ne suffit pas à garantir la sécurité sanitaire. Encore faut-il pouvoir retracer leur parcours et garantir leur authenticité jusqu’au patient. Sans traçabilité totale, la souveraineté pharmaceutique restera un vœu pieux.
Abderrahim Derraji - 11 octobre 2026 11:19L'Égypte engage une réforme importante de sa politique de fixation des prix des médicaments. L'objectif est de trouver un équilibre entre la nécessité de préserver l'accessibilité financière des traitements et celle de garantir la viabilité économique de leur production et de leur distribution. Cette réforme repose sur un constat : un prix administré trop bas, lorsqu'il ne couvre plus les coûts de production et de distribution, peut devenir un facteur de pénurie. Dans un environnement marqué par les fluctuations monétaires, l'inflation et l'augmentation des coûts industriels, certains médicaments peuvent devenir peu ou pas rentables et difficiles à fabriquer ou à commercialiser. Les laboratoires peuvent alors être tentés de réduire leur production, voire d'abandonner certaines spécialités. Pour limiter ces risques, l'Egyptian Drug Authority (EDA) a adopté la décision n° 480/2026, publiée le 23 septembre 2026, qui introduit une approche plus flexible de la fixation et de la révision des prix. Le nouveau mécanisme repose notamment sur une formule intégrant trois indicateurs économiques : 60 % pour l'évolution du taux de change, 30 % pour l'inflation et 10 % pour l'évolution des taux d'intérêt. Cette pondération vise à mieux tenir compte des variations des coûts supportés par les industriels. Le dispositif prévoit également des possibilités de révision périodique des prix, notamment lorsque certains paramètres économiques connaissent des variations suffisamment importantes. L'EDA entend ainsi réduire le décalage entre les prix réglementés et les réalités économiques du secteur pharmaceutique. La réforme concerne également les marges des différents intervenants de la chaîne de distribution. Pour certaines catégories de médicaments essentiels fabriqués localement, la marge du pharmacien est fixée à 22 % du prix public lorsque celui-ci est inférieur à 500 livres égyptiennes, et à 20 % au-delà. Pour certaines catégories de médicaments locaux ne figurant pas sur la liste des médicaments essentiels, les marges prévues atteignent respectivement 27 % et 25 %. Cette approche traduit la volonté de préserver non seulement les capacités de production industrielle, mais également l'équilibre économique des circuits de distribution. La réforme égyptienne présente un intérêt particulier pour les autres pays africains, notamment le Maroc, confrontés eux aussi à la nécessité de concilier maîtrise des dépenses pharmaceutiques, disponibilité des médicaments et pérennité économique des opérateurs. Elle soulève une question fondamentale : jusqu'où peut-on baisser le prix d'un médicament sans compromettre Un médicament bon marché qui disparaît du marché ne constitue pas nécessairement une économie pour le système de santé. Les ruptures d'approvisionnement peuvent entraîner des substitutions thérapeutiques, des interruptions de traitement et des coûts supplémentaires. L'expérience égyptienne rappelle ainsi que la politique du médicament ne peut être évaluée uniquement à travers le niveau des prix. Elle doit également intégrer la continuité des approvisionnements et la viabilité de toute la chaîne pharmaceutique.
Abderrahim Derraji - 11 octobre 2026 11:14La lutte contre les médicaments falsifiés au Nigeria se heurte à un héritage réglementaire préoccupant. Selon la directrice générale de la National Agency for Food and Drug Administration and Control (NAFDAC), la suspension de la présence de cette agence dans les ports nigérians pendant sept années aurait favorisé l'émergence de réseaux illicites dans la distribution pharmaceutique. S'exprimant à Lagos, en marge de la 4e Assemblée générale thématique de l'African Pharmaceutical Distribution Association (APDA), organisée en collaboration avec l'association nigériane des grossistes et distributeurs pharmaceutiques (PWDAN), la professeure Mojisola Adeyeye a rappelé que la NAFDAC avait été absente des ports entre 2011 et le 16 mai 2018. Cette absence prolongée aurait considérablement réduit la capacité du régulateur à surveiller les importations de produits pharmaceutiques et à empêcher l'introduction de médicaments non conformes dans les circuits commerciaux. Selon la professeure Mojisola Adeyeye, cette période aurait permis à des réseaux organisés de renforcer leur influence sur certaines activités de distribution. Elle a toutefois précisé ne pas être en mesure d'identifier les éventuels soutiens dont bénéficieraient ces organisations. Le retour de la NAFDAC dans les ports en mai 2018 a constitué une étape importante dans le rétablissement des contrôles réglementaires. Mais cette expérience met surtout en évidence les limites d'une surveillance reposant uniquement sur les points d'entrée du territoire. La sécurité du médicament doit être assurée tout au long de son parcours, depuis sa fabrication jusqu'à sa dispensation au patient. La directrice générale a insisté sur l'importance des conditions de transport, de stockage et de distribution, ainsi que sur le recours aux technologies permettant de suivre la circulation des produits pharmaceutiques. De son côté, le président de la PWDAN, Oghenochuko Omaruaye, a plaidé pour une chaîne d'approvisionnement transparente, traçable et reposant sur une responsabilité clairement définie pour chaque intervenant. Ces déclarations interviennent alors que plusieurs pays africains cherchent à renforcer leurs systèmes de réglementation pharmaceutique et leurs mécanismes de lutte contre les médicaments falsifiés. L'expérience nigériane rappelle qu'une rupture dans la surveillance réglementaire peut fragiliser durablement l’ensemble de la chaîne pharmaceutique. Pour les pays africains, l'enjeu dépasse désormais le seul contrôle douanier. Il consiste à mettre en place une traçabilité continue, capable d'identifier chaque médicament, de suivre ses mouvements et de vérifier son authenticité jusqu'à la pharmacie d’officine. Car un médicament correctement fabriqué peut perdre toutes ses garanties de sécurité lorsqu'il circule dans un réseau de distribution insuffisamment contrôlé.
Abderrahim Derraji - 11 octobre 2026 11:12
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