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LIBÉRALISATION DU CAPITAL DES PHARMACIES
Ayoub, Hajar et Doha, étudiants à la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca et de Rabat, se sont donné rendez-vous dans un café de la capitale, à quelques pas du Conseil de la concurrence. Leur objectif : participer au sit-in du 9 avril et exprimer leur profonde inquiétude face à un projet qui pourrait bouleverser durablement leur avenir professionnel. La recommandation visant à libéraliser le capital des pharmacies a agi comme unélectrochoc pour toute une génération qui a choisi la pharmacie par vocation, convaincue de s’engager dans une profession de santé noble, structurée et au service du patient.
Ces étudiants ont suivi un cursus exigeant, long et sélectif. Ils se projetaient légitimement comme des professionnels de santé pleinement intégrés dans le parcours de soins, garants du bon usage du médicament et acteurs de proximité de la santé publique. Comment pourrait-il en être autrement lorsque la formation pharmaceutique est reconnue pour sa rigueur scientifique et son haut niveau d’exigence ?
Après des années d’efforts, ils pensaient rejoindre une profession organisée, régulée et capable de relever les défis sanitaires, technologiques et économiques qui se dressent devant elle. Pourtant, la réalité est plus complexe. La profession n’a pas toujours su dépasser ses divisions pour construire une vision commune, sereine et ambitieuse de son avenir. Des réformes essentielles, visant à améliorer les pratiques et à consolider le rôle clé du pharmacien dans le parcours de soins, ont trop souvent été marginalisées ou diluées dans les méandres administratifs.
La recommandation du Conseil de la concurrence a ainsi fait l’effet d’une véritable douche froide, ébranlant les espoirs de nombreux pharmaciens et étudiants. Mais les initiateurs de ce projet semblent avoir sous-estimé un élément essentiel : les pharmaciens n’ont plus rien à perdre lorsqu’il s’agit de défendre l’éthique de leur métier, la qualité du système de santé et surtout leur survie. L’histoire récente montre que les rares avancées significatives ont souvent été obtenues grâce à la mobilisation collective.
Il suffit de se rappeler la première mouture de la loi 17-04, dont plusieurs dispositions mal formulées, voire potentiellement dangereuses, ont pu être amendées grâce à la mobilisation de la profession et aux grèves de 2006. Sans cette réaction, des mesures préjudiciables auraient pu fragiliser durablement l’exercice officinal.
Un sit-in a été organisé en 2013 avant la publication du décret de fixation du prix du médicament, mais n’a malheureusement pas permis d’empêcher l’adoption d’un texte dont les conséquences ont été ressenties bien au-delà de la profession elle-même.
En 2016, un amendement au projet de loi 109-12 portant Code de la mutualité, adopté en première lecture par la Chambre des conseillers, autorisait les mutuelles à gérer des établissements de soins et des pharmacies. Là encore, la mobilisation des pharmaciens a permis d’éviter de justesse un scénario où les organismes d’assurance auraient pu détenir leurs propres pharmacies, avec tous les risques de conflits d’intérêts que cela suppose.
Malheureusement, la profession fait face à ces assauts en étant affaiblie par les dysfonctionnements qui affectent le Conseil de l’Ordre, dont les dernières élections datent de 2015. Ce blocage prive la profession d’un Conseil de l’Ordre légitime, représentatif et fort, capable de contribuer efficacement à l’élaboration des politiques de santé et à la régulation du secteur. Ce vide institutionnel favorise un désordre croissant et empêche la mise en place d’une régulation cohérente, pourtant indispensable pour garantir le respect de la déontologie et de l’éthique au sein de la profession pharmaceutique.
Le 9 avril, sur appel de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, des milliers de pharmaciens ont participé au sit-in devant le Conseil de la concurrence. Cette mobilisation massive et inédite témoigne d’une prise de conscience collective. Elle annonce peut-être une nouvelle ère où les pharmaciens d’officine, toutes générations confondues, reprendront leur destin en main. Les jeunes, aux côtés de leurs aînés, ont démontré leur détermination à relever les défis, à renforcer la résilience de leur profession et à préserver leur rôle essentiel dans le parcours de soins.
Au-delà des revendications immédiates, c’est la dignité d’une profession de santé et l’avenir de milliers d’étudiants qui sont en jeu. Ayoub, Hajar et Doha ne demandent pas des privilèges : ils demandent simplement de pouvoir exercer demain un métier qu’ils ont choisi par conviction, dans un cadre éthique, équilibré et respectueux de la mission sanitaire du pharmacien.
Abstract
Pharmacy students in Morocco have expressed deep concern over a proposed liberalization of pharmacy ownership capital, fearing it could fundamentally alter their professional future and weaken the ethical foundations of the profession. Their rigorous academic training has prepared them to serve as key healthcare actors ensuring the safe and appropriate use of medicines, yet ongoing institutional challenges and delayed reforms have created uncertainty about the profession’s direction. Historical precedents demonstrate that collective mobilization has been essential in safeguarding the integrity and independence of pharmacy practice against policies that may introduce conflicts of interest.
The large-scale sit-in of April 9 reflects a growing intergenerational determination to defend professional ethics, strengthen regulatory structures, and preserve the pharmacist’s central role in the healthcare system.
LAIT INFANTILE AFRIQUE
Le scandale récent lié aux rappels massifs de lots de lait infantile dans plus de 60 pays met en lumière les faiblesses des systèmes africains de contrôle sanitaire et de communication en situation de crise. Selon Alphonse Ayissi Abena, président de la Fondation camerounaise des consommateurs (FOCACO), le droit à l’information constitue un élément essentiel de la sécurité sanitaire, et le silence des autorités face à un risque potentiel représente une mise en danger des populations.
Depuis la fin de l’année 2025, plusieurs multinationales de l’agroalimentaire, notamment Nestlé, Danone et Lactalis, ont procédé à des retraits de produits soupçonnés d’être contaminés par la céréulide, une toxine produite par la bactérie Bacillus cereus. Cette substance, particulièrement résistante à la chaleur et aux procédés de nettoyage, peut provoquer chez les nourrissons des symptômes graves tels que vomissements, diarrhées, douleurs abdominales, déshydratation sévère, voire le décès, notamment chez les prématurés et les enfants fragiles.
Face à cette situation, la réaction des autorités africaines a été jugée insuffisante et tardive. Au Cameroun, le ministère de la Santé a assuré que les lots concernés n’étaient pas présents sur le territoire national, tandis qu’au Sénégal, Nestlé a affirmé que ses produits pouvaient être consommés en toute sécurité. En Côte d’Ivoire, les autorités ont toutefois retiré un lot de lait Babybio Optima1 présentant un risque sanitaire. Pour la FOCACO, ces initiatives restent largement réactives et non proactives, révélant une défaillance de la veille sanitaire et un manque criant de transparence dans plusieurs pays d’Afrique.
Cette affaire intervient dans un contexte déjà marqué par des controverses sur la qualité nutritionnelle des aliments pour bébés vendus en Afrique. Une enquête de l’ONG Public Eye a montré que plus de 90 % des produits Cerelac «sans sucre ajouté» commercialisés sur le continent contiennent en réalité des quantités importantes de sucre, contrairement aux versions vendues en Europe. Cette situation soulève des interrogations sur les pratiques différenciées des multinationales et sur la capacité des autorités africaines à faire respecter des normes strictes pour protéger la santé des nourrissons.
Plusieurs experts soulignent que les structures de contrôle existent en Afrique, mais qu’elles souffrent d’un manque de moyens techniques, de laboratoires performants et de capacités d’inspection suffisantes. Pour remédier à ces lacunes, des organisations de consommateurs recommandent la mise en place d’un système africain d’alerte rapide, inspiré du modèle européen RASFF, permettant de partager en temps réel les informations sur les risques sanitaires liés aux produits alimentaires.
Au-delà de l’amélioration des dispositifs de contrôle, les spécialistes appellent également à renforcer la législation, notamment en interdisant l’ajout de sucre dans les aliments destinés aux nourrissons, conformément aux recommandations de l’OMS, et en sanctionnant sévèrement toute entreprise dissimulant des informations sur des risques sanitaires.
Ce scandale souligne l’urgence pour les États africains de renforcer leurs mécanismes de régulation afin de mieux protéger la santé des populations les plus vulnérables.
ORDRE FRANCE
La publication, le 8 avril 2026, d’un article du Canard enchaîné fondé sur le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) a remis sur le devant de la scène l’affaire Urgo et ravivé les interrogations sur le fonctionnement disciplinaire de l’Ordre national des pharmaciens. Au-delà du cas individuel, cette controverse met en lumière des enjeux structurels liés à la gouvernance de l’institution, notamment le rôle et l’autonomie des Conseils régionaux.
L’affaire trouve son origine dans la condamnation, en octobre 2024, d’Agnès Firmin Le Bodo, pharmacienne et ancienne ministre, à une amende de 8 000 euros, dont la moitié avec sursis, pour avoir perçu près de 20 000 euros de cadeaux non déclarés entre 2015 et 2020. Si la décision judiciaire concernait une situation individuelle, elle a relancé la question de la manière dont l’Ordre traite, sur le plan disciplinaire, les pratiques susceptibles de contrevenir au Code de déontologie, en particulier dans l’affaire Urgo impliquant des avantages accordés à des pharmaciens.
Selon les éléments évoqués, le rapport de l’IGF dresse un bilan globalement favorable de la gestion de l’Ordre national des pharmaciens, tout en pointant certaines fragilités dans le traitement disciplinaire au niveau régional. Le diagnostic ne remettrait donc pas fondamentalement en cause l’institution, mais soulignerait une hétérogénéité des pratiques selon les territoires, susceptible de créer des différences d’interprétation ou de traitement entre Conseils régionaux.
La présidente du Conseil national de l’Ordre, Carine Wolf-Thal, insiste sur le fait que l’IGF reconnaît une gestion «globalement satisfaisante». Elle souligne que l’institution reste disposée à intégrer toute recommandation visant à améliorer son fonctionnement, tout en regrettant que son intégrité puisse être mise en cause dans le débat public. Elle rappelle également le rôle central de l’Ordre dans le système de santé, qu’il s’agisse de l’application du Code de déontologie, de la gestion des ruptures de médicaments ou de l’appui apporté aux pouvoirs publics lors de crises sanitaires.
L’un des points de tension concerne l’absence, à ce stade, de procédure disciplinaire engagée dans l’affaire Urgo, que ce soit au niveau régional ou national. Cette situation s’explique par la position de l’Ordre qui privilégie l’attente de l’issue complète des procédures pénales avant d’engager d’éventuelles poursuites disciplinaires. Cette approche vise à éviter des décisions contradictoires entre régions, mais elle peut également retarder la réponse disciplinaire et alimenter le débat sur l’efficacité du dispositif.
Le rapport de l’IGF évoquerait par ailleurs une piste de réforme structurelle portant sur l’organisation territoriale de l’Ordre. Une remise en question de l’autonomie juridique des conseils régionaux, au profit d’un pilotage national renforcé, pourrait permettre d’harmoniser les pratiques disciplinaires et de limiter les disparités observées entre territoires. Une telle évolution impliquerait toutefois une modification législative et ouvrirait un débat sur l’équilibre entre centralisation et autonomie régionale.
La question financière figure également parmi les points soulevés. Le rapport mentionnerait une augmentation de 19 % des cotisations ordinales, portant leur produit à environ 40 millions d’euros, progression jugée insuffisamment justifiée par les inspecteurs au regard de la situation de trésorerie de l’institution. L’Ordre met en avant ses engagements en matière de transparence, notamment la publication annuelle d’un rapport d’activité détaillant l’utilisation des ressources et l’évolution de ses missions.
Au final, la controverse suscitée par la publication du Canard enchaîné dépasse le seul cadre de l’affaire Urgo. Elle met en évidence les défis liés à l’articulation entre justice pénale et discipline professionnelle, ainsi que la nécessité d’assurer une cohérence nationale dans l’application des règles déontologiques. Le débat pose, en filigrane, la question de l’évolution du modèle ordinal, confronté à des exigences croissantes de transparence, d’efficacité et d’harmonisation dans un environnement de plus en plus exigeant en matière de régulation professionnelle.
IA
Une startup californienne ouvre une nouvelle étape dans l’usage de l’intelligence artificielle (IA) en santé en proposant un service capable de renouveler certaines prescriptions médicales sans intervention directe d’un médecin.
Lancé début avril 2026 dans l’État de l’Utah, ce programme pilote d’un an permet à des patients de renouveler leurs ordonnances via un chatbot, moyennant un abonnement mensuel de 19 dollars. Il s’agit d’une première mondiale, appliquée pour l’instant au domaine de la psychiatrie.
La société Legion Health limite toutefois son dispositif à 15 médicaments considérés comme présentant un risque faible, notamment des antidépresseurs et anxiolytiques couramment prescrits, tels que la fluoxétine (Prozac) et la sertraline (Zoloft). Le système ne concerne que des patients jugés stables, qui n’ont pas été hospitalisés pour troubles psychiatriques au cours de l’année écoulée. L’IA ne peut pas établir une nouvelle prescription ni modifier les doses : elle se contente de renouveler un traitement déjà validé par un médecin humain.
Malgré ces garde-fous, plusieurs experts expriment leurs inquiétudes. Le psychiatre John Torous, spécialiste de la psychiatrie numérique à Harvard Medical School, estime que ce type de traitement nécessite un suivi médical attentif, difficilement remplaçable par une IA. De son côté, Brent Kious, de l’Université de médecine de l’Utah, redoute un risque de surprescription ou de banalisation du recours aux médicaments psychotropes.
Ces préoccupations sont renforcées par un précédent récent dans le même État. En janvier 2026, une autre startup, Doctronic, avait obtenu l’autorisation de renouveler des ordonnances pour certaines maladies chroniques.
L’expérience avait rapidement révélé des failles majeures : des chercheurs en cybersécurité avaient réussi à manipuler le chatbot, qui avait recommandé des substances inappropriées, relayé des théories complotistes et proposé des doses dangereusement élevées de certains médicaments. Ces dérives ont mis en évidence la vulnérabilité des plates-formes IA face à des informations inexactes ou trompeuses fournies par les utilisateurs.
Legion Health affirme avoir tiré des enseignements de ces erreurs et promet un suivi rigoureux, incluant la transmission de rapports mensuels aux autorités sanitaires ainsi que l’implication de pharmaciens dans le processus de validation. Pour ses promoteurs, l’Utah constitue un laboratoire d’expérimentation avant un déploiement plus large aux États-Unis d’ici fin 2026.
Cette initiative illustre à la fois le potentiel de l’intelligence artificielle pour améliorer l’accès aux soins et les défis éthiques, médicaux et réglementaires qu’elle soulève, notamment en matière de sécurité des patients et de responsabilité professionnelle.
aGLP-1
De nouvelles données suggèrent une association entre l’utilisation des agonistes des récepteurs du GLP-1 (aGLP-1), largement prescrits dans le traitement du diabète de type 2 et de l’obésité, et une augmentation du risque de ruptures tendineuses. Les résultats, présentés lors du Congrès annuel de l’Académie américaine des chirurgiens orthopédiques, mettent en évidence une fréquence plus élevée de lésions touchant principalement la coiffe des rotateurs, le tendon d’Achille et le tendon du grand pectoral chez les patients obèses.
L’étude repose sur une cohorte rétrospective issue de la base de données TriNetX, qui regroupe les dossiers médicaux électroniques de plus de 70 établissements de santé américains. Les chercheurs ont comparé 78 590 patients traités par aGLP-1 à un groupe témoin équivalent n’ayant pas reçu ce traitement, en utilisant une méthode d’appariement prenant en compte plusieurs facteurs susceptibles d’influencer le risque de rupture tendineuse, notamment l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, l’origine ethnique, le diabète, le taux de cholestérol et la prise de statines.
Sur une période de cinq ans, les patients obèses traités par aGLP-1 ont présenté un risque plus élevé de rupture de la coiffe des rotateurs (2,4 % contre 1,5 %, soit un risque relatif de 1,55), du tendon d’Achille (0,3 % contre 0,2 %, RR 1,49) et du grand pectoral (0,8 % contre 0,5 %, RR 1,46). Chez les patients cumulant obésité et diabète de type 2, les résultats confirment cette tendance avec un risque accru de rupture de plusieurs tendons, notamment la coiffe des rotateurs, le péronier, le quadriceps et le tendon d’Achille. Malgré cette augmentation relative, les auteurs soulignent que le risque absolu reste globalement faible, inférieur à 1 % pour la majorité des ruptures observées.
Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce lien potentiel. Les aGLP-1 réduisent l’appétit et peuvent provoquer des troubles digestifs, susceptibles d’entraîner une malnutrition pouvant fragiliser les tissus musculo-squelettiques. Une perte de poids rapide peut également s’accompagner d’une diminution de la masse musculaire, augmentant la pression exercée sur les tendons. Par ailleurs, les patients qui maigrissent peuvent accroître rapidement leur activité physique sans encadrement adapté, ce qui pourrait favoriser les blessures.
Les spécialistes soulignent toutefois que ces résultats ne remettent pas en cause l’intérêt clinique des agonistes du GLP-1, dont les bénéfices métaboliques sont bien établis. Ils insistent sur la nécessité de mener des études prospectives pour confirmer ce signal de sécurité et mieux comprendre les mécanismes biologiques impliqués. Dans l’attente, médecins et patients sont invités à évaluer attentivement le rapport bénéfice-risque, en tenant compte notamment des antécédents de lésions tendineuses ou de facteurs susceptibles d’affaiblir les tendons. Cette étude contribue ainsi à améliorer l’information sur les effets indésirables potentiels de médicaments dont l’utilisation continue de croître dans le monde.
Autres articles
Le malaise de la profession pharmaceutique ne cesse de s’amplifier. Le jeudi 9 avril 2026, les pharmaciens ont prévu de manifester leur colère devant le Conseil de la concurrence, dont certaines recommandations ont suscité une vive inquiétude au sein de la profession. Cette mobilisation traduit un profond ras-le-bol face à une situation économique devenue fragile et à un manque de visibilité quant à l’avenir du modèle officinal. S’il ne fait aujourd’hui aucun doute qu’une réforme structurelle est nécessaire pour améliorer les services rendus aux patients et moderniser la pratique officinale, il est tout aussi évident que le mode de rémunération actuel compromet la rentabilité de nombreuses pharmacies. Le système, principalement fondé sur la marge commerciale sur le médicament, montre ses limites dans un contexte marqué par la régulation des prix et l’érosion progressive des marges. Cette fragilité économique est aggravée par une augmentation rapide et insuffisamment régulée du nombre d’officines. Le nombre de pharmacies est passé d’environ 9 600 en 2017 à plus de 14 000 en 2025. Une telle progression, non accompagnée de mécanismes efficaces de régulation territoriale, accentue la pression concurrentielle et contribue à déséquilibrer le tissu officinal. Par ailleurs, certains manquements aux règles déontologiques nuisent à l’image de la profession et fragilisent la confiance du public, pourtant essentielle à la mission de santé publique du pharmacien. Dans plusieurs pays voisins, cette problématique a été anticipée par la mise en place d’un modèle économique plus diversifié, destiné à réduire la dépendance exclusive au prix du médicament. L’équilibre financier de l’officine repose désormais sur trois piliers complémentaires. La marge commerciale classique, dont la part tend à diminuer progressivement, les honoraires de dispensation, qui reconnaissent l’acte pharmaceutique, et les rémunérations liées aux missions de santé publique, notamment la prévention, l’accompagnement des patients atteints de maladies chroniques ou encore la vaccination. Parallèlement, le pharmacien a considérablement renforcé son expertise afin de consolider son rôle de professionnel de santé de premier recours. La digitalisation des officines s’accélère, permettant une meilleure gestion du parcours patient, une optimisation des stocks et une amélioration de la qualité du service rendu. De nombreuses pharmacies ont également engagé des démarches qualité visant à standardiser les bonnes pratiques et à garantir un niveau de prise en charge conforme aux exigences modernes du système de santé. Cependant, cette évolution ne peut aboutir sans une gouvernance professionnelle forte, capable d’assurer une régulation éthique et rigoureuse de la profession. Cette gouvernance, assurée par les instances ordinales, doit veiller au respect de la déontologie, défendre les intérêts des pharmaciens, promouvoir des pratiques de qualité et contribuer activement à l’élaboration des politiques de santé. Plus que jamais, l’avenir de la pharmacie passe par une réforme équilibrée qui reconnaisse pleinement la valeur du pharmacien en tant qu’acteur essentiel du système de santé. Certaines recommandations du Conseil de la concurrence peuvent paraître pertinentes, mais considérer que la libéralisation du capital des pharmacies constitue une solution favorable à la profession reste difficilement défendable. L’ouverture du capital ne sauvera pas les pharmaciens et fait courir le risque de voir des actionnaires à la tête des pharmacies, dont les priorités pourraient s’éloigner des impératifs de santé publique. Pour reprendre un langage propre aux pharmaciens, la libéralisation du capital revient à soigner le mal par le mal, mais à des doses résolument allopathiques…
Abderrahim Derraji - 05 avril 2026 12:02L’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) a publié le 3 avril 2026 une note d’information mettant en garde contre l’utilisation des compléments alimentaires destinés à la perte de poids contenant la plante Garcinia cambogia. Cette alerte s’appuie sur plusieurs données scientifiques et signalements internationaux faisant état d’effets indésirables parfois graves associés à ces produits, largement commercialisés sur internet et en parapharmacie. La Garcinia cambogia, fruit tropical originaire d’Asie du Sud-Est, contient de l’acide hydroxycitrique (HCA), substance supposée réduire l’appétit et limiter le stockage des graisses. Cette promesse attractive pour les personnes souhaitant perdre du poids les expose à des effets indésirables. En effet, plusieurs autorités sanitaires internationales ont exprimé leurs préoccupations quant à son profil de sécurité. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a reçu des signalements d’atteintes hépatiques sévères potentiellement liées à la consommation de compléments contenant cette plante. En Europe, l’European Food Safety Authority (EFSA) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) ont également examiné plusieurs cas d’effets indésirables incluant des troubles hépatiques, cardiovasculaires, digestifs et psychiatriques. Certains rapports scientifiques ont décrit des cas d’hépatites aiguës ayant nécessité une hospitalisation, voire une transplantation hépatique dans de rares situations. D’autres effets indésirables rapportés incluent anxiété, agitation, palpitations, céphalées et troubles digestifs. Le risque peut être accentué en cas d’association avec certains médicaments, notamment les antidépresseurs, antidiabétiques ou traitements cardiovasculaires, pouvant entraîner des interactions médicamenteuses potentiellement dangereuses. Face à ces éléments, l’AMMPS recommande d’éviter l’utilisation des compléments alimentaires contenant la Garcinia cambogia et insiste sur la nécessité de consulter un professionnel de santé avant toute prise de produit minceur, en particulier chez les patients atteints de maladies chroniques ou suivant un traitement médicamenteux. L’agence rappelle également l’importance de déclarer tout effet indésirable suspecté après la prise d’un complément alimentaire. La nutrivigilance constitue en effet un outil essentiel pour renforcer la sécurité sanitaire et mieux encadrer l’usage de produits souvent perçus, à tort, comme totalement inoffensifs. Dans un contexte mondial marqué par une forte demande des produits amaigrissant cette mise en garde rappelle que «naturel» ne signifie pas toujours «sans risque». Une approche encadrée par des professionnels de santé reste la meilleure garantie d’une prise en charge sûre et efficace.
Abderrahim Derraji - 05 avril 2026 11:58Une étude récente publiée dans Nature Health révèle un lien préoccupant entre l’exposition environnementale aux pesticides agricoles et le risque de développer certains cancers. Ce travail collaboratif mené par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), l’Institut Pasteur, l’Université de Toulouse et l’Instituto Nacional de Enfermedades Neoplásicas (INEN) apporte de nouvelles preuves scientifiques sur les mécanismes biologiques impliqués dans l’apparition de cancers liés à des expositions multiples et prolongées aux pesticides. Contrairement aux approches traditionnelles qui évaluent les substances chimiques de manière isolée, cette étude adopte une méthodologie innovante intégrant données environnementales, registres nationaux du cancer et analyses biologiques. Les chercheurs ont examiné l’exposition à 31 pesticides utilisés en agriculture, présents dans l’air, l’eau et l’alimentation, souvent sous forme de mélanges complexes. Fait notable : aucune de ces substances n’est classée cancérogène avéré pour l’être humain par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce qui souligne la difficulté d’évaluer les risques liés à l’exposition combinée à plusieurs produits chimiques. Le Pérou a constitué un terrain d’étude particulièrement pertinent en raison de l’intensité de certaines pratiques agricoles et des fortes disparités socio-économiques. Les résultats montrent que certaines populations, notamment rurales et autochtones, sont exposées simultanément à une douzaine de pesticides à des concentrations élevées. En croisant les données environnementales avec celles de plus de 150 000 patients diagnostiqués entre 2007 et 2020, les chercheurs ont identifié des zones où le risque de cancer était en moyenne 150 % plus élevé. Les analyses biologiques ont mis en évidence des perturbations précoces des mécanismes cellulaires, en particulier au niveau du foie, organe central dans la transformation des substances toxiques. Ces altérations, souvent silencieuses, pourraient fragiliser les tissus et favoriser l’apparition de cancers sous l’effet d’autres facteurs comme l’inflammation ou certaines infections. Cette étude remet en question les modèles classiques d’évaluation toxicologique fondés sur des seuils de sécurité pour chaque substance prise individuellement. Elle souligne l’importance de prendre en compte l’exposition réelle aux mélanges de pesticides et l’influence de facteurs environnementaux, notamment les événements climatiques extrêmes comme le phénomène El Niño. Au-delà du cas péruvien, ces travaux soulignent un enjeu majeur de santé publique mondiale : mieux comprendre l’impact des expositions environnementales cumulées afin d’améliorer les stratégies de prévention et de protection des populations les plus vulnérables.
Abderrahim Derraji - 05 avril 2026 11:54Après plusieurs années d’expérimentation, les autorités sanitaires françaises ont fixé un calendrier pour la mise en place du cannabis à usage médical d’ici 2027. Selon les informations révélées par France Inter, un projet de décret est actuellement en cours de consultation auprès des industriels, pharmaciens et associations de patients, avant un examen par la Haute Autorité de Santé (HAS). Une réunion s’est tenue récemment au ministère de la Santé sous la coordination de la Direction générale de la santé (DGS) et de la Direction de la sécurité sociale (DSS). Le texte en préparation doit définir les critères d’évaluation que la HAS examinera à l’automne afin de déterminer l’intérêt thérapeutique du cannabis médical et les conditions de sa prise en charge par l’Assurance maladie. Un second décret devrait également autoriser les laboratoires à commercialiser ces médicaments, jusqu’ici limités à la recherche. Le cannabis thérapeutique pourrait être indiqué chez des patients souffrant de pathologies sévères, notamment certains cancers, formes d’épilepsie résistantes ou douleurs chroniques réfractaires aux traitements conventionnels. L’expérimentation menée entre 2021 et 2024 a concerné 2 761 patients et a montré une amélioration significative de certains symptômes, sans signalement d’effets indésirables inattendus. Actuellement, environ 700 patients continuent d’en bénéficier grâce à un dispositif transitoire mis en place par le ministère de la Santé. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a décidé de prolonger ce dispositif jusqu’à fin 2026 afin d’éviter toute interruption de traitement pour les patients concernés. Selon les estimations, plus de 400 000 personnes pourraient à terme bénéficier de cette option thérapeutique si son intégration dans le droit commun est confirmée. La France rejoindrait ainsi plusieurs pays européens ayant déjà encadré l’usage médical du cannabis, illustrant une évolution progressive des politiques de santé vers une meilleure prise en charge de la douleur et des maladies chroniques.
Abderrahim Derraji - 05 avril 2026 11:48La pharmacovigilance constitue un pilier essentiel de la sécurité des patients et de la qualité du système de santé. Pourtant, lors de nombreux congrès et rencontres scientifiques, un constat revient avec insistance, la sous-notification des effets indésirables des médicaments demeure un défi majeur. Lorsque les déclarations sont insuffisantes, il devient difficile d’identifier, à l’échelle nationale, certains effets indésirables rares ou inattendus. Cette situation peut retarder la mise en place de mesures correctives, qu’il s’agisse d’une modification des indications, d’un renforcement des mises en garde ou, dans certains cas, du retrait d’un produit du marché. Depuis la promulgation de la loi 10-22 relative à la création de l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS), une nouvelle dynamique se met progressivement en place pour renforcer la sécurité des produits de santé. Dans ce cadre, l’Agence joue un rôle central dans le développement de la pharmacovigilance. Toutefois, il ne peut y avoir de pharmacovigilance efficace sans un volume suffisant de déclarations d’effets indésirables émanant des professionnels de santé. C’est dans cette optique que la nouvelle Agence a récemment intégrer dans son portail un espace dédié à la notification des effets indésirables. Cet outil numérique permet désormais de centraliser les déclarations dans plusieurs domaines de vigilance, notamment la pharmacovigilance, qui concerne la surveillance des médicaments, la vaccinovigilance dédiée au suivi de la sécurité des vaccins, la matériovigilance relative aux dispositifs médicaux, la réactovigilance concernant les réactifs de diagnostic in vitro, la cosmétovigilance pour les produits cosmétiques et d’hygiène ainsi que la vigilance des compléments alimentaires, dont l’usage est en constante progression. Toutefois, il serait illusoire de penser qu’une plateforme, aussi performante soit-elle, suffira à elle seule à améliorer significativement le niveau de notification. L’efficacité d’un système de vigilance repose avant tout sur l’engagement des professionnels de santé, qu’il s’agisse des médecins, des pharmaciens, des dentistes, des biologistes, des infirmiers ou des sages-femmes. Ce sont eux qui, au quotidien, sont en première ligne pour détecter, et notifier les événements indésirables susceptibles d’être liés à un produit de santé. Plusieurs exemples illustrent l’importance de cette implication. La notification d’effets indésirables liés à certains anti-inflammatoires non stéroïdiens a permis d’identifier un risque cardiovasculaire accru chez certains patients, conduisant à une actualisation des recommandations de prescription. De même, la remontée d’informations concernant des réactions allergiques liées à certains antibiotiques a permis d’améliorer la prévention et la prise en charge des patients à risque. Plus récemment, la surveillance renforcée des vaccins a contribué à rassurer le public en démontrant que la majorité des effets rapportés étaient bénins et transitoires, renforçant ainsi la confiance dans les programmes de vaccination. Le pharmacien d’officine joue un rôle clé. Il peut détecter des signaux d’alerte lors du suivi des traitements chroniques, identifier des interactions médicamenteuses ou encore recueillir des informations précieuses auprès des patients concernant la tolérance d’un traitement. La déclaration d’un effet indésirable ne nécessite pas nécessairement la certitude d’un lien de causalité, car le simple doute suffit pour justifier une notification. La nouvelle plateforme mise en place par l’AMMPS offre aujourd’hui un outil pratique et accessible. Les professionnels de santé peuvent déclarer un effet indésirable en remplissant directement le formulaire en ligne ou en téléchargeant la fiche correspondant au type de vigilance concerné, puis en la transmettant à l’adresse électronique indiquée sur cette même fiche. Au-delà de l’obligation réglementaire, la pharmacovigilance relève d’une responsabilité éthique et professionnelle. Chaque notification contribue à améliorer la connaissance du profil de sécurité des produits de santé et participe à la protection de l’ensemble de la population. Déclarer, c’est agir concrètement pour une médecine plus sûre, plus transparente et plus responsable. Lien : https://ammps.sante.gov.ma/notifier_evenement_indesirable
Abderrahim Derraji - 30 mars 2026 07:08Le jeudi 2 avril 2026, l’Université Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS) de Rabat abritera une journée scientifique intitulée «Rein & Médicament». Organisée conjointement par le Collège marocain de pharmacie clinique (MCCP) et la Société marocaine de néphrologie (SMN), cette rencontre réunira néphrologues, pharmaciens cliniciens, infectiologues et spécialistes de la transplantation autour d’un enjeu majeur de santé publique : l’optimisation de recours aux médicament chez le patient rénal. Cette journée sera inaugurée en présence du Pr Ahmed Bennana, Directeur Général du Site Rabat de la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé, du Pr Jamal Lamssaouri, Doyen de la Faculté de Pharmacie Mohammed VI, du Pr Driss El Kabbaj, Président de la SMN, et de la Pr Aicha Chaibi, Présidente du MCCP. Les organisateurs ont prévue trois sessions : Infectiologie et maladie rénale, Complications de la maladie rénale chronique (MRC) et Transplantation rénale : sécurisation et suivi, modérée. Cette rencontre, placée sous le signe de l’excellence scientifique et de la collaboration franco-marocaine, vise à renforcer les compétences des professionnels de santé dans la prise en charge pharmaco-clinique de patient atteint de pathologies rénal. Programme : lien
Abderrahim Derraji - 30 mars 2026 07:03Une journée de grève touche de nombreuses pharmacies dans le sud-ouest de l’Allemagne, en particulier dans le Bade-Wurtemberg, ce qui pourrait compliquer l’accès aux médicaments pour certains patients. Cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement national visant à alerter sur la situation économique jugée préoccupante du réseau officinal. D’après la Fédération régionale des pharmaciens, certaines pharmacies pourraient rester fermées ou limiter leur activité au strict minimum. Le nombre exact d’établissements concernés n’a pas été précisé, mais l’impact pourrait être significatif pour les personnes ayant un besoin urgent de traitement. Malgré cette mobilisation, un service de garde reste assuré afin de garantir la continuité des soins pour les situations nécessitant une dispensation rapide de médicaments. Les patients peuvent identifier les pharmacies de garde grâce à un numéro gratuit ou via une recherche en ligne permettant de localiser l’officine la plus proche selon le code postal ou la commune. Toutefois, le ministère des Affaires sociales a exprimé des réserves concernant ce mouvement, estimant que la fermeture des pharmacies un lundi, juste après un dimanche où seules les pharmacies de garde sont ouvertes, représente une contrainte supplémentaire pour les personnes dépendantes de traitements réguliers. Les représentants de la profession justifient cette journée de protestation par l’absence de revalorisation des honoraires de dispensation depuis plus de treize ans. Alors que les coûts de fonctionnement, notamment les charges de personnel et les dépenses d’exploitation, ont augmenté d’environ 65 pour cent depuis 2013, la rémunération par boîte de médicaments reste fixée à 8,35 euros. Un accord de coalition prévoit pourtant une augmentation à 9,50 euros, mais sa mise en œuvre tarde à se concrétiser. La présidente de la Fédération souligne que la situation économique de nombreuses pharmacies devient critique et qu’il devient difficile de maintenir la viabilité de certaines officines. Dans le Bade-Wurtemberg, on compte actuellement 2 067 pharmacies et près de 20 pour cent des établissements ont disparu à l’échelle nationale depuis 2013, ce qui dénote d’une fragilisation progressive du maillage officinal.
Abderrahim Derraji - 30 mars 2026 06:59L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a été informée par le laboratoire Viatris d’un défaut de qualité concernant un lot du médicament Rivaroxaban Viatris 20 mg. Lors du processus de fabrication, une contamination en très faible quantité par un autre médicament, la quétiapine, a été détectée. Les analyses ont montré que la quantité présente est inférieure à 0,05 mg par comprimé, un niveau très largement inférieur aux doses habituellement utilisées en pratique clinique, qui se situent généralement entre 50 et 600 mg par jour chez l’adulte. À ce jour, aucun effet indésirable n’a été signalé en lien avec ce défaut. Par mesure de précaution, les autorités sanitaires ont décidé de procéder au rappel de l’ensemble du lot concerné, identifié par le numéro 8212020 avec une date de péremption fixée à juillet 2028. La distribution de ce lot, qui avait débuté en janvier 2026 en France, a été immédiatement interrompue après identification du problème. L’origine de la contamination a été déterminée et des mesures correctives sont en cours afin d’éviter qu’une situation similaire ne se reproduise. Les patients en possession d’une boîte appartenant à ce lot sont invités à la rapporter à leur pharmacie afin qu’elle soit échangée contre une boîte provenant d’un lot conforme. Les pharmaciens sont également encouragés à informer les patients concernés afin de faciliter ce remplacement. Selon les données disponibles, aucune interaction connue n’existe entre le rivaroxaban et la quétiapine et aucun problème de sécurité n’a été observé jusqu’à présent.
Abderrahim Derraji - 30 mars 2026 06:54Le décret n°2026-156 du 3 mars 2026 modernise en profondeur le Code de déontologie des pharmaciens, intégré au Code de la santé publique depuis 1995, en procédant à une réécriture complète entrée en vigueur le 6 mars 2026. Ce nouveau texte s’applique à l’ensemble des pharmaciens inscrits à l’Ordre, aux structures d’exercice, aux pharmaciens européens exerçant temporairement, aux étudiants autorisés à remplacer ainsi qu’aux professionnels momentanément non-inscrits au tableau du Conseil de l’Ordre. Tout manquement expose à une responsabilité disciplinaire, sans exclure d’éventuelles poursuites civiles ou pénales. L’objectif principal consiste à adapter les règles aux évolutions du système de santé, aux transformations de la profession et aux attentes sociétales, tout en clarifiant certaines anciennes obligations. Le texte renforce la définition du secret professionnel en précisant qu’il couvre non seulement les informations confiées par le patient mais aussi celles que le pharmacien a vues, entendues ou comprises dans l’exercice de son activité. Il souligne également la responsabilité du pharmacien dans l’organisation concrète de la confidentialité au sein de l’équipe officinale. Ce nouveau code réaffirme fortement l’indépendance professionnelle face aux pressions économiques, commerciales ou hiérarchiques. Le pharmacien doit préserver sa liberté de jugement et ne peut accepter des modes de rémunération susceptibles d’altérer la qualité de la prise en charge, notamment lorsqu’ils reposent sur des objectifs de rendement incompatibles avec l’intérêt du patient. Parmi les évolutions marquantes figure l’introduction d’une obligation d’action en cas de suspicion de violences ou de maltraitance. Le pharmacien doit agir pour protéger la victime en adaptant son mode d’intervention, rechercher le consentement de la personne lorsque cela est possible et informer celle-ci en cas de signalement, sauf lorsqu’il s’agit d’un mineur ou d’une personne vulnérable. Le signalement effectué de bonne foi ne peut engager sa responsabilité disciplinaire. Le décret précise également la notion d’acte de dispensation qui inclut l’analyse pharmaceutique de l’ordonnance, la préparation éventuelle des doses à administrer ainsi que l’information et le conseil nécessaires au bon usage du médicament. En cas d’erreur, le pharmacien doit informer rapidement le patient et le prescripteur, corriger la situation et mettre en place des mesures préventives. Le texte introduit aussi des exigences relatives aux outils numériques et à la protection des données de santé, qui deviennent une composante de la déontologie professionnelle. Le pharmacien doit veiller à la sécurité des systèmes utilisés, au respect des règles de confidentialité et à l’accessibilité des outils pour les patients. En matière de communication, le nouveau code distingue clairement information et publicité et autorise une communication professionnelle encadrée, notamment pour présenter les compétences, les services ou les actions de prévention, à condition d’éviter tout contenu trompeur ou incitant à une consommation inappropriée de produits de santé. Enfin, l’accès direct en officine est élargi à certains tests comme les tests de grossesse et d’ovulation, sous réserve d’un encadrement garantissant l’accompagnement et le conseil du pharmacien. Cette réforme vise principalement à actualiser les règles existantes et à renforcer la cohérence entre déontologie, pratique professionnelle et évolution du système de santé.
Abderrahim Derraji - 30 mars 2026 06:52À l’occasion de la Journée mondiale de l’observance, le laboratoire Cooper Pharma a organisé, le 27 mars 2026 à Casablanca, les premières Assises de l’observance thérapeutique. Cette rencontre a rassemblé des professionnels de santé, des experts, des institutions ainsi que des acteurs de l’industrie pharmaceutique autour d’un objectif commun : mieux cerner les raisons qui poussent de nombreux patients à ne pas prendre les médicaments qui leur sont prescrits. Elle vise également à identifier des solutions concrètes pour améliorer cette situation. L’observance thérapeutique constitue aujourd’hui un déterminant essentiel de l’efficacité des soins, dans un contexte marqué par une augmentation continue des maladies chroniques. L’exemple de l’hypertension artérielle est particulièrement révélateur. Près de 29,3 % des adultes marocains sont concernés, mais plus d’un patient sur deux ne suit pas correctement son traitement. Cette irrégularité, souvent asymptomatique, expose pourtant les patients à des risques considérables, notamment une augmentation d’environ 60 % des événements cardiovasculaires tels que l’accident vasculaire cérébral ou l’infarctus du myocarde. Derrière ces chiffres se cache une réalité préoccupante : celle de complications souvent évitables, mais qui continuent de peser sur le système de santé. Les conséquences ne sont pas seulement médicales. La non-observance représente également un coût économique important. Cette charge financière s’ajoute aux pressions déjà exercées sur le système de santé et souligne la nécessité d’agir en amont, en favorisant un meilleur accompagnement des patients dans la gestion de leur traitement. L’absence de symptômes visibles dans certaines pathologies, notamment l’hypertension qualifiée de «maladie silencieuse», contribue à banaliser le risque et à réduire la perception de l’importance d’un suivi rigoureux. Les Assises ont permis de mettre en lumière la nécessité d’une approche globale centrée sur le patient, intégrant information, écoute, éducation thérapeutique et coordination entre professionnels de santé. Améliorer l’adhésion aux traitements implique de dépasser la seule dimension médicale afin de prendre en compte les facteurs sociaux, psychologiques et organisationnels qui influencent le comportement des patients. Cette rencontre constitue ainsi un point de départ vers une mobilisation durable de l’ensemble de l’écosystème de santé, afin de transformer progressivement les pratiques et de renforcer l’efficacité des soins dans un contexte marqué par une augmentation préoccupante des maladies non transmissibles.
Abderrahim Derraji - 30 mars 2026 06:49
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