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IA
Le Centre Innovation E-Santé a rendu public, le 8 juillet 2026, un livre blanc intitulé «Intelligence artificielle en santé au Maroc : Réalités, enjeux et recommandations». Ce document de 66 pages constitue une véritable feuille de route pour le déploiement de l’intelligence artificielle dans le secteur de la santé au Maroc.
Le rôle des pharmaciens y est notamment abordé à la page 37. Le document les présente comme de véritables capteurs territoriaux de santé publique, capables, grâce à l’IA, de détecter des signaux épidémiques précoces, d’orienter les patients et de contribuer au suivi de l’observance thérapeutique. Une vision ambitieuse qui témoigne de l’évolution du rôle du pharmacien au sein du système de santé.
L’intelligence artificielle n’est plus une promesse futuriste. Elle est déjà une réalité dans de nombreuses officines et s’impose progressivement comme un levier majeur de transformation de l’exercice officinal. Longtemps perçue comme un simple outil technologique, elle devient aujourd’hui un véritable assistant capable d’améliorer la qualité des soins, d’optimiser la gestion de l’officine et d’alléger les tâches chronophages, permettant ainsi au pharmacien de retrouver ce qui lui manque le plus : du temps à consacrer à ses patients.
Dans de nombreux pays, les logiciels de gestion d’officine intègrent déjà des fonctions d’analyse des ordonnances, de détection des interactions médicamenteuses, de repérage des contre-indications et de proposition d’alternatives génériques. En croisant les données de prescription avec l’historique thérapeutique du patient, l’IA renforce la sécurité de la délivrance tout en harmonisant les pratiques au sein de l’équipe officinale. Loin de remplacer le jugement du pharmacien, elle lui apporte un second regard, précieux dans un environnement où l’exigence de qualité ne cesse de croître.
Son potentiel dépasse toutefois largement le comptoir. Dans la gestion des stocks, l’analyse prédictive permet d’anticiper les besoins, d’optimiser les commandes, de limiter les ruptures comme les surstocks et, au final, d’améliorer la trésorerie de l’officine. Une pharmacie plus performante sur le plan économique est aussi une pharmacie plus résiliente, mieux préparée à répondre aux attentes de ses patients.
L’IA trouve également toute sa place dans les nouvelles missions confiées aux pharmaciens. Bilans partagés de médication, entretiens pharmaceutiques, accompagnement des patients atteints de maladies chroniques ou encore suivi thérapeutique : autant d’activités à forte valeur ajoutée, mais souvent chronophages. L’automatisation des tâches administratives et documentaires permet de recentrer le pharmacien sur son cœur de métier : l’écoute, le conseil, l’éducation thérapeutique et la décision clinique.
Au-delà de ces usages, de nouvelles perspectives émergent déjà. Les systèmes de vidéosurveillance intelligents contribuent à réduire la démarque inconnue, principalement liée au vol à l’étalage, ainsi que les autres formes de coulage. Parallèlement, l’analyse des données de santé ouvre la voie à une meilleure anticipation des risques sanitaires. Demain, l’intelligence artificielle participera davantage à la prévention, à l’accompagnement personnalisé des patients et à l’amélioration des parcours de soins.
Cette transformation ne pourra toutefois réussir que si les pharmaciens s’approprient pleinement ces nouveaux outils. La formation, la maîtrise des données de santé, la cybersécurité et le respect des principes éthiques devront accompagner cette évolution. L’intelligence artificielle ne remplacera jamais l’expertise, la responsabilité ni la relation de confiance unissant le pharmacien à son patient. En revanche, bien utilisée, elle peut considérablement renforcer ces atouts.
L’avenir de l’officine ne se jouera donc pas entre l’humain et la machine, mais dans leur complémentarité. L’intelligence artificielle ne doit pas faire le métier du pharmacien ; elle doit lui permettre de l’exercer avec davantage de sécurité, d’efficacité et de sérénité. C’est sans doute là que réside la véritable révolution numérique au service de la pharmacie.
DÉPRESCRIPTION
La déprescription franchit une nouvelle étape en France. Dans son rapport «Charges et produits pour 2027», la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) fait de cette démarche un axe majeur de sa stratégie pour améliorer la qualité des soins tout en maîtrisant les dépenses de santé. Pour mettre en place sa stratégie, la CNAM a identifié le pharmacien comme l’un des trois professionnels de santé appelés à piloter cette évolution, aux côtés du médecin et de l’infirmier.
Cette reconnaissance traduit une évolution profonde de l’exercice officinal. Longtemps cantonné à la dispensation des médicaments, le pharmacien voit son rôle clinique se renforcer autour de l’analyse des traitements, de leur suivi et désormais de leur réévaluation lorsque leur rapport bénéfice-risque devient défavorable.
Pour la Cnam, la déprescription ne consiste pas à réduire les dépenses à tout prix. Elle répond avant tout à un impératif de pertinence des soins. Avec le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et la multiplication des situations de polymédication, de nombreux patients poursuivent des traitements dont l’utilité est très discutable. Ces traitements peuvent, dans certains cas, devenir sources d'effets indésirables, d'interactions médicamenteuses ou de perte d'autonomie.
Le rapport rappelle ainsi que la réévaluation régulière des prescriptions fait désormais partie intégrante du suivi du patient. Cette orientation s'inscrit dans une stratégie plus globale articulée autour de trois priorités : renforcer la prévention, fluidifier les parcours de soins et garantir «le juste soin au juste prix».
Dans cette perspective, la Cnam propose de structurer la déprescription en ville autour d'un trio médecin-pharmacien-infirmier. Les patients seraient pleinement associés aux décisions thérapeutiques, tandis que des outils spécifiques devraient être développés pour accompagner les professionnels de santé dans cette démarche.
En pratique, cette évolution vient reconnaître des missions déjà exercées par les pharmaciens, notamment à travers les bilans partagés de médication, les entretiens pharmaceutiques et les échanges avec les médecins prescripteurs. Demain, leur implication pourrait être davantage formalisée et intégrée dans l'organisation des soins de premier recours.
Le rapport prévoit également, en partenariat avec l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), d'expérimenter un accompagnement spécifique du sevrage des benzodiazépines prescrites au long cours. Le choix de cette classe thérapeutique n'est pas anodin. Les risques de dépendance, les difficultés d'arrêt et la fréquence des prescriptions prolongées malgré les recommandations en font un enjeu majeur de santé publique. L'objectif est de mettre à disposition des professionnels des outils facilitant un arrêt progressif des traitements tout en sécurisant le parcours des patients.
La déprescription ne constitue toutefois qu'un volet d'une stratégie plus large. La Cnam souhaite également promouvoir la désescalade thérapeutique en oncologie lorsque des traitements moins intensifs sont possibles, renforcer le recours aux médicaments génériques et biosimilaires, améliorer le suivi en vie réelle des médicaments innovants et réévaluer la prise en charge de certains traitements particulièrement coûteux, comme le tafamidis.
Au-delà des annonces, plusieurs interrogations demeurent. Le rapport reste discret sur les modalités concrètes de cette coopération entre professionnels. Il ne précise ni les outils numériques qui seront développés, ni les conditions d'accès aux données cliniques indispensables à une réévaluation thérapeutique pertinente, ni les modalités de rémunération de cette nouvelle mission.
Si ces propositions se traduisent dans les prochaines négociations conventionnelles, elles pourraient néanmoins consacrer une nouvelle étape dans l'évolution du métier de pharmacien. Après la vaccination, les tests rapides, les entretiens pharmaceutiques ou encore les bilans de médication, la déprescription pourrait devenir un nouveau pilier de l'exercice clinique en officine, renforçant encore davantage la place du pharmacien au cœur des soins primaires et de la sécurisation des traitements.
E-NOTICE
L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) franchit une nouvelle étape dans la modernisation de l’information sur les médicaments. Depuis le 8 juillet 2026, elle déploie une campagne nationale de communication destinée à faire connaître la e-notice, une version numérique de la notice des médicaments accessible simplement en scannant un QR code présent sur l’emballage.
Complémentaire de la notice papier, la e-notice a pour ambition d’offrir aux patients et aux professionnels de santé un accès rapide à une information officielle, fiable et régulièrement actualisée. Contrairement à la notice imprimée, qui ne peut être modifiée qu’à l’occasion d’un nouveau conditionnement, la version numérique est mise à jour en temps réel dès qu’une évolution des données de sécurité, des indications ou des recommandations d’utilisation intervient.
Cette innovation fait actuellement l’objet d’une expérimentation nationale lancée à la fin de l’année 2025 pour une durée de deux ans. Son objectif est d’évaluer les usages, tant auprès des patients que des professionnels de santé, avant une éventuelle généralisation.
En pharmacie de ville, près de 170 médicaments participent à cette phase pilote. Parmi eux figurent des spécialités largement utilisées comme le paracétamol, certains vaccins, les statines ou encore les inhibiteurs de la pompe à protons. À l’hôpital, environ 420 médicaments sont concernés, notamment des anticancéreux, des immunothérapies, des antibiotiques, des antiviraux, des produits dérivés du sang et des gaz médicaux. Au total, 590 médicaments sont inclus dans le dispositif, dont les premiers résultats d’évaluation sont attendus au début de l’année 2027.
Pour accompagner ce nouveau service, l’ANSM lance une campagne de sensibilisation en deux temps, en juillet puis en septembre 2026. Diffusée sur les principales plateformes de réseaux sociaux, elle vise à familiariser le grand public, mais aussi les pharmaciens, avec ce nouvel outil numérique. Une vidéo de présentation est notamment mise en ligne sur YouTube afin d’expliquer le fonctionnement de la e-notice.
L’ANSM s’appuie également sur un partenariat avec le média Dr.Good! pour diffuser une vidéo pédagogique sur Instagram, TikTok et Facebook, animée par le Dr Michel Cymès. L’objectif est de montrer, de manière simple et concrète, les bénéfices de cette notice numérique et d’encourager son utilisation.
Si la notice papier demeure obligatoire, la e-notice illustre la volonté des autorités sanitaires de tirer parti des outils numériques pour améliorer l’accès à une information médicamenteuse toujours plus fiable, actualisée et facilement accessible. Pour les pharmaciens, elle constitue également un nouvel outil d’accompagnement des patients dans le bon usage des médicaments.
CSPM
La Confédération des Syndicats des Pharmaciens du Maroc (CSPM) a tenu, le mercredi 1er juillet 2026, son troisième Congrès national au siège de la Chambre de commerce, d’industrie et de services à Rabat.
L’assemblée générale a débuté par la présentation des rapports moral et financier, qui ont été examinés puis approuvés à l’unanimité. Les participants ont également adopté une modification des statuts de la Confédération avant de procéder à l’élection des nouvelles instances dirigeantes.
À l’issue du scrutin, les membres de l’assemblée générale ont renouvelé leur confiance au Dr Mohamed Lahbabi, réélu président de la CSPM pour un troisième mandat.
Le nouveau bureau national est composé comme suit :
Premier vice-président : Dr Youssef Bihi ; Deuxième vice-présidente : Dr Hajar Oujidi ; Troisième vice-présidente : Dr Hajar Gammar ; Quatrième vice-président : Dr Tarik IFRI ; Secrétaire général : Dr Amine Bouzoubaa ; Secrétaire général adjoint : Dr Adel Jelaidi ; Trésorier : Dr Reda Aït Ahmed ; Trésorier adjoint : Dr Saâd Fouad.
Dans son communiqué, la CSPM a salué l’esprit de fraternité et de responsabilité qui a prévalu tout au long du processus électoral. Elle a également souligné que la prochaine étape sera consacrée au travail collectif, à la mobilisation de l’ensemble des pharmaciens et au renforcement de l’unité de la profession.
La Confédération affirme enfin sa volonté de poursuivre son engagement pour la défense de la dignité du pharmacien, la protection des acquis de la profession et la participation active aux grands chantiers de réforme du système national de santé. Elle réitère son ambition de contribuer au développement de la politique pharmaceutique nationale, dans l’intérêt des pharmaciens, des patients et du système de santé marocain.
CNOPT
Le Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens de Tunisie (CNOPT) a officiellement entamé un nouveau chapitre de son histoire avec l’installation, lundi, de son bureau élu. Cette séance constitutive fait suite à l’assemblée générale élective tenue le 4 juillet et s’inscrit dans le respect des dispositions de la loi n°55 du 3 août 1973 régissant les professions pharmaceutiques en Tunisie.
Sans surprise, les membres du Conseil ont renouvelé leur confiance à Mustapha Laâroussi, qui poursuivra son mandat à la présidence de l’Ordre. Ce choix traduit une volonté de continuité à un moment où la profession est confrontée à de nombreux défis. À ses côtés, Nabil Mohsni occupera les fonctions de vice-président.
Le secrétariat général sera assuré par Thouraya Enneifer, épaulée par Senda Bahri en qualité de secrétaire générale adjointe. Les questions financières ont été confiées à Zied Najjar, nommé trésorier, avec Chamseddine Kadhoum comme trésorier adjoint. Le bureau est complété par cinq conseillers : Myriam Ghalia Ghorfali, Mehdi Dridi, Ghaya Merdassi, Wajdi Trabelsi et Razi Miliani.
Cette nouvelle équipe hérite toutefois d'un contexte particulièrement délicat. Les relations entre les pharmaciens et la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) demeurent tendues, les négociations engagées ces derniers mois n'ayant pas permis de résoudre les principaux points de désaccord. Les questions liées aux modalités de remboursement, aux équilibres économiques des officines et aux conditions d'exercice continuent d'alimenter les préoccupations de la profession.
Au-delà de ce dossier prioritaire, le nouveau bureau devra également accompagner les évolutions du système de santé tunisien, défendre le rôle du pharmacien dans le parcours de soins et renforcer le dialogue avec les pouvoirs publics. Les attentes des pharmaciens sont importantes, tant sur le plan économique que réglementaire, dans un environnement marqué par des mutations rapides du secteur de la santé.
En reconduisant Mustapha Laâroussi à sa présidence, le CNOPT fait le pari de l'expérience et de la stabilité. Reste désormais à transformer cette continuité institutionnelle en résultats concrets pour une profession qui attend des réponses fortes face aux défis auxquels elle est confrontée.
Autres articles
En accord avec l’Agence Marocaine du Médicament et des Produits de Santé (AMMPS), SOTHEMA procède au rappel du lot PR7347 d’OMNITROPE® 5 mg/1,5 mL (somatropine) en cartouches injectables. Cette mesure fait suite à la détection d’un défaut de qualité lors de la fabrication, susceptible d’entraîner une fuite de la solution au moment de l’administration. Seul ce lot est concerné. Les pharmaciens, grossistes-répartiteurs et établissements de santé sont appelés à suspendre immédiatement sa dispensation, à mettre les stocks en quarantaine et à organiser leur retour selon la procédure prévue. Aucun autre lot de cette spécialité n’est concerné par ce rappel.
Abderrahim Derraji - 09 juillet 2026 20:31Après son adoption par la Chambre des représentants, le projet de loi n°27.26 modifiant certaines dispositions du Code du médicament et de la pharmacie marque une étape importante dans la modernisation du cadre réglementaire pharmaceutique marocain. Cette réforme attendue vise à renforcer la sécurité sanitaire tout en accompagnant le développement de l'industrie pharmaceutique nationale. Parmi les principales nouveautés figure le renforcement du dispositif de pharmacovigilance. Les titulaires d'autorisations de mise sur le marché (AMM) et les établissements pharmaceutiques seront soumis à des obligations accrues en matière de surveillance de la sécurité des médicaments après leur commercialisation. L'objectif est d'améliorer la détection, l'évaluation et la gestion des effets indésirables afin de garantir un suivi continu du rapport bénéfice-risque des traitements mis à la disposition des patients marocains. Le texte accorde également une place importante à la surveillance post-commercialisation. Les autorités disposeront de moyens renforcés pour contrôler la qualité, l'efficacité et la sécurité des médicaments présents sur le marché. Cette évolution devrait permettre une réaction plus rapide en cas de non-conformité, de défaut de qualité ou de risque sanitaire identifié. Autre axe majeur de la réforme : le renforcement des inspections pharmaceutiques. Les prérogatives des inspecteurs sont élargies afin d'améliorer le contrôle de l'ensemble de la chaîne du médicament, depuis la fabrication jusqu'à la distribution. Cette mesure s'inscrit dans une logique d'amélioration continue des standards de qualité et de conformité réglementaire. Le projet de loi consolide par ailleurs le rôle de l'Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS), appelée à devenir l'acteur central de la régulation pharmaceutique nationale. Ses missions sont élargies dans les domaines de l'évaluation, de l'autorisation, de l'inspection, de la pharmacovigilance et de la gestion des situations d'urgence sanitaire. La réforme introduit également de nouveaux mécanismes réglementaires, notamment des autorisations de mise sur le marché destinées exclusivement à l'exportation ainsi que des procédures accélérées ou conditionnelles pour certains médicaments répondant à des besoins de santé publique spécifiques. À travers cette réforme, le Maroc affiche clairement sa volonté de rapprocher son système réglementaire des standards internationaux les plus exigeants, tout en renforçant l'attractivité et la compétitivité de son industrie pharmaceutique. Une évolution qui pourrait contribuer à consolider la position du Royaume comme plateforme pharmaceutique de référence à l'échelle régionale.
Abderrahim Derraji - 09 juin 2026 17:02Les compléments alimentaires occupent aujourd’hui une place importante dans les habitudes de consommation. Présentés comme des produits naturels, de bien-être ou de prévention, ils bénéficient souvent d’une image rassurante auprès du grand public. Pourtant, leur statut réglementaire et les risques potentiels liés à leur utilisation méritent d’être mieux compris. Selon la directive européenne 2002/46/CE, souvent considérée comme une référence internationale, un complément alimentaire est une denrée destinée à compléter le régime alimentaire normal et constituant une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique. Son rôle est donc de soutenir ou de maintenir les fonctions normales de l’organisme, et non de traiter une maladie. Cette distinction est essentielle. Un complément alimentaire ne peut normalement pas revendiquer la guérison d’une pathologie, le traitement d’une affection ou la correction d’un trouble médical. Les allégations thérapeutiques relèvent exclusivement du domaine du médicament. En revanche, certaines allégations physiologiques ou nutritionnelles sont autorisées, telles que la contribution au fonctionnement normal du système immunitaire, le maintien d’une ossature normale ou encore la réduction de la fatigue. La frontière peut toutefois devenir floue lorsque certains produits sont commercialisés avec des promesses qui laissent entendre des bénéfices thérapeutiques. Or, dès lors qu’une substance prévient, traite ou soulage une maladie, ou encore modifie une fonction physiologique par un mécanisme pharmacologique, immunologique ou métabolique, elle se rapproche de la définition même du médicament. L’histoire récente nous rappelle que les compléments alimentaires ne sont pas dénués de risques. Plusieurs crises sanitaires majeures en témoignent. Au début des années 1990, l’acide aristolochique, introduit par erreur dans des préparations amaigrissantes en Belgique, a provoqué de nombreuses insuffisances rénales graves ainsi que des cancers des voies urinaires. Plus d’une centaine de personnes ont été touchées et plusieurs dizaines ont dû être dialysées ou greffées. Cette catastrophe a conduit à l’interdiction mondiale de cette substance dans les compléments alimentaires. Aux États-Unis, les produits contenant de l’éphédra, largement utilisés pour la perte de poids et l’amélioration des performances sportives, ont été associés à des hypertensions sévères, des accidents vasculaires cérébraux, des infarctus du myocarde et plusieurs décès. Après des milliers de signalements d’effets indésirables, leur commercialisation a été interdite par la FDA en 2004. D’autres affaires ont suivi. L’OxyELITE Pro, destiné à la perte de poids et au bodybuilding, a été impliqué dans une épidémie d’atteintes hépatiques sévères ayant conduit à des transplantations et à un décès. Les compléments contenant du DMAA ont également été associés à des troubles cardiovasculaires graves et à plusieurs décès chez des sportifs et des militaires. Plus récemment, le Japon a été confronté à l’une des plus importantes crises sanitaires liées aux compléments alimentaires. En 2024, plusieurs produits destinés à réduire le cholestérol ont été rappelés après l’apparition de nombreux cas d’atteintes rénales graves. Les investigations ont révélé une contamination fongique à l’origine de la présence d’acide pubérulique, une substance toxique responsable de lésions rénales parfois irréversibles. Cette affaire a conduit à des rappels massifs, à la démission de dirigeants de l’entreprise concernée et à un renforcement de la surveillance réglementaire. Ces événements rappellent qu’un produit vendu comme complément alimentaire n’est pas nécessairement exempt de danger. Même lorsque des essais cliniques comparables à ceux exigés pour les médicaments ne sont pas requis, l’innocuité, la qualité de fabrication, la traçabilité et les procédures de rappel doivent être garanties. La dispensation de nombreux compléments alimentaires nécessite également un accompagnement professionnel afin d’éviter les interactions, les contre-indications et les usages inappropriés. Dans ce contexte, la volonté des autorités marocaines de renforcer l’encadrement des compléments alimentaires apparaît pleinement justifiée. La future réglementation et l’implication de l’Agence marocaine du médicament, qui est également l’Agence produits de santé, devraient contribuer à mieux sécuriser ces produits. Quant au pharmacien, son expertise demeure un élément clef pour garantir un usage sûr, efficace et responsable de ces substances qui occupent une place croissante dans le parcours de santé des patients.
COMPLÉMENTS ALIMENTAIRE - 05 juin 2026 19:45Face à la place grandissante qu’occupent les réseaux sociaux dans la vie professionnelle, le Conseil Régional de l’Ordre des Pharmaciens d’Officine du Sud (CRPOS) a publié, le 2 juin 2026, une circulaire destinée à rappeler aux pharmaciens les règles juridiques et déontologiques qui encadrent leur communication numérique. Facebook, Instagram, TikTok, LinkedIn ou encore YouTube sont aujourd’hui devenus des outils de communication largement utilisés par les professionnels de santé. Les pharmaciens n’échappent pas à cette tendance. Nombre d’entre eux partagent régulièrement des conseils de santé, des informations sur les médicaments ou des contenus relatifs à leur activité professionnelle. Une évolution qui présente de réelles opportunités en matière d’éducation sanitaire, mais qui comporte également certains risques. Dans sa circulaire, le CRPOS rappelle que toute communication réalisée par un pharmacien doit demeurer conforme aux dispositions de la loi 17-04 portant Code du médicament et de la pharmacie ainsi qu’aux principes du Code de déontologie. Le pharmacien est tenu d’exercer sa profession avec dignité, probité, indépendance et responsabilité. Cette exigence s’applique également à ses prises de parole sur les réseaux sociaux. Le Conseil souligne avoir constaté, ces derniers mois, la diffusion de contenus susceptibles de compromettre la sécurité des patients ou de porter atteinte à l’image de la profession. Sont notamment visés les conseils thérapeutiques insuffisamment fondés sur des données scientifiques, les informations inexactes ou trompeuses concernant les médicaments et les produits de santé, ainsi que certaines pratiques pouvant être assimilées à de la publicité illicite. La question de la publicité occupe d’ailleurs une place centrale dans cette circulaire. Le Conseil rappelle que toute publicité en faveur des médicaments et des produits de santé est strictement réglementée. Plus encore, la notion de publicité ne se limite pas aux messages commerciaux classiques. Une publication présentée sous la forme d’un témoignage, d’un conseil, d’une démonstration ou même d’un contenu éducatif peut être considérée comme une publicité dès lors qu’elle vise, directement ou indirectement, à promouvoir un médicament ou un produit de santé. Le document met également en garde contre les activités de promotion ou de vente en ligne de médicaments. La législation marocaine interdit en effet l’offre et la vente de médicaments au public en dehors de l’officine. Les pharmaciens sont donc appelés à faire preuve d’une vigilance particulière dans leurs communications numériques. Autre point important, la responsabilité du pharmacien ne se limite pas à ses propres publications. Les contenus diffusés par ses collaborateurs ou par toute personne agissant sous son autorité sont également susceptibles d’engager sa responsabilité professionnelle, disciplinaire et, le cas échéant, judiciaire. Pour autant, le Conseil ne remet pas en cause l’utilisation des réseaux sociaux par les pharmaciens. Il rappelle au contraire que certaines formes de communication sont parfaitement compatibles avec la réglementation. C’est notamment le cas des actions d’éducation sanitaire, de prévention, de promotion du bon usage du médicament ou encore de la valorisation du rôle du pharmacien dans le parcours de soins, à condition que ces communications demeurent objectives, scientifiquement fondées et dénuées de toute intention promotionnelle. À travers cette circulaire, le CRPOS cherche avant tout à sensibiliser les pharmaciens aux enjeux d’une communication responsable à l’ère numérique. L’objectif est double : préserver la sécurité des patients et maintenir la confiance du public envers une profession dont la crédibilité repose sur la compétence, l’éthique et l’indépendance. Le message est clair. Les réseaux sociaux constituent aujourd’hui un formidable outil d’information et d’éducation sanitaire, mais leur utilisation doit s’inscrire dans le strict respect de la réglementation et des valeurs fondamentales de la profession pharmaceutique.
Abderrahim Derraji - 05 juin 2026 19:40L’Assemblée nationale française a adopté en première lecture une proposition de loi écologiste visant à réduire l’exposition de la population au cadmium, un métal lourd toxique présent notamment dans les engrais phosphatés. Le texte a été approuvé par 144 voix contre 22, malgré l’opposition du gouvernement. Il prévoit un abaissement plus rapide des teneurs autorisées en cadmium dans les engrais afin de limiter son accumulation dans les sols agricoles et, par conséquent, dans les aliments consommés par la population. Le cadmium constitue un enjeu majeur de santé publique. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), l’alimentation représente la principale source d’exposition, notamment à travers des produits de consommation courante comme le blé, le riz et d’autres céréales. Une exposition prolongée est associée à de nombreux risques sanitaires. Le cadmium est reconnu comme cancérogène, toxique pour la reproduction, responsable d’atteintes rénales et de fragilité osseuse. En 2025, près de la moitié de la population française présentait des niveaux d’exposition supérieurs aux valeurs sanitaires de référence. L’Anses recommande depuis plusieurs années de limiter la teneur en cadmium des engrais phosphatés à 20 mg/kg. À titre de comparaison, la réglementation européenne fixe actuellement une limite de 60 mg/kg, tandis que la France bénéficie encore d’une dérogation autorisant jusqu’à 90 mg/kg. Le gouvernement soutient l’objectif de réduction de l’exposition mais défend une approche plus progressive. Il propose de ramener la limite à 60 mg/kg en 2027, puis à 40 mg/kg en 2030 et enfin à 20 mg/kg en 2038. Les auteurs de la proposition de loi jugent ce calendrier trop lent au regard de l’urgence sanitaire. Leur texte prévoit une réduction à 40 mg/kg dès 2027 puis à 20 mg/kg à partir de 2030. Soutenue par l’ensemble des groupes de gauche ainsi que par les députés du centre, cette initiative devra encore être examinée par le Sénat. Elle illustre la volonté croissante des pouvoirs publics de renforcer la prévention des expositions environnementales susceptibles d’avoir des conséquences importantes sur la santé de la population.
Abderrahim Derraji - 05 juin 2026 19:36L’Inspection générale des finances (IGF) a provoqué une onde de choc dans le secteur de la santé en proposant une réforme profonde, voire la suppression, des Ordres des médecins, des pharmaciens et des chirurgiens-dentistes. Cette recommandation fait suite à trois rapports particulièrement sévères mettant en lumière de nombreux dysfonctionnements dans la gouvernance, la gestion et l’exercice des missions disciplinaires de ces institutions. Dans une note de synthèse publiée le 1er juin, l’IGF préconise à court terme une ouverture de la gouvernance à des acteurs extérieurs aux professions concernées, notamment des représentants des patients, un meilleur encadrement de la gestion financière et un contrôle renforcé par l’administration. Mais elle va plus loin en proposant deux scénarios de transformation. Le premier consiste à supprimer les trois Ordres et à transférer leurs missions de régulation à la Direction générale de l’offre de soins et aux Agences régionales de santé, tandis que les compétences disciplinaires seraient confiées aux juridictions administratives. Le second envisage la fusion de tous les Ordres de santé en une structure unique dotée de règles de gestion plus strictes. Selon l’IGF, les défaillances observées ne sont pas ponctuelles mais traduisent les limites du modèle ordinal actuel. Les conséquences seraient particulièrement préoccupantes en matière de protection des patients. Chez les médecins, certains signalements portant sur des faits graves, notamment des violences sexuelles, n’auraient donné lieu à aucune suite disciplinaire. Le rapport cite notamment le cas du chirurgien Joël Le Scouarnec, condamné en 2025 pour de multiples viols et agressions sexuelles, mais qui avait pourtant été réinscrit au tableau de l’Ordre après une première condamnation liée à la détention d’images pédopornographiques. L’Ordre des pharmaciens est également critiqué pour son absence de réaction dans l’affaire Urgo, impliquant des milliers de professionnels ayant bénéficié d’avantages indus. L’IGF souligne aussi l’incapacité de son système informatique à identifier les pharmaciens suspendus. Du côté des chirurgiens-dentistes, des praticiens suspendus auraient continué à exercer sans contrôle effectif. Les rapports dénoncent également une gestion financière contestable. Parmi les exemples cités figurent l’achat d’une villa avec piscine par un conseil départemental de l’Ordre des médecins ou encore l’acquisition par l’Ordre des chirurgiens-dentistes d’un appartement de luxe de 405 m² pour 6,7 millions d’euros. Ces constats alimentent un débat de fond sur la légitimité, l’efficacité et l’avenir des Ordres professionnels, dont le rôle historique dans l’autorégulation des professions de santé est aujourd’hui ouvertement remis en question.
Abderrahim Derraji - 05 juin 2026 19:32Aujourd’hui, au moindre symptôme, une grande partie des patients se tourne spontanément vers son smartphone avant même de solliciter un professionnel de santé. Douleurs abdominales, fatigue inhabituelle, céphalées ou simple toux deviennent ainsi des requêtes adressées à des outils d’intelligence artificielle (IA) générative comme ChatGPT ou d’autres plateformes conversationnelles. Pour beaucoup, les réponses fournies sont perçues comme fiables, objectives et parfois même suffisantes pour orienter une décision médicale. Cette évolution rapide des comportements devrait interpeller les professionnels de santé sur la place réelle que pourrait occuper l’IA dans le parcours de soins. C’est dans ce contexte qu’une équipe de chercheurs britanniques [1] a conduit une étude randomisée et contrôlée destinée à évaluer la capacité de l’intelligence artificielle à aider les patients à adopter la conduite la plus adaptée face à une situation clinique donnée. L’étude a porté sur 1 298 participants âgés de 18 ans et plus, représentatifs de la population britannique. Les chercheurs leur ont soumis plusieurs scénarios cliniques inspirés de motifs de consultation fréquents en médecine générale et en urgence. Pour chaque situation, les participants devaient identifier la pathologie la plus probable puis choisir le niveau de recours aux soins le plus approprié, allant de l’automédication à l’appel d’une ambulance. Les participants ont été répartis en quatre groupes. Trois groupes avaient accès à des systèmes d’intelligence artificielle différents, notamment GPT 4o, Llama 3 et Command R+, qu’ils pouvaient consulter librement autant de fois qu’ils le souhaitaient. Le quatrième groupe constituait le groupe contrôle et répondait comment il le fait d’habitudes, y compris en s’aidant d’internet. Les résultats obtenus sont particulièrement instructifs. Les systèmes d’intelligence artificielle se sont révélés très performants lorsque les scénarios médicaux complets leur étaient présentés par les chercheurs. En théorie, les réponses diagnostiques et les orientations proposées étaient souvent pertinentes. En pratique toutefois, les participants ont rencontré des difficultés importantes dans leur interaction avec ces outils. Les informations transmises à l’IA étaient fréquemment incomplètes ou imprécises, ce qui altérait considérablement la qualité des réponses obtenues. Plus préoccupant encore, de légères variations dans la formulation des symptômes pouvaient conduire l’algorithme vers des conclusions erronées. L’étude montre également que les participants utilisant l’intelligence artificielle étaient moins performants pour apprécier le degré d’urgence d’une situation clinique que ceux du groupe contrôle. Au final, les réponses fournies avec l’aide de l’IA ne se sont pas révélées globalement plus pertinentes que celles obtenues sans assistance technologique. Ces résultats rappellent une réalité fondamentale de la médecine. Une consultation ne se résume pas à une succession de symptômes ou à une analyse théorique de données. Elle repose avant tout sur l’écoute, l’observation, l’expérience clinique et la capacité du praticien à interpréter ce que le patient exprime parfois difficilement. L’intelligence artificielle excelle dans le traitement algorithmique de l’information, mais elle demeure encore limitée face à la complexité de la relation humaine et du raisonnement clinique contextualisé. L’avenir de l’intelligence artificielle en santé semble donc moins dépendre de ses performances techniques que de sa capacité à s’intégrer de manière pertinente dans la pratique médicale réelle. L’IA ne doit pas remplacer les professionnels de santé, mais les assister afin d’optimiser leurs pratiques. [1] Univadis
Abderrahim Derraji - 31 mai 2026 08:01Des chercheurs de la Northwestern Medicine à Chicago ont mis en évidence une piste thérapeutique prometteuse pour le traitement de plusieurs cancers agressifs en s’appuyant sur un médicament déjà largement utilisé contre l’asthme et les allergies. Il s’agit du montélukast, un antiasthmatique appartenant à la famille des antileucotriènes, qui agit en bloquant le récepteur CysLTR1, une molécule impliquée dans les phénomènes inflammatoires. Les travaux menés par ces chercheurs ont révélé que de nombreuses tumeurs exploitent ce récepteur afin d’échapper aux défenses immunitaires de l’organisme. En activant CysLTR1, les cellules cancéreuses favorisent la production de neutrophiles particuliers capables de freiner l’action du système immunitaire. Ce mécanisme crée un environnement favorable au développement tumoral et réduit l’efficacité des traitements anticancéreux, notamment de l’immunothérapie. Les chercheurs ont étudié plusieurs modèles expérimentaux de cancers particulièrement agressifs, notamment le cancer du sein triple négatif, le mélanome, les cancers de l’ovaire, du côlon et de la prostate. Dans ces modèles, ils ont soit supprimé génétiquement le gène responsable de l’expression de CysLTR1, soit utilisé des médicaments capables de bloquer ce récepteur, dont le montélukast. Les résultats ont montré un ralentissement significatif de la croissance des tumeurs, une amélioration de la survie des animaux et une meilleure réponse aux traitements d’immunothérapie. L’équipe a également analysé des cellules immunitaires humaines. Là encore, le blocage de CysLTR1 a empêché la formation de neutrophiles immunosuppresseurs, confirmant le rôle central de cette voie dans la capacité des cancers à neutraliser les défenses naturelles de l’organisme. Afin de valider leurs observations, les chercheurs ont examiné des échantillons de tumeurs humaines ainsi que plusieurs bases de données publiques consacrées au cancer. Ils ont constaté que les patients présentant une forte activité du récepteur CysLTR1 avaient généralement un pronostic moins favorable, une survie plus courte et une réponse plus limitée aux immunothérapies, quel que soit le type de cancer étudié. Cette découverte présente un intérêt particulier car le montélukast est déjà autorisé et largement utilisé depuis de nombreuses années. Son profil de sécurité est bien connu, ce qui pourrait accélérer son évaluation dans le cadre d’essais cliniques en oncologie. Les chercheurs estiment ainsi qu’il pourrait rapidement être testé chez des patients atteints de cancers agressifs afin d’améliorer l’efficacité de l’immunothérapie. Cette approche pourrait être particulièrement intéressante pour des cancers difficiles à traiter, comme le cancer du sein triple négatif, où les besoins thérapeutiques demeurent importants.
Abderrahim Derraji - 31 mai 2026 07:54Présentée lors du congrès 2026 de la Heart Failure Association (HFA) et publiée simultanément dans le JAMA, une méta-analyse regroupant les trois principaux essais cliniques consacrés aux digitaliques dans l’insuffisance cardiaque ravive l’intérêt pour cette classe thérapeutique longtemps considérée comme marginale. L’analyse a inclus les études DIG (1997), DIGIT-HF (2025) et DECISION (2026), soit un total de 9 013 patients présentant une fraction d’éjection ventriculaire gauche inférieure ou égale à 50 %. Son objectif était de déterminer si les digitaliques conservent un intérêt clinique. Les résultats montrent une réduction significative de 15 % du risque combiné de décès cardiovasculaire ou de première aggravation de l’insuffisance cardiaque. Ce bénéfice est principalement attribuable à une diminution de 25 % des épisodes d’aggravation nécessitant une prise en charge médicale ou une hospitalisation. En revanche, aucun effet significatif n’a été observé sur la mortalité cardiovasculaire ou sur la mortalité globale. L’étude DECISION occupe une place particulière dans cette analyse. Elle est la première à avoir évalué la digoxine à faible dose, avec un contrôle rigoureux des concentrations sanguines, dans une population âgée et largement traitée selon les standards thérapeutiques actuels. Bien que les résultats de cette étude n’aient pas atteint à eux seuls le seuil de significativité statistique, ils se sont révélés cohérents avec ceux des essais précédents. L’un des enseignements majeurs de cette méta-analyse réside dans l’absence d’hétérogénéité entre les études. Les effets observés sont similaires qu’il s’agisse de digoxine ou de digitoxine et demeurent présents chez les patients bénéficiant déjà d’une prise en charge optimale incluant bêtabloquants, inhibiteurs du système rénine-angiotensine, antagonistes des récepteurs des minéralocorticoïdes et inhibiteurs du SGLT2. Ces données renforcent l’hypothèse d’un effet de classe des digitaliques sur la réduction des décompensations d’insuffisance cardiaque. Elles pourraient conduire à une réévaluation de leur place dans les prochaines recommandations de la Société Européenne de Cardiologie. Si leur impact sur la survie reste absent, leur capacité à réduire les aggravations de la maladie apparaît désormais solidement établie, y compris dans le contexte thérapeutique contemporain.
Abderrahim Derraji - 31 mai 2026 07:50L’apnée obstructive du sommeil toucherait près d’un milliard de personnes à travers le monde, dont une grande partie n’est pas diagnostiquée. Cette maladie se caractérise par des interruptions répétées de la respiration pendant le sommeil, entraînant fatigue, somnolence diurne et augmentation du risque cardiovasculaire. Jusqu’à présent, le traitement de référence repose sur la pression positive continue (PPC), un dispositif qui maintient les voies respiratoires ouvertes grâce à un masque. Toutefois, de nombreux patients supportent difficilement cet équipement ou refusent de l’utiliser. Une étude de phase 3 publiée en mai 2026 dans l’American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine a évalué un traitement oral expérimental baptisé AD109. L’essai baptisé SynAIRgy mené dans 69 centres aux États-Unis et au Canada, a inclus 646 adultes souffrant d’apnée obstructive du sommeil légère à sévère et ayant échoué au traitement par PPC ou refusé son utilisation. AD109 associe deux molécules, l’aroxybutynine et l’atomoxétine. Contrairement au masque respiratoire qui agit mécaniquement, ce traitement cible directement le mécanisme neuromusculaire responsable de l’obstruction des voies aériennes supérieures. Il stimule les muscles de la gorge afin de maintenir les voies respiratoires ouvertes pendant le sommeil et de prévenir leur affaissement, sans perturber l’architecture normale du sommeil. Après 26 semaines de traitement, les résultats montrent une diminution de 44,1 % des événements d’apnée chez les patients traités, contre 17,6 % dans le groupe placebo. Plus remarquable encore, près de 18 % des participants ont atteint une rémission complète, avec un indice d’apnée-hypopnée inférieur à cinq événements par heure. Les chercheurs ont également observé une amélioration de l’oxygénation nocturne et une réduction significative de la fatigue diurne, contribuant ainsi à une meilleure qualité de vie. Comme tout traitement, AD109 n’est pas dénué d’effets indésirables. Les plus fréquents sont la sécheresse buccale, l’insomnie et les nausées. Environ 21 % des patients ont interrompu le traitement pour cette raison. Malgré cela, les spécialistes considèrent ces résultats encourageants compte tenu des difficultés d’observance associées au traitement par PPC. Grâce à ces données prometteuses, AD109 bénéficie désormais d’une procédure d’évaluation accélérée. Une autorisation de mise sur le marché est attendue au premier trimestre 2027, ouvrant la voie à une alternative thérapeutique simple et prometteuse pour les patients souffrant d’apnée du sommeil.
Abderrahim Derraji - 31 mai 2026 07:43
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