PUBLICATION : DROIT DE SUBSTITUTION
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Circulaire 105
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Relative au respect du circuit légal des médicaments et des produits de santé

Note d'application de la Circulaire 105 du 3 octobre 2025
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Circulaire relative au respect du circuit légal des médicaments et des produits de santé.

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Pharmacie

Quelle pharmacie voulons-nous ? Abderrahim Derraji - 04 janvier 2026 20:25
Quelle pharmacie voulons-nous ?
Chaque fin d’année ramène avec elle son lot de bilans et de questions. Pour nous, pharmaciens d’officine, la plus persistante reste sans doute celle-ci : quelle pharmacie voulons-nous réellement pour demain ? Une question simple en apparence, mais lourde de sens, tant elle renvoie à notre quotidien, à nos difficultés, mais aussi à notre responsabilité collective.
 
Une année s’achève, et force est de constater que les promesses faites à la profession n’ont, une fois de plus, pas été tenues. La pharmacie d’officine au Maroc continue de faire du surplace, pendant que des acquis essentiels en matière de régulation se sont progressivement effrités. Nous avons glissé, presque sans nous en rendre compte, d’une profession structurée et respectée vers un exercice fragilisé, parfois désorganisé, où la déontologie semble reléguée au rang de souvenir. Beaucoup d’entre nous regrettent ce temps où la confraternité n’était pas un mot creux, mais une réalité vécue au quotidien.
 
Ce constat, largement partagé par un grand nombre de pharmaciens, ne doit pourtant pas nous condamner au fatalisme. Il est encore temps de redonner du sens à notre métier et de remettre la profession sur des bases solides. Mais cela suppose de regarder la réalité en face et d’oser poser les vrais problèmes.
 
Le premier d’entre eux reste le respect du cadre juridique. Le médicament n’est pas un produit comme les autres, et son circuit de distribution ne peut être contourné par d’autres intervenants sans conséquences. Lorsque l’illégalité prospère, ce sont les pharmaciens respectueux des règles qui se retrouvent pénalisés. Défendre l’État de droit dans notre secteur, c’est défendre la sécurité sanitaire et la crédibilité de l’officine.
Un autre enjeu majeur concerne la gouvernance de la profession. Comment accepter que la pharmacie soit privée d’instances élues capables de la représenter, de la réguler et de fixer un cap clair depuis 2019 ? L’absence de conseils de l’Ordre fonctionnels à 100% laisse le champ libre aux dérives et contraint les pharmaciens éthiques à cohabiter avec des pratiques qui ternissent l’image de l’ensemble de la profession. Pourtant, lorsque l’officine est exercée conformément à ses valeurs, elle demeure un pilier incontournable du système de santé. À cela s’ajoute la question cruciale de la rémunération. Notre modèle économique repose exclusivement sur les marges commerciales et des forfaits insignifiants sur les produits onéreux, alors même que les prix des médicaments baissent régulièrement. Sans rémunération des missions, des actes et des services rendus au patient, la pérennité de nombreuses officines est clairement menacée. Dans de nombreux pays, le pharmacien est reconnu et rémunéré pour son rôle clinique, éducatif et préventif. Pourquoi rester à l’écart de cette évolution inévitable ?
Assumer ces nouvelles missions suppose également une formation continue de qualité, accessible et adaptée aux réalités du terrain. Le pharmacien d’officine doit rester un professionnel de santé compétent, formé, présent et responsable. L’exercice personnel n’est pas un luxe, mais une condition essentielle pour garantir la qualité du conseil et la sécurité du patient.
 
Au fond, la question « Quelle pharmacie voulons-nous ? » nous renvoie à un choix collectif. Celui de subir les évolutions en silence ou de nous mobiliser pour construire un projet d’avenir crédible et fédérateur. Un projet qui place le pharmacien au cœur du parcours de soins et le patient au centre de nos priorités, loin de toute considération mercantile.
 
 
Abstract
This article reflects on the future of community pharmacy in Morocco, highlighting the growing gap between professional commitments and unfulfilled reforms. It examines the erosion of regulatory frameworks, professional governance, and ethical standards, alongside the economic fragility of the current remuneration model. The author argues for a renewed vision of pharmacy based on legal compliance, institutional legitimacy, and fair compensation for professional services. Emphasis is placed on continuous education and personal practice as prerequisites for quality care. Ultimately, the paper calls for collective action to place the pharmacist at the heart of patient-centered healthcare.
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Ozempic Wegovy - Chine

Baisse des prix d’un médicament anti-obésité en Chine : un signal fort pour le marché mondial Abderrahim Derraji - 04 janvier 2026 20:19
Baisse des prix d’un médicament anti-obésité en Chine : un signal fort pour le marché mondial
La récente décision du laboratoire danois Novo Nordisk de réduire significativement le prix de son médicament anti-obésité Wegovy® (sémaglutide) en Chine marque un tournant important dans la stratégie mondiale de lutte contre l’obésité. Dans plusieurs provinces chinoises, les autorités sanitaires ont validé une baisse pouvant atteindre près de 40 à 50 % sur certains dosages du produit, afin d’en améliorer l’accessibilité.
 
Cette initiative intervient dans un contexte sanitaire préoccupant en Chine. Ce pays fait face à une augmentation rapide de la prévalence du surpoids et de l’obésité, liée à l’urbanisation, à la sédentarité et à l’évolution des habitudes alimentaires. Selon les autorités chinoises, plus de la moitié de la population adulte pourrait être en surpoids ou obèse à l’horizon 2030, faisant de cette pathologie un enjeu majeur de santé publique.
 
La réduction de prix de Wegovy® répond également à des enjeux économiques et concurrentiels. Le marché chinois attire de plus en plus d’acteurs locaux développant des analogues du GLP-1 à moindre coût. Face à cette concurrence croissante, Novo Nordisk ajuste sa politique tarifaire afin de préserver ses parts de marché tout en s’alignant sur les objectifs des autorités, qui cherchent à contenir les dépenses de santé.
 
Au-delà du cas chinois, cette décision envoie un signal fort à l’échelle internationale. Elle illustre la pression grandissante exercée sur les laboratoires innovants pour concilier rentabilité, accès aux soins et soutenabilité des systèmes de santé. Elle pourrait également inspirer d’autres pays, notamment émergents, à renégocier les prix de traitements innovants dans des indications à forte prévalence.
 
Toutefois, cette baisse soulève aussi des interrogations. Certains observateurs craignent qu’une réduction trop marquée des prix dans certains marchés n’influence les stratégies de fixation des prix ailleurs, notamment en Europe ou dans les pays à revenu intermédiaire. D’autres s’interrogent sur l’impact à long terme sur l’innovation pharmaceutique.
 
En définitive, la baisse du prix de Wegovy® en Chine illustre l’équilibre délicat entre innovation thérapeutique, accès équitable aux médicaments et régulation économique, dans un contexte où l’obésité est désormais reconnue comme une maladie chronique mondiale nécessitant des réponses coordonnées.
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PRIX DU MÉDICAMENT

États-Unis : Hausse des prix des médicaments malgré les pressions politiques Abderrahim Derraji - 04 janvier 2026 20:16
États-Unis : Hausse des prix des  médicaments malgré les pressions politiques
Malgré des années de débats politiques et de réformes visant à contenir le coût des médicaments, les prix de plus de 350 spécialités pharmaceutiques augmenteront aux États-Unis en 2026, selon des informations rapportées par Reuters. Cette hausse concerne des traitements largement utilisés, notamment certains vaccins (COVID-19, zona) ainsi que des médicaments anticancéreux, soulignant la persistance d’une inflation pharmaceutique dans le premier marché mondial du médicament.
 
Depuis plusieurs années, les autorités américaines tentent de freiner la progression des dépenses de santé. L’Inflation Reduction Act (IRA), adopté sous l’administration Biden, a notamment introduit la possibilité pour Medicare de négocier les prix de certains médicaments coûteux. Toutefois, ces mesures restent limitées dans leur champ d’application et n’empêchent pas les laboratoires d’ajuster à la hausse les prix d’un grand nombre de produits, en particulier ceux qui ne sont pas encore concernés par la négociation directe.
 
Les industriels justifient ces augmentations par plusieurs facteurs: hausse des coûts de production, inflation générale, investissements massifs en recherche et développement, mais aussi pressions liées aux exigences réglementaires et aux ruptures d’approvisionnement. Dans certains cas, les hausses annoncées restent inférieures à l’inflation, ce que les laboratoires mettent en avant pour atténuer les critiques. Parallèlement, quelques entreprises communiquent sur des baisses ciblées de prix, souvent très médiatisées, mais qui concernent un nombre restreint de médicaments.
 
Cette situation alimente un débat récurrent aux États-Unis sur l’accès aux soins et l’équité du système de santé. Pour de nombreux patients, en particulier ceux qui ne bénéficient pas d’une couverture optimale, l’augmentation des prix se traduit par des restes à charge plus élevés, voire par des renoncements aux traitements. Les associations de patients dénoncent un système dans lequel les innovations thérapeutiques, bien que porteuses d’espoir, restent financièrement inaccessibles pour une partie de la population.
 
L’impact de ces hausses dépasse largement les frontières américaines. Les États-Unis représentant le principal marché de référence pour la fixation des prix, les augmentations décidées outre-Atlantique influencent directement les stratégies tarifaires des laboratoires à l’échelle mondiale. De nombreux pays, notamment en Europe et dans les marchés émergents, utilisent les prix américains comme point de comparaison lors des négociations, ce qui peut compliquer l’accès aux médicaments innovants.
 
En définitive, la hausse annoncée des prix des médicaments aux États-Unis illustre les limites actuelles des politiques de régulation face aux logiques économiques du secteur pharmaceutique. Elle relance le débat sur la nécessité de concilier innovation, soutenabilité financière et accès équitable aux traitements, un enjeu central pour les systèmes de santé du monde entier.
 
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Ozempic Wegovy

Des génériques de l’Ozempic bientôt mises sur la marché canadien Abderrahim Derraji - 04 janvier 2026 20:13
Des génériques de l’Ozempic bientôt mises sur la marché canadien
Les sociétés pharmaceutiques canadiennes seront autorisées à commercialiser dès la semaine prochaine des versions génériques moins chères du médicament Ozempic, mais les experts estiment que les patients ne devraient pas s’attendre à le trouver en vente avant plusieurs mois.

En effet, au 29 décembre, Santé Canada avait reçu neuf demandes d’autorisation pour la fabrication du sémaglutide, le principe actif de l’Ozempic et du Wegovy, des spécialités mises sur le marché par Novo Nordisk largement utilisées contre le diabète et dans la prise en charge des surcharges pondérales.

« Santé Canada comprend qu’il existe un intérêt considérable dans la réduction des coûts associés à ce médicament très prescrit grâce à l’introduction de versions génériques », a déclaré le porte-parole Mark Johnson dans un courriel adressé à La Presse canadienne.

Sandoz Canada, Apotex, Teva Canada, Taro Pharmaceuticals et Aspen Pharmacare Canada ont tous demandé l’autorisation de Santé Canada, selon la liste pour les demandes de médicaments génériques.

Sandoz Canada et Teva Canada ont indiqué à La Presse canadienne qu’elles ne pouvaient fournir aucune information sur les délais prévus de leurs produits, tandis que les autres entreprises n’ont pas pu être jointes ou n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
 
Mina Tadrous, experte en politique pharmaceutique à l’Université de Toronto, a affirmé qu’il était peu probable qu’un médicament générique à base de sémaglutide soit approuvé avant la fin du printemps ou le début de l’été.
 
«Les Canadiens ne devraient pas s’attendre à voir ce produit arriver sur le marché en janvier», a-t-elle déclaré.
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ANNÉE 2025

Entre innovations et contraintes budgétaires : le dilemme de 2025 Abderrahim Derraji - 27 décembre 2025 12:27
Entre innovations et contraintes  budgétaires : le dilemme de 2025
Le secteur du médicament traverse une phase charnière, probablement l’une des plus structurantes de ces dernières décennies. L’innovation thérapeutique progresse à un rythme inédit, portée par les biotechnologies et, désormais, par l’intelligence artificielle, tandis que les contraintes économiques, réglementaires et industrielles n’ont jamais été aussi fortes. Entre promesses scientifiques et réalités budgétaires, le médicament se retrouve aujourd’hui au cœur d’arbitrages complexes qui engagent l’avenir même des systèmes de santé.
 
Les avancées cliniques récentes confirment l’entrée dans une médecine de plus en plus ciblée et personnalisée. Des traitements innovants transforment la prise en charge de maladies chroniques et sévères, notamment en oncologie, en rhumatologie, en dermatologie ou encore dans le champ des maladies rares. Ces progrès ouvrent de nouveaux horizons pour les patients, mais ils s’accompagnent de coûts élevés et d’une sophistication croissante des parcours de soins, rendant indispensable une réflexion globale sur la valeur du médicament et son impact réel sur la santé 
publique.
 
Dans ce paysage en profonde mutation, l’annonce par Takeda de la mise sur le marché prochaine d’un médicament conçu grâce à l’intelligence artificielle constitue un signal fort. Le zasocitinib, développé pour le traitement du psoriasis, symbolise un véritable changement de paradigme : l’IA n’est plus seulement un outil d’aide à la recherche, mais devient un moteur à part entière de la découverte thérapeutique. En accélérant l’identification des molécules prometteuses et en optimisant leur développement, l’intelligence artificielle pourrait remodeler en profondeur l’industrie pharmaceutique, en réduisant les délais, les coûts et les taux d’échec. Cette révolution technologique soulève néanmoins une question centrale : comment garantir que ces innovations bénéficient réellement aux patients, sans creuser davantage les inégalités d’accès aux soins ?
 
La prévention, et en particulier la vaccination, demeure un pilier encore trop souvent sous-estimé des politiques de santé. Après la pandémie, on observe un regain d’intérêt pour les infections sévères chez l’adulte, telles que la grippe, le pneumocoque ou le zona, dont l’impact humain, sanitaire et économique est désormais mieux documenté. Pourtant, les taux de couverture vaccinale restent insuffisants, révélant un déficit persistant de sensibilisation et de confiance, mais aussi une opportunité majeure pour les professionnels de santé de proximité de jouer un rôle déterminant.
 
Sur le plan économique, la régulation des prix et la multiplication des pénuries de médicaments essentiels illustrent les fragilités d’un modèle trop dépendant de chaînes d’approvisionnement mondialisées. Les États tentent de reprendre la main, évoquant désormais la souveraineté pharmaceutique et la relocalisation industrielle, sans toujours disposer de solutions concrètes et rapides à la hauteur des enjeux.
 
Au Maroc, ces défis prennent une dimension particulière. Le pays s’engage dans une modernisation progressive de son secteur pharmaceutique, cherchant à concilier accès équitable aux médicaments, soutien à la production locale et intégration de l’innovation. Au cœur de cette transformation se trouve pourtant un acteur encore trop souvent absent des grands débats stratégiques : le pharmacien marocain. En première ligne face aux pénuries, à la pression sur les prix et aux attentes croissantes des patients, ce professionnel de proximité est bien plus qu’un simple dispensateur de médicaments. Informateur, éducateur en santé, garant du bon usage du médicament et relais essentiel de la 
prévention, le pharmacien marocain incarne aujourd’hui l’interface clé entre l’innovation thérapeutique et la réalité du terrain. Le reconnaître pleinement, l’accompagner et le valoriser constituera l’un des leviers majeurs pour réussir la transition du médicament au Maroc, tout en assurant un déploiement efficace et durable de la couverture médicale généralisée.
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Autres articles

Psychose : quand les outils numériques facilitent le triage précoce

La détection précoce des sujets à risque clinique élevé de psychose constitue un enjeu majeur, car les premières manifestations sont souvent difficiles à distinguer d’expériences psychotiques transitoires sans évolution ultérieure ou d’autres troubles psychiatriques, notamment dépressifs. Aux stades initiaux, les symptômes se chevauchent largement, tant sur le plan clinique que fonctionnel, ce qui complique l’identification des patients réellement à risque. Les méthodes diagnostiques actuelles reposent sur des évaluations longues, combinant entretiens cliniques et tests cognitifs multiples, nécessitant un personnel spécialisé et plusieurs heures d’examen. Cette complexité peut retarder l’orientation vers une prise en charge préventive, pourtant déterminante pour limiter le risque d’évolution vers une psychose avérée.   Dans ce contexte, une équipe de chercheurs américains a évalué une batterie de tests comportementaux numérisés ciblant des mécanismes neurocognitifs connus pour être altérés dans la psychose. L’objectif était de disposer d’un outil plus rapide et plus simple permettant de différencier les sujets à haut risque de psychose d’autres profils cliniques, tout en réduisant le recours aux auto-questionnaires subjectifs et aux entretiens cliniques chronophages. L’étude a porté sur plus de 600 participants, préalablement classés selon des critères diagnostiques de référence, incluant des sujets à risque clinique élevé, des personnes ayant présenté des expériences psychotiques limitées, des patients souffrant d’autres troubles psychiatriques et un groupe contrôle.   La batterie comprenait 11 tâches réalisées sur ordinateur, explorant les symptômes positifs, négatifs et les troubles de l’organisation. Elle a montré une bonne capacité globale de discrimination, avec une sensibilité de 0,87 pour l’identification des sujets à haut risque de psychose. Parmi ces tests, l’identification de visages dans des images dégradées s’est révélée particulièrement discriminante : les sujets à risque obtenaient des performances élevées, probablement liées à une tendance à surinterpréter les stimuli perceptifs.   Bien que cette batterie ne se substitue pas à une évaluation clinique spécialisée, sa rapidité d’exécution, inférieure à une heure, et son utilisation possible sans supervision en font un outil de repérage précoce et d’orientation des patients vers une prise en charge adaptée.

Abderrahim Derraji - 27 décembre 2025 12:21
Quand la prévention des pénuries devient une priorité sanitaire

Pour le pharmacien d’officine, la rupture de stock n’est pas un concept abstrait mais une difficulté quotidienne, vécue au comptoir, face à des patients parfois inquiets, parfois en colère, souvent démunis. Antihypertenseurs, antidiabétiques, antibiotiques ou médicaments pédiatriques : les tensions d’approvisionnement touchent désormais des traitements essentiels, plaçant l’officine au cœur d’un système sous pression. Dans ce contexte, l’annonce de la création prochaine d’un comité mixte permanent entre autorités sanitaires et industrie pharmaceutique constitue un signal encourageant.   Ce comité, porté par l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé et le ministère de la Santé, vise à passer d’une gestion de crise à une logique d’anticipation. L’objectif est d’identifier en amont les risques de rupture, d’analyser les fragilités des chaînes de production et de distribution et de proposer des solutions opérationnelles avant que les pénuries ne se traduisent par des impasses thérapeutiques pour les patients. Pour le pharmacien d’officine, cette approche proactive est essentielle, car elle conditionne la continuité des traitements et la confiance du public dans le système de santé.   Les échanges ayant conduit à cette recommandation ont associé l’ensemble des représentants de l’industrie pharmaceutique nationale, traduisant une volonté de dialogue structuré entre régulateur et producteurs. Les tensions actuelles, largement influencées par des facteurs internationaux – dépendance aux matières premières, perturbations logistiques, concentration industrielle – dépassent en effet le cadre strictement national et nécessitent une coordination renforcée.   À terme, ce comité pourrait offrir au pharmacien une meilleure visibilité sur la disponibilité des médicaments, faciliter l’anticipation des alternatives thérapeutiques et réduire la charge relationnelle liée aux ruptures répétées. Au-delà de la logistique, il s’agit d’un enjeu de souveraineté sanitaire et de crédibilité du circuit du médicament. En sécurisant l’approvisionnement, c’est aussi le rôle du pharmacien d’officine comme acteur de proximité, garant de la continuité des soins, qui se trouve renforcé. 

Abderrahim Derraji - 27 décembre 2025 12:19
Maladies non transmissibles et santé mentale : un tournant mondial vers l’action intégrée

Lors de la quatre-vingtième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, les dirigeantes et dirigeants mondiaux ont adopté une déclaration politique majeure marquant une étape décisive dans la lutte contre les maladies non transmissibles et les troubles de la santé mentale. Pour la première fois, ces deux enjeux sont abordés conjointement dans une approche intégrée, reconnaissant leurs liens étroits, leurs déterminants communs et leur impact considérable sur les sociétés, les économies et le développement durable. Les maladies non transmissibles constituent aujourd’hui la principale cause de mortalité dans le monde, responsables de millions de décès prématurés chaque année, tandis que les troubles mentaux touchent plus d’un milliard de personnes. Leur progression est alimentée par des facteurs largement évitables, tels que le tabagisme, la mauvaise alimentation, la sédentarité, la consommation d’alcool ou la pollution de l’air, autant d’éléments qui pèsent également sur la santé mentale. Ces pathologies concernent toutes les populations, quels que soient l’âge ou le niveau de revenu, et représentent un défi sanitaire, social et économique majeur. La déclaration adoptée fixe des objectifs mondiaux clairs à l’horizon 2030, notamment la réduction du tabagisme, l’amélioration du contrôle de l’hypertension et l’élargissement de l’accès aux soins de santé mentale. Elle engage également les États à renforcer leurs systèmes de santé, en garantissant la disponibilité de médicaments essentiels, la protection financière des patients, des plans d’action nationaux intégrés et des systèmes fiables de surveillance et de suivi. Au-delà des objectifs chiffrés, le texte se distingue par l’ampleur de sa vision. Il intègre de nouveaux enjeux, tels que la santé bucco-dentaire, les maladies rares, les risques environnementaux, les impacts du numérique sur la santé mentale et la nécessité d’une meilleure régulation de certains produits nocifs. Il place l’équité au cœur de l’action, en tenant compte des populations vulnérables et des contextes de crise. Dans un contexte mondial marqué par des contraintes financières, la déclaration appelle à un financement durable et à une mobilisation de l’ensemble de la société. Elle établit enfin un cadre de responsabilisation clair, avec un suivi régulier des progrès, ouvrant la voie à une gouvernance mondiale plus cohérente et plus ambitieuse de la santé à l’horizon 2030.

Abderrahim Derraji - 27 décembre 2025 12:16
Bayer célèbre 20 ans de son usine de Casablanca, moteur du hub santé régional

Bayer Maroc a célébré, le 16 décembre 2025 à Casablanca, le 20e anniversaire de son site de production, un jalon majeur qui illustre deux décennies d’engagement industriel, d’innovation et de partenariat stratégique avec le Royaume. Unique usine du Groupe Bayer sur le continent africain, ce site, situé dans la zone industrielle du Technopôle de Nouaceur, joue un rôle central dans la production de médicaments de santé familiale et de compléments alimentaires, destinés non seulement au marché marocain, mais également à 42 pays de la région Europe, Moyen-Orient et Afrique. Avec un chiffre d’affaires annuel de 340 millions de dirhams, dont près de 250 millions générés à l’export, le site illustre concrètement la montée en puissance du Maroc comme plateforme industrielle et logistique de référence dans le secteur pharmaceutique. Cette performance repose sur des standards élevés de qualité et de conformité. Le site emploie aujourd’hui 104 collaborateurs et bénéficie de multiples certifications nationales et internationales, autant de reconnaissances qui témoignent du niveau d’excellence opérationnelle atteint par l’usine. À l’occasion de cet anniversaire, Amina L’Kima, Directrice Générale de Bayer Maroc, a souligné la portée stratégique de cet investissement : « Depuis vingt ans, notre usine de Casablanca incarne l’engagement de Bayer envers le Maroc et la région. Elle ne se limite pas à produire des médicaments : elle contribue à élargir l’accès à des solutions de santé de qualité et à soutenir le développement économique local. Ce jalon reflète deux décennies d’innovation, de confiance et de partenariat. » Au-delà du bilan, Bayer Maroc se projette résolument vers l’avenir. L’événement a permis de dévoiler d’ambitieux projets d’investissement, incluant le triplement des capacités de production, ainsi que le lancement, d’ici 2026, d’une ligne de conditionnement dédiée au e-commerce international. Ces développements visent à renforcer la compétitivité du site et à accompagner l’évolution des besoins des marchés régionaux. Ahmed Mellal, Directeur de l’usine de Casablanca, a rappelé que cette réussite repose avant tout sur le capital humain : « Notre succès est porté par l’engagement de nos équipes et par une quête constante d’excellence. Nous continuerons à investir dans l’innovation et la durabilité afin de consolider notre rôle de centre régional d’excellence. » Il a également mis en avant l’impact local du site, tant en matière de création d’emplois que de soutien aux fournisseurs et aux initiatives communautaires. La dimension stratégique de cet anniversaire a été saluée par M. Stefan Bantle, Ministre-Conseiller, chef du service économique à l’Ambassade d’Allemagne à Rabat, qui a souligné la solidité du partenariat maroco-allemand et la contribution de Bayer au renforcement de l’écosystème de santé national. À travers cette célébration, Bayer réaffirme sa mission de faire du Maroc un hub régional incontournable de la fabrication pharmaceutique, un positionnement qui s’inscrit pleinement dans la dynamique industrielle du Royaume et dans les enjeux futurs de souveraineté sanitaire et d’accès équitable aux soins.

Abderrahim Derraji - 25 décembre 2025 16:42
Vaccination au Maroc : Enfant protégé, adulte oublié…

Grâce au Programme national d’immunisation, la couverture vaccinale des nourrissons et des enfants au Maroc a atteint des niveaux largement reconnus [1] . En revanche, on ne peut pas en dire autant de la vaccination des adultes. Les campagnes et les politiques publiques demeurent essentiellement focalisées sur l’enfance, alors même que la vaccination de l’adulte, à forte valeur ajoutée, notamment chez les personnes vivant avec des maladies chroniques, ne semble pas constituer une priorité de santé publique. Ce retard n’est pas sans conséquences. Les adultes, en particulier ceux atteints de diabète, d’insuffisance respiratoire, de maladies cardiovasculaires ou d’immunodépression, présentent un risque accru de complications graves lors d’infections pourtant évitables par la vaccination, telles que la grippe ou les infections à pneumocoque. Ces complications se traduisent par des hospitalisations, une altération rapide de l’état de santé et des coûts importants pour les caisses d’assurance maladie et pour les ménages. Il est donc paradoxal que la prévention ne soit pas davantage priorisée chez l’adulte, en particulier chez les sujets à risque.   Parmi les derniers vaccins ayant obtenu l’AMM au Maroc figure le vaccin inactivé contre le zona (vaccin recombinant adjuvanté). Ce dernier mérite une attention particulière, d’autant plus que l’incidence du zona augmente nettement avec l’âge et l’affaiblissement du système immunitaire. Ce vaccin a démontré une efficacité supérieure à 90 % contre le zona, ainsi qu’une protection durable chez les personnes âgées. Il permet également de prévenir efficacement la névralgie post-herpétique, une complication douloureuse et invalidante.   Les recommandations de la communauté scientifique et des agences internationales convergent aujourd’hui vers une intégration raisonnée de ce vaccin dans les stratégies de santé publique destinées aux adultes à risque. L’Organisation mondiale de la santé [2] a d’ailleurs publié des orientations actualisées sur la vaccination contre le zona, reconnaissant son bénéfice net chez les populations vulnérables et encourageant les pays à évaluer son introduction en fonction du fardeau de la maladie et des ressources disponibles.   Il ne fait désormais aucun doute que le Royaume doit franchir une nouvelle étape. D’abord, en élargissant le discours et l’éducation sanitaire autour de la vaccination de l’adulte : les professionnels de santé, à commencer par les pharmaciens d’officine et les médecins généralistes, constituent des relais essentiels  d’information et de sensibilisation. Ensuite, en définissant des priorités claires — personnes âgées, malades chroniques, immunodéprimés — et en mettant en œuvre des campagnes ciblées, accompagnées de mécanismes de financement adaptés, avec une prise en charge partielle ou totale selon le niveau de risque. Enfin, le Maroc devrait mettre en place des systèmes de suivi des données permettant d’évaluer l’impact des actions menées et d’ajuster les stratégies en temps réel.   La vaccination de l’adulte n’est pas une option secondaire ; elle représente une extension logique et nécessaire d’un système de prévention qui a déjà fait ses preuves chez l’enfant. Investir dans la couverture vaccinale des adultes, en commençant par les vaccins inclus dans le Plan national d’immunisation, le vaccin  antigrippal et le vaccin antipneumococcique, et en facilitant l’accès au vaccin inactivé contre le zona pour les populations à risque, permettra de protéger des sujets vulnérables, d’améliorer la qualité de vie et de réduire durablement la pression sur les hôpitaux, ainsi que le coût des complications évitables. Le défi est avant tout politique et organisationnel, mais les preuves d’efficacité et de bénéfices humains sont aujourd’hui suffisamment solides pour guider la décision.   Abstract:  Adult vaccination in Morocco remains under-prioritized compared to the well-established childhood immunization program, despite its high added value for people with chronic conditions. This gap exposes adults—particularly those with diabetes, cardiovascular, respiratory, or immunosuppressive diseases—to severe complications from vaccine-preventable infections such as influenza and pneumococcal disease, leading to hospitalizations and increased healthcare costs. The recent authorization of the adjuvanted recombinant shingles vaccine represents a major advance, demonstrating over 90% efficacyand durable protection in older and immunocompromised adults, while effectively preventing post-herpetic neuralgia. Scientific societies and international health agencies now converge on the need to integrate this vaccine into adult immunization strategies, based on disease burden and available resources. Strengthening adult vaccination in Morocco through targeted policies, healthcare professional engagement, and appropriate financing mechanisms is essential to protect vulnerable populations and reduce preventable morbidity and system-wide healthcare pressure.   Sources :  1- Morocco: WHO and UNICEF estimates of immunization coverage: 2023 revision 2 - WHO position paper on herpes zoster vaccines –July 2025

Abderrahim Derraji - 21 décembre 2025 17:38
Prévenir le zona : regards d’experts sur une priorité émergente de santé publique

Un «Expert Talk Show», organisé à Rabat le 17 décembre, a réuni des experts autour du zona, une maladie virale fréquente dont l’impact sanitaire, économique et sociétal demeure largement sous-estimé, en particulier chez les personnes âgées et les patients immunodéprimés. Les échanges ont permis de faire le point sur l’ampleur de la maladie, ses complications parfois sévères et les stratégies de prévention disponibles, notamment la vaccination.   Le zona résulte de la réactivation du virus varicelle-zona et concerne environ 20 à 30 % de la population générale, avec un risque qui augmente nettement avec l’âge. Les données présentées par les experts montrent qu’une personne sur deux âgée de plus de 80 ans développera un zona au cours de sa vie. La complication la plus redoutée est la névralgie post-herpétique, caractérisée par une douleur chronique persistante pouvant durer plusieurs mois, voire plusieurs années, après l’épisode aigu. Cette douleur est souvent invalidante et altère profondément la qualité de vie, en particulier chez les personnes âgées et chez celles souffrant de comorbidités telles que le diabète, les maladies auto-immunes ou les pathologies cardiovasculaires. De gauche à droite : Pr Iraqi , Pr Heikel, Pr Tazi  et Pr Harmouche   Les experts ont également insisté sur la vulnérabilité particulière des patients immunodéprimés. Dans ces populations, le zona peut évoluer vers des formes graves, avec des atteintes viscérales, neurologiques ou encéphaliques, et une mortalité pouvant atteindre 15 % dans les cas sévères. La prévention par la vaccination apparaît ainsi comme un levier essentiel pour réduire la fréquence et la gravité de ces complications et préserver la qualité de vie des patients.   L’impact économique du zona a aussi été largement discuté. La prise en charge de la névralgie post-herpétique engendre des coûts élevés, liés à la fois aux soins médicaux directs — tels que les hospitalisations et les traitements — et aux coûts indirects, notamment la perte de productivité des patients et de leurs aidants. Selon les études citées, chaque cas de névralgie post-herpétique peut générer des dépenses supplémentaires comprises entre 12 000 DH et 17 500 DH.   Dans ce contexte, le vaccin recombinant adjuvanté récemment introduit au Maroc a été présenté comme une option à la fois efficace et économiquement pertinente. Il offre une protection élevée et durable, avec une efficacité dépassant 97 % chez les adultes de plus de 50 ans et restant supérieure à 90 % après 70 ans, tout en réduisant significativement l’incidence des douleurs chroniques post-zostériennes. Les intervenants ont ainsi appelé à renforcer les politiques vaccinales, à élargir les recommandations et à améliorer l’accessibilité du vaccin afin de réduire durablement le fardeau du zona et de ses complications. 

Abderrahim Derraji - 21 décembre 2025 17:29
5e Congrès national de pharmacie hospitalière: le rôle stratégique du pharmacien face au défi des maladies chroniques

Rabat a accueilli, du 18 au 20 décembre, le 5e Congrès national de pharmacie hospitalière, un rendez-vous scientifique majeur placé sous le thème : «Les soins pharmaceutiques pour une meilleure prise en charge des patients». Cet événement a rassemblé des professionnels de santé autour d’une question centrale : comment renforcer le rôle du pharmacien pour améliorer la qualité des soins dans un contexte marqué par l’augmentation des maladies chroniques et la pression croissante sur les systèmes de santé. Parmi les temps forts du congrès, une session a été consacrée à l’apport des pharmaciens hospitaliers et des pharmaciens d’officine dans la prise en charge des maladies chroniques, qui représentent aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. Diabète, maladies cardiovasculaires, pathologies auto-immunes ou encore cancers nécessitent un suivi thérapeutique rigoureux et de longue durée, avec des impacts significatifs sur les dépenses de santé et la qualité de vie des patients. Les intervenants ont mis en avant des expériences internationales concluantes, démontrant, données chiffrées à l’appui, que l’implication active d’un pharmacien bien formé et intégré aux équipes de soins permet d’améliorer l’observance thérapeutique, de réduire les complications évitables et de limiter les hospitalisations inutiles. Cette approche contribue également à une meilleure maîtrise des coûts supportés par les régimes d’assurance maladie, fortement sollicités par la prise en charge des pathologies chroniques.     De gauche à droire : Pr. Yassine Er- Rahali, Pr Zined Alami, Dr Aicha Zahi, Dr A. Derraji, Pr. Mina Ait El Cadi et Pr. Yasmina Tadlaoui      La prévention a également occupé une place centrale dans les discussions. Souvent insuffisamment développée, elle constitue pourtant un levier essentiel pour préserver la soutenabilité du système de santé à moyen et long termes. Grâce à sa proximité avec les patients, le pharmacien apparaît comme un acteur clé de la prévention, du dépistage précoce et de l’éducation thérapeutique. Un autre enjeu majeur abordé concerne l’observance aux traitements, dont le défaut reste l’une des principales causes d’échec thérapeutique. Les pharmaciens, qu’ils exercent à l’hôpital ou en officine, peuvent jouer un rôle déterminant dans l’accompagnement des patients, l’explication des traitements et la détection précoce des problèmes liés aux différentes thérapies. Les experts ont également alerté sur les usages inappropriés de certaines nouvelles molécules, parfois détournées de leurs indications médicales, notamment à des fins esthétiques. Ces pratiques exposent les patients à des risques parfois graves et soulignent la nécessité d’un encadrement plus strict et d’un rôle accru du pharmacien dans le bon usage du médicament. Si l’apport des pharmaciens hospitaliers est aujourd’hui largement reconnu, ces derniers appellent à une meilleure formalisation de leur rôle au sein des équipes soignantes. Les pharmaciens d’officine, de leur côté, plaident pour l’instauration de nouvelles missions, déjà en vigueur dans plusieurs pays, et susceptibles de renforcer leur contribution au système de santé tout en générant de nouvelles sources de revenus. Enfin, les participants ont souligné que l’avenir de la profession repose sur une formation continue renforcée, le développement d’études de pharmacoéconomie, une volonté politique affirmée et une implication des instances professionnelles. Autant de conditions indispensables pour faire du pharmacien un acteur central de la transformation du système de santé et passer des intentions aux actions concrètes.

Abderrahim Derraji - 21 décembre 2025 17:08
Zasocitinib : Un nouvel espoir thérapeutique pour le psoriasis

Takeda Pharmaceutical a annoncé des résultats très positifs pour son nouveau traitement oral du psoriasis en plaques modéré à sévère, le zasocitinib, un inhibiteur hautement sélectif de la tyrosine kinase 2 (TYK2) conçu grâce à l'intelligence artificielle. Le geant pharmaceutique japonais a racheté en 2023 cette molécule en développement à la biotech américaine Nimbus Therapeutics.   Administré une fois par jour, ce médicament a atteint l’ensemble des critères d’évaluation primaires et secondaires dans deux essais pivots de phase 3. Les données montrent qu’à la semaine 16, plus de la moitié des patients traités ont obtenu une peau claire ou presque claire, et qu’environ 30 % ont atteint une clairance complète des lésions, avec une amélioration continue jusqu’à la semaine 24. Ce nouveau traitement s’est également révélé supérieur au placebo sur des critères cliniques majeurs en dépassant l’aprémilast sur de nombreux critères secondaires.   Le profil de tolérance observé est resté cohérent avec les études antérieures. Les effets indésirables les plus fréquents étaient principalement bénins, tels que les infections des voies respiratoires supérieures, la rhinopharyngite et l’acné, sans apparition de nouveaux signaux de sécurité. Le mécanisme d’action du zasocitinib repose sur une inhibition durable de l’IL-23 et d’autres voies immunitaires impliquées dans le psoriasis, avec une sélectivité extrêmement élevée pour TYK2, limitant potentiellement les effets indésirables associés aux inhibiteurs moins spécifiques.   Takeda prévoit de présenter des analyses plus détaillées lors de congrès médicaux à venir et d’engager des démarches réglementaires en 2026. Parallèlement, le médicament est évalué dans d’autres maladies inflammatoires, telles que le rhumatisme psoriasique et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Malgré un contexte financier marqué par la concurrence des génériques sur certains produits, Takeda poursuit une stratégie axée sur l’innovation, illustrée également par des avancées dans la néphropathie à IgA et par la confirmation de l’efficacité durable de son vaccin contre la dengue. Ces résultats renforcent la position du groupe dans le développement de thérapies innovantes à fort impact clinique.

Abderrahim Derraji - 21 décembre 2025 16:52
RWE : Quand la culture de la donnée conditionne la pérennité du système de santé

L’universalisation de la couverture médicale au Maroc constitue une avancée historique. Elle s’accompagne toutefois d’un défi majeur : comment garantir la soutenabilité financière d’un système de santé déjà sous tension, tout en assurant un accès équitable aux innovations thérapeutiques? Pour répondre à cette problématique, la Société marocaine de l’économie des produits de santé (SMEPS) a programmé, lors de la 4e édition de ses Journées scientifiques organisées en partenariat avec l’ISPOR Morocco Chapter, un workshop intitulé :«Données regulatory-grade et Real World Evidence (RWE) : aligner qualité, gouvernance et impact pour les soumissions Health Economics and Outcomes Research (HEOR)».   De l’avis des différents experts ayant pris part à ce workshop, la réponse passe nécessairement par une transformation profonde de notre manière de générer, d’organiser et de valoriser les données de santé. C’est là que les notions de données regulatory-grade et de Real World Evidence (RWE) prennent tout leur sens. Elles ne doivent plus rester de simples concepts techniques réservés à quelques initiés, mais devenir de véritables leviers d’aide à la décision, permettant de maîtriser les dépenses et d’améliorer les résultats pour les patients.   Les données regulatory-grade sont des données du monde réel (issues des dossiers patients, registres, pharmacies, hôpitaux, assurances, etc.) caractérisées par un haut niveau de qualité, de complétude et de traçabilité. Elles répondent à des standards stricts permettant aux autorités de les exploiter dans les processus décisionnels réglementaires : évaluation de l’efficacité, suivi de la sécurité, négociation des prix ou révision des modalités de remboursement. Il ne s’agit donc pas seulement de disposer de données, mais de disposer de données fiables, auditables et reproductibles. Sans cette rigueur, les analyses deviennent fragiles, contestables et, in fine, inexploitables.   La Real World Evidence (RWE) correspond à la preuve générée à partir de ces données. Elle permet d’évaluer l’efficacité et l’impact d’un traitement en conditions réelles d’utilisation, loin des cadres contrôlés des essais cliniques. Dans la pratique quotidienne, les patients sont souvent plus âgés, présentent des comorbidités, sont polymédiqués, observent imparfaitement leurs traitements ou les interrompent faute de moyens. La RWE capture cette complexité et offre une vision plus réaliste de la valeur des interventions thérapeutiques.   Pourquoi est-ce primordial pour le Maroc aujourd’hui ? Parce que les autorités, les payeurs et les professionnels de santé ont besoin de preuves précises et contextualisées pour prendre des décisions rationnelles. Dans un modèle de couverture médicale universelle, chaque dirham compte. Les données regulatory-grade et la RWE permettent de limiter les gaspillages, d’optimiser les parcours de soins et de s’assurer que le remboursement reflète l’impact réel des médicaments sur les patients marocains, et non sur des populations étrangères aux caractéristiques souvent très différentes.   Cet enjeu est également central pour les soumissions HEOR (Health Economics and Outcomes Research) : analyses coût-efficacité, évaluations d’impact budgétaire, mesures de qualité de vie et modèles prévisionnels. Lorsque ces outils reposent sur des données faibles ou hétérogènes, ils conduisent inévitablement à de mauvaises décisions : remboursement de médicaments peu efficaces, sous-investissement dans des interventions réellement performantes ou incapacité à anticiper les coûts futurs. Sans données de qualité, la gouvernance s’exerce à l’aveugle.   Pour le Maroc, l’enjeu est donc clair : aligner qualité, gouvernance et impact. Cela suppose de moderniser les systèmes d’information, de standardiser la collecte des données, de renforcer les compétences des acteurs et de bâtir une véritable culture de la donnée. Il ne s’agit plus d’un luxe technologique, mais d’une condition essentielle à la pérennité du système de santé. Car  généraliser la couverture médicale sans structurer la RWE expose le pays à une explosion des dépenses et à une fragilisation durable du modèle.   En d’autres termes, sans données robustes, il n’y a ni pilotage, ni efficacité, ni justice sanitaire. Pour garantir un système durable, transparent et orienté vers les résultats, le Maroc doit faire de la RWE et des données regulatory-grade les fondations de sa stratégie de santé.   Abstract The universalization of medical coverage in Morocco highlights an urgent need to optimize health data governance in order to ensure the financial sustainability of the system while improving access to therapeutic innovations. This article underscores the strategic importance of regulatory-grade data and Real World Evidence (RWE) in supporting Health Economics and Outcomes Research (HEOR) submissions. It demonstrates how these concepts, far from being mere technical notions, constitute essential levers for guiding decisions made by regulatory authorities, payers, and policymakers. The structuring, quality, and rigorous analysis of real-world data are critical for effective governance, reducing waste, and tailoring health policies to the actual needs of the population. Without a robust integration of these approaches, the long-term sustainability of Morocco’s health system may be weakened in the context of universal medical coverage.   Sources : 1. Dang A. Real-world evidence : A primer. Pharmacoepidemiology and Drug Safety. 2023;37 (1):25–36 — définition et méthodes de RWE. PMC   2. CIOMS Working Group XIII. Real-World Data and Real-World Evidence in Regulatory Decision Making : Report Summary. Pharmacoepidemiol Drug Saf. 2025 - Cadres pour générer RWE. PMC   3. Zou KH, Berger ML. Real-World Data and Real-World Evidence in Healthcare in the United States and Europe Union. Bioengineering. 2024 — importance de la qualité des données. MDPI      

Abderrahim Derraji - 14 décembre 2025 20:52
Botulisme: un traitement issu du sang de scientifiques sauve des nourrissons

L’épidémie récente de botulisme infantile provoquée par le lait contaminé ByHeart aux États-Unis a touché au moins 39 bébés dans 18 États. Cette situation a mis en lumière l’importance d’un  traitement aussi rare que vital : BabyBIG, la seule immuno-globuline humaine capable de neutraliser la toxine botulique chez les nourrissons. Ce médicament unique au monde, administré par voie intraveineuse, est produit à partir d’anticorps fournis par des volontaires vaccinés contre le botulisme, pour la plupart des scientifiques exposés à ce germe au cours de leur carrière. Le cas du petit Alessandro Barbera, hospitalisé en urgence en octobre, illustre parfaitement l’enjeu. Son père, Tony Barbera, ignorait tout de la maladie comme du traitement, mais attribue aujourd’hui la survie de son fils à BabyBIG. Avant l’existence de ce médicament, les bébés atteints de botulisme pouvaient rester hospitalisés deux à trois mois, et nombre d’entre eux ne survivaient pas. BabyBIG a donc profondément transformé le pronostic de cette maladie paralysante. Le traitement trouve son origine dans les travaux du Dr Stephen Arnon, scientifique du département de la santé publique de Californie, qui a identifié le botulisme infantile en 1976 et y a consacré 45 ans de sa carrière. En 1997, un essai clinique déterminant confirma son efficacité : séjours hospitaliers nettement réduits, recours moindre à la ventilation mécanique et taux de guérison améliorés. Depuis son autorisation en 2003, plus de 3 700 enfants dans le monde ont pu en bénéficier. BabyBIG est produit seulement tous les cinq ans, en petites séries, et coûte près de 70 000 dollars par traitement. Les revenus sont entièrement réinvestis dans le programme californien de prévention et de traitement du botulisme. La fabrication repose sur une trentaine de donneurs par lot, parmi lesquels figure Nancy Shine, biochimiste californienne aujourd’hui âgée de 76 ans. Vaccinée à l’origine pour des raisons professionnelles, elle a accepté de recevoir des rappels d’un vaccin expérimental afin de fournir un plasma riche en anticorps contre les toxines A et B. Pour elle, contribuer au programme BabyBIG a été «le moment le plus marquant» de sa carrière. Le développement de ce traitement a été long et complexe : près de 15 ans et plus de 10 millions de dollars d’investissements ont été nécessaires, en raison de la rareté de la maladie, qui ne dépasse pas 200 cas annuels aux États-Unis. Aujourd’hui, BabyBIG est fabriqué par Takeda Pharmaceutical selon un modèle non lucratif, et les stocks actuels devraient suffire jusqu’à l’été prochain. L’épidémie liée à ByHeart s’inscrit toutefois dans une tendance plus large et préoccupante, avec plus de 107 cas traités depuis août. Pour les donneurs comme Shine, chaque photo et chaque lettre envoyée par des familles reconnaissantes rappellent combien BabyBIG ne se contente pas de sauver des vies : il change des destins entiers.

Abderrahim Derraji - 14 décembre 2025 20:42