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LISSAGE BRÉSILIEN - ALERTE
Le 28 janvier 2026, l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) a publié une note d’information en cosmétovigilance alertant sur les risques graves associés à l’utilisation de produits de lissage capillaire contenant de l’acide glyoxylique. Cette alerte s’adresse à la fois aux utilisateurs, aux professionnels de la coiffure et aux professionnels de santé.
Selon des données scientifiques internationales, l’acide glyoxylique, qui passe à travers la peau lors du lissage capillaire, peut se transformer dans l’organisme en cristaux. Ces cristaux sont susceptibles de s’accumuler au niveau des reins et d’entraîner des lésions rénales, pouvant évoluer vers une insuffisance rénale aiguë. Ce risque est jugé suffisamment sérieux pour justifier une mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés.
Face à ces constats, l’AMMPS recommande aux professionnels de la coiffure de cesser l’utilisation de tout produit de lissage capillaire contenant de l’acide glyoxylique. Les utilisateurs sont, quant à eux, invités à consulter immédiatement un médecin en cas d’apparition de symptômes inhabituels pendant ou après un lissage capillaire. Parmi les signes d’alerte figurent notamment les nausées, une fatigue intense ou des douleurs lombaires, pouvant évoquer une atteinte rénale.
L’Agence appelle également les professionnels de santé à une vigilance accrue. Elle les encourage à envisager le lien entre une insuffisance rénale aiguë et l’usage récent de produits de lissage capillaire, et à interroger systématiquement les patients sur ce point en cas de symptômes évoquant une insuffisance rénale aiguë.
Enfin, l’AMMPS rappelle l’importance du dispositif national de cosmétovigilance. Tout événement indésirable survenant après l’utilisation d’un médicament, d’un produit cosmétique, y compris les produits de lissage capillaire, doit être déclaré à l’Agence afin de renforcer la surveillance, d’améliorer la sécurité des consommateurs et de prévenir de nouveaux risques sanitaires.
JPIC 2026
Conscients que cette transition ne peut aboutir sans l’implication des éditeurs de logiciels de gestion officinale, les organisateurs de cette Journée ont également donné la parole à M. Houssam Tajjio, Business Manager Pharma et Médical chez Sophatel, qui a exposé les aspects opérationnels de la FSE.
En définitive, cette 26e édition de la Journée pharmaceutique internationale de Casablanca a constitué un véritable appel à la réforme. Elle a mis en évidence l’urgence de repenser le modèle économique de l’officine, de structurer et réglementer les missions de santé publique du pharmacien, et d’accompagner les mutations numériques de manière concertée. Bien plus qu’une simple rencontre professionnelle, la JPIC 2026 s’est affirmée comme une tribune pour défendre une vision d’avenir où la pharmacie d’officine demeure un pilier de santé publique, économiquement viable, professionnellement respectée et pleinement engagée au service des patients marocains.
Préparations magistrales de prépranolol
Négociations tarifaires
Zendawa
Autres articles
La mise en ligne d’un projet de répertoire marocain des médicaments génériques (RMMG) constitue une avancée attendue de longue date. Elle met fin à un retard difficilement justifiable et répond à une doléance majeure des professionnels de santé. Il convient de saluer l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) pour cette initiative, qui conditionne une utilisation rationnelle des médicaments génériques et prépare le terrain à la mise en place effective de la substitution, déjà en vigueur dans l’écrasante majorité des pays. La substitution permet avant tout de générer des économies devenues aujourd’hui indispensables pour préserver l’équilibre des caisses d’assurance maladie. Elle constitue également un levier essentiel pour faire face aux pénuries de médicaments, lesquelles sont passées, en peu de temps, d’un phénomène conjoncturel à une problématique structurelle. Cette situation n’est d’ailleurs pas propre au Maroc. De nombreux patients se trouvent encore contraints de parcourir plusieurs pharmacies à la recherche du médicament prescrit par leur médecin, alors même que des équivalents génériques parfaitement disponibles existent sur le marché. Sur le plan technique, une application ou un site internet régulièrement mis à jour suffisent pour identifier les médicaments appartenant à un même groupe générique. Toutefois, la mise en œuvre de la substitution nécessite plusieurs prérequis indispensables, notamment la publication de la liste des excipients à effet notoire et celle des médicaments à marge thérapeutique étroite (MTE). Cette dernière ne concerne qu’un nombre limité de DCI — moins d’une vingtaine. Les conditions d’utilisation de la mention «non substituable» doivent être clairement encadrées afin qu’elle reste strictement limitée aux situations médicalement justifiées, à savoir : les médicaments à marge thérapeutique étroite (MTE), les enfants de moins de 6 ans (EFG) et les cas de contre-indication formelle (CIF), par exemple lorsque le générique contient un excipient contre-indiqué chez le patient. La mention “non substituable” (NS) doit impérativement être manuscrite ; toute autre formulation est juridiquement invalide (par exemple : “NS par confort”, “patient opposé”, etc.). Elle doit en outre être limitée dans le temps, généralement à un an maximum. En France, en cas de non-conformité de cette mention, le tiers payant peut être refusé à l’assuré. Le RMMG constitue également un outil précieux pour les médecins, en leur permettant d’identifier plus facilement les spécialités princeps. En effet, les génériques disposant d’une AMM au Maroc ne sont pas aisément reconnaissables : la mention «générique» ne figure pas sur l’emballage et leur dénomination ne suit pas le format “DCI–nom du laboratoire”, comme c’est le cas dans de nombreux pays. La mise en œuvre de la substitution comporte enfin un volet économique qu’il serait illusoire d’ignorer. Les pharmaciens d’officine, déjà fragilisés par une politique de réduction des prix souvent agressive, ne peuvent supporter durablement la substitution des princeps par des génériques sans mécanismes compensatoires adaptés. Il devient aujourd’hui incontournable d’engager un dialogue structuré entre les représentants légitimes des pharmaciens et les caisses d’assurance maladie afin de mettre en place des dispositifs gagnant-gagnant. Ceux-ci doivent permettre un déploiement optimal de la Couverture médicale universelle (CMU), tout en préservant l’équilibre économique des pharmacies d’officine, qui rendent des services essentiels dans toutes les régions du Maroc, y compris les plus enclavées. En conclusion, la mise en ligne du RMMG répond à un besoin réel et contribuera indéniablement à l’amélioration de la prise en charge du patient. Cette publication est une condition nécessaire à la mise en œuvre de la substitution, en particulier dans le secteur privé, à condition qu’elle soit correctement encadrée, à l’instar des expériences internationales. Elle doit également s’accompagner d’une réflexion sur une rémunération spécifique du pharmacien — et, pourquoi pas, du prescripteur — dès lors que l’objectif ultime demeure l’intérêt du patient. Celui-ci ne peut être garanti que par des caisses d’assurance pérennes et des professionnels de santé exerçant dans des conditions économiques leur permettant de vivre dignement de leur travail. Abstract The publication of the Moroccan Generic Medicines Directory (RMMG) represents a long-awaited step toward the effective implementation of generic substitution.It supports the rational use of generics, helps address medicine shortages, and contributes to essential cost savings for health insurance systems. While technically straightforward, substitution requires clear regulatory safeguards, including defined limits for the “non-substitutable” mention. The RMMG also assists prescribers and pharmacists by improving the identification of reference and generic medicines. Its success ultimately depends on appropriate economic mechanisms that ensure both patient benefit and the financial sustainability of community pharmacies.
Abderrahim Derraji - 16 janvier 2026 06:20Plusieurs grands laboratoires pharmaceutiques français, parmi lesquels Sanofi, Servier, Pierre Fabre et Théa, ont annoncé leur départ du LEEM (Les Entreprises du médicament), le principal syndicat patronal de l’industrie du médicament en France. Cette décision marque une fracture majeure au sein du secteur et débouche sur la création d’une nouvelle structure de représentation, qui serait selon ses initiateurs comme plus “agile” et à même de mieux dialoguer avec les pouvoirs publics français et européens. L’objectif affiché est de défendre plus fermement l’innovation, la compétitivité industrielle et la souveraineté sanitaire françaises. Cette scission révèle un profond désaccord stratégique. Le LEEM, qui regroupe près de 280 entreprises et représente environ 80000 emplois, rassemble des acteurs très divers, allant des PME aux multinationales. Selon les laboratoires dissidents, cette diversité aurait progressivement dilué la défense des intérêts spécifiques des industriels fortement implantés en France, notamment ceux disposant de sites de production ou de recherche et développement sur le territoire français. La nouvelle structure souhaite précisément fédérer ce type d’acteurs afin de peser davantage dans les débats politiques et économiques. En toile de fond, les tensions sont alimentées par un contexte international de plus en plus concurrentiel. Les groupes français estiment que la montée en puissance de la Chine et la stratégie offensive des États-Unis, combinant pression sur les prix et investissements massifs, fragilisent l’industrie pharmaceutique française. Ils redoutent également une influence croissante d’acteurs étrangers au sein même du LEEM, ce qui, selon eux, affaiblirait la défense d’une politique industrielle réellement favorable à l’Hexagone. La polémique intervient dans un contexte politique sensible, quelques semaines après l’adoption de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Les laboratoires à l’origine de la scission critiquent un texte qui, selon eux, ne valorise pas suffisamment l’implantation industrielle en France, ni sur le plan fiscal ni dans les mécanismes de régulation des dépenses de santé. Ils dénoncent également une politique européenne jugée trop ouverte aux laboratoires étrangers, sans contreparties suffisantes en matière de production locale ou d’investissement. Au-delà d’un simple conflit syndical, cette rupture traduit la transformation du médicament en un enjeu stratégique majeur. Il n’est plus seulement une question de santé publique, mais aussi un levier industriel et un instrument de souveraineté économique, désormais au cœur de rapports de force géopolitiques.
Abderrahim Derraji - 16 janvier 2026 06:13La biotech lyonnaise Fabentech a franchi une étape déterminante en obtenant l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de Ricimed, le premier antidote spécifique contre la ricine, une toxine naturelle extrêmement dangereuse et connue pour son potentiel d’utilisation à des fins bioterroristes. Cette première mondiale constitue un jalon majeur pour la souveraineté sanitaire française, dans un domaine où aucune solution thérapeutique dédiée n’existait jusqu’à présent. La ricine, extraite des graines de ricin, est l’un des poisons naturels les plus létaux. Administrée à des doses infimes, elle peut entraîner des atteintes graves et irréversibles, voire la mort. Jusqu’à l’arrivée de Ricimed, la prise en charge des intoxications reposait uniquement sur des soins symptomatiques, sans possibilité de neutraliser directement la toxine. Le traitement développé par Fabentech vise précisément à combler ce vide médical critique. Au-delà de l’enjeu français, Fabentech inscrit cette innovation dans une perspective européenne. Selon son président du directoire, Sébastien Iva, cet antidote contribue à la construction d’un véritable «bouclier sanitaire européen» face aux menaces biologiques intentionnelles. Le médicament est destiné à être stocké de manière préventive dans des réserves stratégiques, afin de permettre une réponse rapide en cas d’attaque ou d’exposition accidentelle. Ricimed repose sur une technologie d’anticorps polyclonaux capable de reconnaître et d’inactiver la ricine avant qu’elle ne cause des dommages irréversibles aux cellules. Cette approche dite “à large spectre” permettrait de neutraliser la toxine indépendamment de son origine, et ouvre des perspectives d’application à d’autres toxines ou agents viraux, renforçant ainsi les capacités de préparation face aux menaces biologiques émergentes. L’obtention de l’AMM marque une validation scientifique majeure pour Fabentech et le point de départ de la commercialisation du produit. L’entreprise indique avoir déjà sécurisé plus de 20 millions d’euros de contrats pluriannuels avec plusieurs pays européens, témoignant d’un intérêt stratégique fort pour cette solution. La dangerosité de la ricine a été illustrée par plusieurs affaires marquantes, dont un projet d’attentat déjoué en Allemagne en 2023, ainsi que l’assassinat du dissident bulgare Gueorgui Markov à Londres en 1978. Ces précédents soulignent l’importance de disposer d’un antidote efficace face à une menace aussi redoutable.
Abderrahim Derraji - 16 janvier 2026 06:09Le réseau officinal français connaît depuis une dizaine d’années une diminution significative du nombre de pharmacies sur l’ensemble du territoire. Selon les données récemment publiées par le GERSData, entre 2015 et 2025, le nombre d’officines a reculé de 10,9 % au niveau national, soit environ 2500 pharmacies qui ont cessé leurs activités en dix ans. L’année 2025 s’inscrit dans cette même tendance, avec un rythme moyen d’environ vingt fermetures par mois, ce qui représente près de 250 officines par an. D’après les projections, cette érosion devrait se poursuivre dans les prochaines années avant d’atteindre une phase de stabilisation autour de 17000 officines à l’horizon 2035. Derrière cette baisse globale se cache toutefois une réalité beaucoup plus contrastée selon les régions. L’évolution du maillage officinal apparaît très hétérogène, certaines zones parvenant à mieux résister à la diminution du nombre de pharmacies. C’est notamment le cas de l’Alsace, qui n’enregistre qu’une baisse marginale de 0,9 % sur la décennie. D’autres régions comme la Provence-Alpes-Côte d’Azur et le Languedoc-Roussillon affichent également des reculs relativement contenus, respectivement de 5,3 % et 6,5 %. À l’inverse, plusieurs territoires sont confrontés à une érosion bien plus marquée. La Bourgogne et le Limousin figurent parmi les régions les plus touchées, avec des baisses supérieures à 15 %, suivies par la Basse-Normandie, le Centre et la Bretagne, où environ une officine sur six a disparu en dix ans. Ces disparités territoriales traduisent une fragilisation accrue du maillage officinal, en particulier dans des zones déjà vulnérables sur le plan de l’offre de soins, comme le centre de la France et les territoires ruraux. Les régions qui ont subi les plus fortes diminutions continuent d’ailleurs, en 2025, d’enregistrer des taux de fermeture supérieurs à la moyenne nationale, ce qui accentue les déséquilibres territoriaux et pose la question de l’accès de la population aux services pharmaceutiques de proximité. Paradoxalement, cette baisse du nombre de pharmacie s’accompagne d’une augmentation continue du chiffre d’affaires moyen par officine. Celui-ci est passé d’environ 1,7 million d’euros il y a dix ans à près de 2,5 millions d’euros aujourd’hui, avec une progression annuelle estimée entre 100000 et 200000 euros. Toutefois, cette hausse masque des inégalités croissantes entre officines, fortement dépendantes de leur localisation, de la densité médicale environnante et dudynamisme économique local.
Abderrahim Derraji - 16 janvier 2026 06:02Le 8 janvier 2026 à Rabat, l’Association des entreprises du médicament au Maroc (LEMM) a organisé, sous l’égide du ministère de l’Industrie et du Commerce et du ministère de la Santé et de la Protection Sociale, un workshop stratégique consacré à la propriété intellectuelle (PI) pharmaceutique. Cet événement a réuni des représentants d’institutions publiques, des experts internationaux et des acteurs majeurs de l’industrie pharmaceutique, dans un contexte marqué par des réformes structurantes du système de santé marocain. Cette rencontre a mis en lumière le rôle central de la propriété intellectuelle (PI) en tant que levier stratégique pour la souveraineté sanitaire, l’innovation et l’attractivité économique du Royaume. La PI est présentée comme un outil clé permettant d’instaurer un cadre juridique clair, stable et prévisible, indispensable pour renforcer la confiance des investisseurs, favoriser les transferts technologiques et développer les capacités locales de production et de recherche, au bénéfice direct des patients marocains. Le Président du LEMM, Amine Sekhri, a souligné que la protection de l’innovation constitue une condition essentielle pour améliorer l’accès aux soins. Selon ce dernier, un environnement fondé sur la transparence, la confiance et la concertation entre les différentes parties prenantes est indispensable pour attirer des investissements responsables, accélérer les transferts de technologie et garantir un accès durable aux traitements innovants au Maroc. Le cadre juridique marocain en matière de propriété intellectuelle repose principalement sur la loi n°17-97, alignée sur l’Accord sur les ADPIC (TRIPS). Cette législation a permis de poser des bases solides, conformes aux standards internationaux, favorisant l’émergence d’une industrie pharmaceutique locale dynamique et l’attraction d’investissements significatifs. Toutefois, les participants ont insisté sur le fait que l’enjeu actuel réside moins dans le texte juridique que dans son application homogène, cohérente et prévisible. Une mise en œuvre efficace de ce cadre est jugée essentielle pour soutenir le développement des essais cliniques, encourager la production locale et accompagner la montée en gamme du secteur vers les biotechnologies. Les échanges ont notamment porté sur des thématiques clés telles que la protection des données issues des essais cliniques, les mécanismes de liaison entre brevet et autorisation de mise sur le marché (AMM), l’harmonisation des procédures réglementaires, la réduction des délais administratifs et le renforcement de la sécurité juridique pour les investisseurs. À travers ce workshop, le LEMM réaffirme ainsi son engagement en faveur d’un écosystème pharmaceutique innovant, compétitif et durable, capable de répondre aux enjeux sanitaires et économiques du Maroc.
Abderrahim Derraji - 09 janvier 2026 12:17Le Conseil de la Concurrence a présenté, le 5 janvier 2026, aux représentants des pharmaciens ses recommandations concernant la distribution du médicament au détail. Considérant que les règles actuelles de détention du capital des officines constitueraient un frein à leur développement, le Conseil plaide notamment pour une ouverture encadrée du monopole de propriété des pharmacies, afin de favoriser les nouvelles installations et de soutenir la modernisation du réseau officinal. L’ouverture du capital des pharmacies à des non-pharmaciens s’installe ainsi progressivement dans le débat public, présentée comme une réforme moderne,pragmatique, et parfois même comme une évolution inéluctable. Pourtant, au-delà de ses dimensions juridique et économique, cette réforme pose une question fondamentale : elle engage un choix disruptif et structurant pour l’avenir de la profession pharmaceutique et pour la place de la pharmacie d’officine dans l’organisation des soins. Elle ne peut donc être appréciée qu’en prenant en considération l’intérêt général et la mission de santé publique confiée au pharmacien. Derrière cette apparente évidence se cache une interrogation essentielle, déjà posée à maintes reprises : quelle pharmacie voulons-nous pour le Maroc ? Il ne s’agit pas d’un simple ajustement technique, mais d’un véritable choix de société, susceptible de transformer durablement l’exercice officinal et le rôle du pharmacien dans le système de santé. Les expériences internationales montrent que l’ouverture du capital n’est ni une solution miracle ni un danger en soi. Dans certains pays, elle a permis des investissements, une modernisation des outils et l’émergence de réseaux structurés. Dans d’autres, elle a favorisé une concentration excessive, une pression commerciale accrue et une banalisation progressive de l’acte pharmaceutique. La différence tient essentiellement à un élément clé : la qualité de la régulation et la solidité des garde-fous. Le Maroc présente, à cet égard, une réalité spécifique qu’il serait imprudent d’ignorer. Le réseau officinal repose majoritairement sur de petites et moyennes pharmacies indépendantes, souvent économiquement fragiles, mais essentielles sur le plan sanitaire. Elles assurent un maillage territorial irremplaçable, une proximité avec le patient et une continuité des soins, notamment dans les zones les moins favorisées.Une ouverture du capital insuffisamment encadrée risquerait d’instaurer une concurrence profondément déséquilibrée entre des structures fortement capitalisées et les officines de proximité. À terme, cette dynamique pourrait conduire à une concentration du réseau et à une remise en cause du maillage sanitaire actuel. Il est important de rappeler que les pharmaciens ne sont pas opposés à l’évolution du modèle officinal. Ils font déjà face à de nombreux défis: pression économique, érosion des marges, concurrence déloyale, hausse des charges et effritement du monopole,etc. Mais les réponses à ces difficultés ne peuvent se faire au détriment de l’indépendance professionnelle du pharmacien et de son rôle décisionnel. L’enjeu central de cette réforme réside précisément dans cette indépendance. Une gouvernance dominée par des logiques exclusivement financières pourrait fragiliser l’équilibre entre performance économique et mission de santé publique. Le conseil pharmaceutique et l’intérêt du patient doivent rester au cœur de l’exercice officinal. Si cette réforme devient inéluctable, elle devrait obligatoirement s’accompagner de principes clairs et de garde-fous solides : maintien du pharmacien comme actionnaire majoritaire et décideur, encadrement strict de la concentration, interdiction de toute intégration verticale avec l’industrie ou la distribution, et respect absolu de l’indépendance déontologique. Des mécanismes de soutien ciblés devront également être prévus pour préserver les pharmacies de proximité, en particulier dans les zones fragiles. À défaut de telles garanties, les bénéfices économiques à court terme pourraient se payer, à moyen ou long terme, par des déséquilibres structurels préjudiciables à la profession et auxpatients. La pharmacie d’officine n’est pas une entreprise commerciale ordinaire. Elle demeure un pilier du système de santé, porté par un professionnel de santé responsable, au service de la population. Réformer et moderniser le réseau officinal sont des objectifs légitimes. Ils doivent toutefois s’inscrire dans une vision globale, concertée et régulée, où la primauté de l’intérêt sanitaire reste non négociable, afin d’engager des réformes durables que le système de santé marocain n’aura pas à regretter. Abstract The proposed opening of pharmacy ownership to non-pharmacists has emerged as a key reform in Morocco’s pharmaceutical policy debate. While presented as a driver of modernization and investment, this reform raises fundamental questions about the future role of community pharmacies and pharmacists’ professional independence. International experiences show that outcomes largely depend on the strength of regulation and safeguards. In Morocco’s fragile and proximity-based pharmacy network, insufficiently regulated capital opening could lead to excessive concentration and weakened public health missions. Any reform must therefore prioritize patient interest, professional autonomy, and robust regulatory protections.
Abderrahim Derraji - 09 janvier 2026 12:00L’enquête de pharmacovigilance menée entre 2023 et 2025 en France sur les agonistes des récepteurs du GLP-1 (aGLP-1), utilisés dans la prise en charge du diabète et de l’obésité, confirme un rapport bénéfice/risque favorable lorsque ces médicaments sont prescrits et utilisés conformément aux recommandations et aux indications de leur autorisation de mise sur le marché. Les effets indésirables rapportés correspondent majoritairement à des effets déjà connus et bien documentés, en particulier les troubles gastro-intestinaux tels que les nausées, vomissements, diarrhées ou douleurs abdominales. Sur la période étudiée, 376 cas graves ont été déclarés en France, dans un contexte où environ 870 000 patients sont traités par des aGLP-1 pour le diabète. Parmi ces cas, 140 concernaient l’utilisation de ces médicaments dans l’indication de l’obésité. Dix-neuf décès ont été rapportés chez des patients exposés aux aGLP-1, sans qu’un lien de causalité direct avec ces traitements n’ait pu être établi à ce stade. Ces données ont été analysées et discutées au sein des comités scientifiques compétents de l’ANSM à l’automne 2025, confirmant la solidité du profil de sécurité connu. L’enquête met néanmoins en évidence des signaux de vigilance, notamment le risque potentiel de carences nutritionnelles associées à une perte de poids rapide et importante. Des situations de carence en fer avec anémie, de perte de masse musculaire plus marquée que lors d’un régime classique, ainsi que de complications neurologiques liées à un déficit sévère en vitamine B1 ont été signalées. Ces éléments justifient une surveillance renforcée et la nécessité de travailler en lien avec les sociétés savantes de nutrition et les centres spécialisés dans l’obésité afin d’élaborer des recommandations adaptées pour prévenir ces risques. Le rapport souligne également des cas rares d’exposition pendant la grossesse, sans signal de risque identifié pour la mère ou l’enfant à ce jour, tout en rappelant le manque de données disponibles. En conséquence, l’utilisation des aGLP-1 pendant la grossesse n’est pas recommandée et le traitement doit être interrompu en cas de découverte d’une grossesse. Un point particulièrement préoccupant concerne le mésusage des aGLP-1 à des fins de perte de poids. Trente-six cas d’effets indésirables liés à ce mésusage ont été recensés, dont vingt-cinq graves, souvent associés à des médicaments obtenus hors du circuit légal. Les complications rapportées incluent des vomissements sévères nécessitant une hospitalisation, des comas hypoglycémiques et des pancréatites aiguës, ainsi qu’un décès signalé ultérieurement dans un contexte similaire. L’ANSM rappelle avec force que les aGLP-1 sont des médicaments soumis à prescription et que leur utilisation en dehors du cadre médical expose à des risques graves, justifiant une vigilance continue et une surveillance renforcée.
Abderrahim Derraji - 09 janvier 2026 11:56Donald Trump a une nouvelle fois affirmé avoir exercé une pression directe sur Emmanuel Macron au sujet des prix des médicaments, en évoquant un échange téléphonique durant lequel il aurait menacé la France de droits de douane supplémentaires. En effet, lors d’un discours devant les républicains de la Chambre des représentants, au Kennedy Center de Washington, rebaptisé pour l’occasion Trump-Kennedy Center, le président américain a indiqué qu’il a essayé de contraindre le président français à augmenter les prix des médicaments vendus en France afin de permettre une baisse des prix aux États-Unis. Une version déjà évoquée en décembre et formellement démentie par l’Élysée. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a fait de la baisse du prix des médicaments une priorité politique, rappelant que les Américains paient en moyenne 2,5 fois plus que les Européens pour les traitements sur ordonnance, selon une étude de la Rand Corporation. Pour réduire cet écart, il a menacé à plusieurs reprises d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les médicaments brevetés importés, sauf si les laboratoires pharmaceutiques acceptaient de relocaliser leur production aux États-Unis. Selon sa logique, une baisse des prix sur le marché américain pourrait ainsi s’accompagner d’une hausse dans les autres pays. Dans son récit, Donald Trump affirme qu’Emmanuel Macron aurait fini par accepter cette hausse des prix, allant jusqu’à lui donner son accord en privé, tout en lui demandant de ne pas l’annoncer publiquement. Le président américain a également soutenu que tous les pays concernés auraient tenu un discours similaire. Il avait déjà tenu des propos comparables en décembre, prétendant avoir menacé la France de droits de douane de 25 % en cas de refus. Ces déclarations avaient alors été qualifiées d’infondées par l’Élysée, qui avait rappelé que le président français ne fixe pas le prix des médicaments et que ceux-ci sont restés globalement stables en France. En parallèle, plusieurs grands groupes pharmaceutiques, dont Pfizer, AstraZeneca, Merck et Sanofi, ont accepté de réduire le prix de certains traitements aux États-Unis en échange d’exemptions de droits de douane, illustrant la stratégie de pression commerciale menée par l’administration Trump sur l’industrie pharmaceutique.
Abderrahim Derraji - 09 janvier 2026 11:53Une avancée majeure vient redonner espoir aux personnes atteintes de drépanocytose au Sénégal. Pour la première fois, un médicament essentiel dans la prise en charge de cette maladie génétique est produit localement à Dakar. Il s’agit d’un générique de l’hydroxyurée, baptisé Drepaf, désormais disponible dans certaines pharmacies de la capitale. La drépanocytose constitue un véritable enjeu de santé publique au Sénégal, où des milliers d’enfants et d’adultes vivent avec cette maladie chronique, souvent marquée par des crises douloureuses, des complications sévères et une mortalité précoce. L’hydroxyurée est reconnue depuis plusieurs années comme un traitement de référence, capable de réduire la fréquence des crises et d’améliorer la qualité et l’espérance de vie des patients. Toutefois, son coût et sa disponibilité limitaient jusqu’ici son accès pour une grande partie de la population. La production locale de Drepaf marque donc un tournant stratégique. Fabriqué par le laboratoire sénégalais Teranga Pharma, ce médicament ambitionne de rendre le traitement plus accessible, tant sur le plan économique que logistique. Dans un reportage réalisé à Dakar par le journaliste Elimane Ndao, patients, pharmaciens et acteurs de santé saluent une initiative qui répond à un besoin concret et longtemps négligé. Invité du Journal Télévisé Africain (JTA), Mouhamadou Sow, à la tête de Teranga Pharma, a insisté sur la portée symbolique et politique de ce projet. Selon lui, Drepaf s’inscrit dans une logique de souveraineté sanitaire, visant à réduire la dépendance du continent africain aux importations de médicaments essentiels. Au-delà du Sénégal, cette initiative pourrait ouvrir la voie à une production régionale et à une meilleure prise en charge de la drépanocytose en Afrique de l’Ouest. En combinant innovation industrielle, engagement sanitaire et vision souverainiste, Drepaf apparaît ainsi comme bien plus qu’un simple médicament : un signal fort en faveur d’une santé africaine produite en Afrique, pour les patients africains.
Abderrahim Derraji - 09 janvier 2026 11:50Chaque fin d’année ramène avec elle son lot de bilans et de questions. Pour nous, pharmaciens d’officine, la plus persistante reste sans doute celle-ci : quelle pharmacie voulons-nous réellement pour demain ? Une question simple en apparence, mais lourde de sens, tant elle renvoie à notre quotidien, à nos difficultés, mais aussi à notre responsabilité collective. Une année s’achève, et force est de constater que les promesses faites à la profession n’ont, une fois de plus, pas été tenues. La pharmacie d’officine au Maroc continue de faire du surplace, pendant que des acquis essentiels en matière de régulation se sont progressivement effrités. Nous avons glissé, presque sans nous en rendre compte, d’une profession structurée et respectée vers un exercice fragilisé, parfois désorganisé, où la déontologie semble reléguée au rang de souvenir. Beaucoup d’entre nous regrettent ce temps où la confraternité n’était pas un mot creux, mais une réalité vécue au quotidien. Ce constat, largement partagé par un grand nombre de pharmaciens, ne doit pourtant pas nous condamner au fatalisme. Il est encore temps de redonner du sens à notre métier et de remettre la profession sur des bases solides. Mais cela suppose de regarder la réalité en face et d’oser poser les vrais problèmes. Le premier d’entre eux reste le respect du cadre juridique. Le médicament n’est pas un produit comme les autres, et son circuit de distribution ne peut être contourné par d’autres intervenants sans conséquences. Lorsque l’illégalité prospère, ce sont les pharmaciens respectueux des règles qui se retrouvent pénalisés. Défendre l’État de droit dans notre secteur, c’est défendre la sécurité sanitaire et la crédibilité de l’officine. Un autre enjeu majeur concerne la gouvernance de la profession. Comment accepter que la pharmacie soit privée d’instances élues capables de la représenter, de la réguler et de fixer un cap clair depuis 2019 ? L’absence de conseils de l’Ordre fonctionnels à 100% laisse le champ libre aux dérives et contraint les pharmaciens éthiques à cohabiter avec des pratiques qui ternissent l’image de l’ensemble de la profession. Pourtant, lorsque l’officine est exercée conformément à ses valeurs, elle demeure un pilier incontournable du système de santé. À cela s’ajoute la question cruciale de la rémunération. Notre modèle économique repose exclusivement sur les marges commerciales et des forfaits insignifiants sur les produits onéreux, alors même que les prix des médicaments baissent régulièrement. Sans rémunération des missions, des actes et des services rendus au patient, la pérennité de nombreuses officines est clairement menacée. Dans de nombreux pays, le pharmacien est reconnu et rémunéré pour son rôle clinique, éducatif et préventif. Pourquoi rester à l’écart de cette évolution inévitable ? Assumer ces nouvelles missions suppose également une formation continue de qualité, accessible et adaptée aux réalités du terrain. Le pharmacien d’officine doit rester un professionnel de santé compétent, formé, présent et responsable. L’exercice personnel n’est pas un luxe, mais une condition essentielle pour garantir la qualité du conseil et la sécurité du patient. Au fond, la question « Quelle pharmacie voulons-nous ? » nous renvoie à un choix collectif. Celui de subir les évolutions en silence ou de nous mobiliser pour construire un projet d’avenir crédible et fédérateur. Un projet qui place le pharmacien au cœur du parcours de soins et le patient au centre de nos priorités, loin de toute considération mercantile. Abstract This article reflects on the future of community pharmacy in Morocco, highlighting the growing gap between professional commitments and unfulfilled reforms. It examines the erosion of regulatory frameworks, professional governance, and ethical standards, alongside the economic fragility of the current remuneration model. The author argues for a renewed vision of pharmacy based on legal compliance, institutional legitimacy, and fair compensation for professional services. Emphasis is placed on continuous education and personal practice as prerequisites for quality care. Ultimately, the paper calls for collective action to place the pharmacist at the heart of patient-centered healthcare.
Abderrahim Derraji - 04 janvier 2026 20:25
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