Article N° 8412

DÉMENCE - AFRIQUE

Démence en Afrique, l’urgence de bâtir des politiques nationales

Abderrahim Derraji - 17 septembre 2026 21:36

La démence s’impose progressivement comme un défi majeur de santé publique en Afrique. Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 1,9 million de personnes vivent actuellement avec cette affection dans la région. Ce nombre devrait augmenter sensiblement sous l’effet du vieillissement démographique, de la croissance de la population et de l’allongement de l’espérance de vie.

Le poids économique de la maladie est déjà considérable. Il est estimé à 15,6 milliards de dollars par an, en tenant compte des soins, de l’accompagnement et de la perte de productivité. Une grande partie de cette charge repose directement sur les familles. Les aidants, majoritairement des femmes et des proches non rémunérés, consacrent en moyenne 12,9 heures par jour aux personnes malades, contre 7,8 heures à l’échelle mondiale.

Malgré cette réalité, la réponse des systèmes de santé reste très insuffisante. En 2024, aucun des 47 pays de la région africaine de l’OMS ne disposait d’un plan national consacré à la démence, qu’il soit autonome ou intégré à une stratégie sanitaire plus large. La maladie demeure souvent sous-diagnostiquée, mal comprise et entourée de préjugés pouvant retarder le recours aux soins.

Face à ce constat, des représentants de dix pays africains se sont réunis à Nairobi afin de définir des priorités communes. Les travaux ont notamment porté sur le dépistage précoce, la formation des professionnels, l’intégration de la prise en charge dans les soins de santé primaires et l’amélioration des parcours d’orientation.

Les participants ont également souligné la nécessité de mieux soutenir les aidants, de lutter contre la stigmatisation et de développer des services coordonnés accompagnant les patients pendant toute l’évolution de la maladie. L’amélioration de la surveillance épidémiologique et de la recherche adaptée aux réalités africaines figure aussi parmi les actions prioritaires.

Pour les pays africains, l’enjeu dépasse donc la seule prise en charge médicale. Il s’agit de reconnaître la démence comme une priorité sanitaire et sociale, puis de traduire cette reconnaissance en politiques financées, en services accessibles et en dispositifs concrets de soutien aux familles.

Source : afro.who.int/