Article N° 8395
CONTRE FAÇON - RÉTATRUTIDE
Rétatrutide : quand les faussaires vendent de futurs médicaments
Abderrahim Derraji - 23 août 2026 21:08La contrefaçon de médicaments franchit une nouvelle étape particulièrement inquiétante. Jusqu’à présent, les trafiquants copiaient essentiellement des médicaments déjà autorisés et commercialisés. Désormais, ils proposent sur Internet des médicaments qui n’ont pas encore franchi avec succès les différentes phases des essais cliniques et qui, de ce fait, n’ont pas obtenu d’autorisation de mise sur le marché (AMM).
Le rétatrutide en est un exemple emblématique. Cette molécule expérimentale, développée dans le traitement de l’obésité, agit simultanément sur trois récepteurs hormonaux, ceux du glucagon, du GIP et du GLP-1. Les résultats prometteurs obtenus lors des essais de phase II, notamment sur la perte de poids et l’amélioration de la stéatose hépatique, ont suscité un intérêt considérable.
Mais le rétatrutide est toujours en phase III de développement. Il ne dispose donc actuellement d’aucune AMM. Cela n’empêche pourtant pas des produits prétendument à base de rétatrutide d’être proposés illégalement sur différents sites Internet et à travers les réseaux sociaux.
L’Académie nationale de pharmacie française alerte sur ce phénomène, qu’elle considère comme une nouvelle forme de falsification. La situation est d’autant plus préoccupante que les consommateurs n’ont aucune garantie quant à la composition de ces produits, à leur dosage, à leur pureté ou à leurs conditions de fabrication. Rien ne permet même d’affirmer qu’ils contiennent réellement la molécule annoncée.
Les autorités sanitaires ont commencé à réagir. Depuis 2024, la FDA américaine a adressé des lettres d’avertissement à seize sociétés de télésanté commercialisant du rétatrutide. En France, l’ANSM alerte depuis fin 2025 sur les dangers liés à l’achat d’analogues du GLP-1 contrefaits et lutte contre leur vente et leur promotion illégales.
Le phénomène pourrait malheureusement dépasser largement le domaine de l’obésité. L’Académie redoute que cette nouvelle stratégie des faussaires ne concerne demain d’autres innovations très attendues, notamment les peptides, les anticorps monoclonaux, les oligonucléotides ou encore les thérapies géniques et cellulaires.
Le succès mondial des nouveaux traitements contre l’obésité aiguise manifestement les appétits. Mais cette fois, les trafiquants n’attendent même plus qu’un médicament soit officiellement autorisé et commercialisé pour le contrefaire.
Une raison supplémentaire de rappeler qu’un médicament ne s’achète pas sur un réseau social.
Source : Univadis
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