Article N° 8336

Hantavirus

Foyer d’hantavirus à bord du MV Hondius, faut-il craindre une nouvelle pandémie ?

Abderrahim Derraji - 11 mai 2026 07:09

Le «MV Hondius», navire appartenant à Oceanwide Expeditions, a accosté le dimanche 10 mai au large de Tenerife après la détection d’un foyer d’hantavirus à bord. Parti le 1er avril d’Ushuaïa, le navire comptabilise, selon les dernières données communiquées par l’Organisation mondiale de la santé, trois décès, cinq cas confirmés et trois cas suspects. Si le risque global pour la santé publique est actuellement jugé faible, cet épisode illustre parfaitement la nécessité d’une vigilance renforcée face aux zoonoses émergentes dans un contexte de mobilité internationale importante.

L’agent suspecté est le virus Andes, une souche d’hantavirus endémique dans certaines régions d’Argentine et du Chili. Sa particularité réside dans sa capacité, rare parmi les hantavirus, à permettre une transmission interhumaine limitée, principalement durant la phase prodromique, avant l’hospitalisation, lorsque les mesures barrières ne sont pas encore mises en place. Cette transmission survient surtout lors de contacts étroits et prolongés, notamment dans des espaces confinés ou dans le cadre de contacts intrafamiliaux.

Sur le plan clinique, les hantavirus restent des agents pathogènes à fort potentiel de gravité. Deux grands syndromes peuvent survenir. La fièvre hémorragique avec syndrome rénal, prédominante en Europe et en Asie, et le syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus, observé principalement dans les Amériques, dont la létalité peut atteindre 30 à 60 %. Le tableau clinique débute souvent par une phase non spécifique associant fièvre, myalgies et asthénie, avant une dégradation rapide pouvant conduire à une défaillance respiratoire ou hémodynamique.

Le diagnostic repose essentiellement sur la biologie spécialisée, notamment la sérologie par détection des IgM et IgG via ELISA ou immunofluorescence, ainsi que la détection de l’ARN viral par PCR sur des prélèvements précoces. L’absence de traitement antiviral spécifique et de vaccin impose une prise en charge symptomatique centrée sur le support hémodynamique et respiratoire, parfois en soins intensifs.

Selon les données du Centre national de référence des Hantavirus, plusieurs souches zoonotiques circulent en Europe, notamment Puumala, Seoul, Dobrava ou Saaremaa. Certaines, comme Dobrava, présentent des taux de létalité pouvant atteindre 10 %. Si la France rapporte en moyenne une centaine de cas hospitalisés par an, des pays comme l’Allemagne, la Suède ou la Finlande enregistrent des incidences nettement plus élevées.

Pour les professionnels de santé, plusieurs messages clés se dégagent. Il convient d’évoquer ce diagnostic devant un syndrome fébrile inexpliqué chez un patient revenant d’une zone endémique, d’intégrer rapidement la notion d’exposition environnementale ou de contact rapproché, de déclencher précocement les mesures d’isolement lorsqu’une souche transmissible est suspectée et d’assurer une surveillance rigoureuse des cas contacts pendant toute la période d’incubation, qui peut aller jusqu’à six semaines.

Cette croisière et le périple de ses passagers rappellent que les zoonoses émergentes demeurent un enjeu majeur de santé publique mondiale. Dans un contexte de changements climatiques, de perturbation des écosystèmes et d’intensification des déplacements internationaux, leur détection précoce, leur signalement rapide et la coordination internationale restent les piliers d’une réponse efficace.

Source : PharmaNEWS