Article N° 8313
Pesticides et cancer
Pesticides et cancer : une étude internationale met en lumière un risque environnemental sous-estimé
Abderrahim Derraji - 05 avril 2026 11:54Une étude récente publiée dans Nature Health révèle un lien préoccupant entre l’exposition environnementale aux pesticides agricoles et le risque de développer certains cancers. Ce travail collaboratif mené par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), l’Institut Pasteur, l’Université de Toulouse et l’Instituto Nacional de Enfermedades Neoplásicas (INEN) apporte de nouvelles preuves scientifiques sur les mécanismes biologiques impliqués dans l’apparition de cancers liés à des expositions multiples et prolongées aux pesticides.
Contrairement aux approches traditionnelles qui évaluent les substances chimiques de manière isolée, cette étude adopte une méthodologie innovante intégrant données environnementales, registres nationaux du cancer et analyses biologiques. Les chercheurs ont examiné l’exposition à 31 pesticides utilisés en agriculture, présents dans l’air, l’eau et l’alimentation, souvent sous forme de mélanges complexes. Fait notable : aucune de ces substances n’est classée cancérogène avéré pour l’être humain par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce qui souligne la difficulté d’évaluer les risques liés à l’exposition combinée à plusieurs produits chimiques.
Le Pérou a constitué un terrain d’étude particulièrement pertinent en raison de l’intensité de certaines pratiques agricoles et des fortes disparités socio-économiques. Les résultats montrent que certaines populations, notamment rurales et autochtones, sont exposées simultanément à une douzaine de pesticides à des concentrations élevées. En croisant les données environnementales avec celles de plus de 150 000 patients diagnostiqués entre 2007 et 2020, les chercheurs ont identifié des zones où le risque de cancer était en moyenne 150 % plus élevé.
Les analyses biologiques ont mis en évidence des perturbations précoces des mécanismes cellulaires, en particulier au niveau du foie, organe central dans la transformation des substances toxiques. Ces altérations, souvent silencieuses, pourraient fragiliser les tissus et favoriser l’apparition de cancers sous l’effet d’autres facteurs comme l’inflammation ou certaines infections.
Cette étude remet en question les modèles classiques d’évaluation toxicologique fondés sur des seuils de sécurité pour chaque substance prise individuellement. Elle souligne l’importance de prendre en compte l’exposition réelle aux mélanges de pesticides et l’influence de facteurs environnementaux, notamment les événements climatiques extrêmes comme le phénomène El Niño.
Au-delà du cas péruvien, ces travaux soulignent un enjeu majeur de santé publique mondiale : mieux comprendre l’impact des expositions environnementales cumulées afin d’améliorer les stratégies de prévention et de protection des populations les plus vulnérables.
Source : Mapping pesticide mixtures to cancer risk at country scale with spatial exposomics, Nature Health
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